Chaque jour à la mi-journée, des millions de Français s’installaient devant leur écran pour retrouver un duo complice et novateur. Au cœur de cet âge d’or de la télévision, Marie-Laure Augry s’est imposée comme une pionnière de l’information en incarnant une rigueur bienveillante. Bien plus qu’un simple visage du petit écran, la célèbre présentatrice a traversé les décennies en adaptant son métier aux mutations technologiques et sociétales.
Aujourd’hui, alors que le paysage audiovisuel se fragmente et que la défiance grandit envers les médias, son parcours offre une boussole précieuse. De la co-présentation audacieuse du journal de 13 heures aux missions délicates de médiation, elle a sans cesse cherché à rapprocher le public de ses journalistes. Retour sur le destin d’une femme engagée, dont la carrière illustre les transformations de la télévision française.
L’ascension d’une journaliste de terrain
Née le 27 février 1947 à Tours au sein d’une famille de commerçants, la jeune femme se dirige naturellement vers des études de journalisme à l’IUT de sa ville natale. Elle fait ses premières armes à l’ORTF à l’automne 1972, rejoignant le service de politique intérieure. Très vite, elle s’intéresse à des sujets complexes et d’actualité comme l’immigration de travail, avant de se spécialiser dans les questions d’éducation.
En juillet 1975, le destin de la journaliste bascule lorsqu’elle est choisie pour présenter son premier journal télévisé nocturne sur TF1. Cette nomination rapide intervient dans un contexte de forte concurrence, la chaîne rivale ayant confié son édition de nuit à une femme. Bien qu’elle ait confié plus tard avoir ressenti le trac de ses débuts à un âge précoce, les archives confirment qu’elle avait vingt-huit ans lors de sa première apparition sur le plateau de l’édition nocturne.
Le mythique duo du 13 heures de TF1 avec Yves Mourousi
C’est à partir de 1981 que Marie-Laure Augry accède à une immense popularité populaire. Durant sept ans, elle forme avec Yves Mourousi un couple télévisuel légendaire à la tête du journal de 13 heures de TF1. Ensemble, ils dynamisent l’exercice du journal télévisé en privilégiant l’improvisation, le direct et les taquineries réciproques. Cette liberté de ton, unique pour l’époque, séduit immédiatement le public français qui se presse en masse devant son écran.
Entre les deux présentateurs, la complicité dépasse largement le cadre des studios de Cognacq-Jay. L’ancienne présentatrice du JT décrit d’ailleurs une relation quasi fraternelle avec son confrère, qui deviendra même le parrain de son fils. Pour Marie-Laure Augry, Yves Mourousi représentait un véritable filet de sécurité professionnelle, capable de rattraper le moindre imprévu en direct. Cette méthode de travail intuitive reposait sur une confiance aveugle, sans répartition rigide des sujets avant l’antenne.
Les épreuves personnelles traversées à l’antenne
Derrière le sourire et le professionnalisme de la célèbre présentatrice se cachent pourtant des combats personnels menés dans l’ombre. À seulement 33 ans, juste après sa première grossesse, elle fait face à un premier diagnostic de cancer du sein. Quelques années plus tard, une récidive survient lors de sa seconde grossesse. Pour protéger sa santé, elle subit une ablation mammaire et doit renoncer à l’idée d’agrandir à nouveau sa famille.
Malgré la lourdeur des traitements par chimiothérapie, elle choisit de continuer à exercer son métier face aux caméras de télévision. Elle porte alors une perruque à l’antenne pour masquer la perte de ses cheveux, faisant preuve d’un courage remarquable. Cette force de caractère lui permet de surmonter la maladie sans jamais interrompre ce lien si particulier qu’elle a tissé avec les téléspectateurs.
Les turbulences de la privatisation et le virage du service public
La fin des années 1980 marque un tournant majeur pour le paysage audiovisuel français avec la privatisation de la première chaîne. En 1988, l’arrivée de Jean-Pierre Pernaut provoque le remplacement du duo historique. Si certains observateurs évoquent une mise à l’écart difficile à vivre, d’autres sources rappellent que l’équipe avait anticipé ce changement de formule en raison d’un tassement des audiences.
Après avoir animé l’émission de services Allô Marie-Laure, la journaliste décide de quitter TF1 pour rejoindre la jeune chaîne privée La Cinq en 1991. Elle y présente l’édition de la mi-journée et coanime un magazine de société. Malheureusement, l’aventure tourne court avec la faillite de la chaîne. Elle rebondit alors temporairement à la radio sur RMC, sous la direction de son ami de toujours, avant de s’engager pleinement auprès du service public.
La voix de la déontologie et de la médiation
En rejoignant France Télévisions, Marie-Laure Augry donne une nouvelle dimension à sa carrière en se tournant vers l’écoute et le dialogue. De 1995 à 2002, elle produit et présente le magazine quotidien Un jour en France sur France 3. Par la suite, elle s’investit pleinement dans des missions de médiation. Elle prend la tête de l’émission Votre Télé et Vous, offrant un espace de débat inédit où les téléspectateurs peuvent directement interpeller les professionnels de l’information.
Devenue médiatrice officielle des rédactions de France 3 puis du groupe public, elle veille au respect de la déontologie journalistique. Son rôle consiste à préserver la crédibilité de l’information en répondant aux critiques et aux interrogations du public. Son expertise est telle qu’elle intègre en 2009 un comité de sages chargé de rédiger une nouvelle charte déontologique pour la profession. Elle occupera ces fonctions exigeantes jusqu’à son départ à la retraite en juin 2017.
Une vie active loin des projecteurs
Désormais retirée des plateaux quotidiens, la figure du 13 heures ne reste pas inactive pour autant. Elle consacre une grande partie de son temps à l’association Journalisme et Citoyenneté, notamment à travers l’organisation des Assises du Journalisme à Tours. Très attachée à ses racines, elle partage sa vie entre la capitale et sa maison familiale en Touraine, loin de l’agitation parisienne et des fausses rumeurs colportées par certains sites internet.
Parmi ses passions les plus insolites et constantes figure la pratique assidue de la pétanque, qu’elle exerce depuis le milieu des années 1980. Durant de nombreuses années, elle commente ainsi le célèbre Mondial de pétanque de Marseille sur les antennes régionales de France 3. Cet attachement au sport populaire a même conduit une commune du Loir-et-Cher à inaugurer un boulodrome à son nom en 2012.
À travers un parcours riche et diversifié, Marie-Laure Augry a su incarner un journalisme exigeant mais toujours accessible au plus grand nombre. Son engagement constant pour l’éthique professionnelle et le dialogue avec le public demeure un exemple inspirant pour les nouvelles générations de présentateurs. En reliant hier et aujourd’hui, elle rappelle que la confiance des citoyens reste le bien le plus précieux de l’information.






