Des millions de téléspectateurs gardent en mémoire son regard bienveillant, sa silhouette élégante et ses explications érudites données avec une pointe d’ironie. Max Favalelli a marqué l’histoire du petit écran en incarnant le savoir accessible, toujours prompt à départager les candidats avec une rigueur absolue et un sourire complice.
Derrière le personnage public de « Monsieur dictionnaire » se cachait un parcours singulier, façonné par le grand journalisme de presse écrite, le goût du sport et une passion obsessionnelle pour les subtilités de la langue française.
Des mines d’Afrique aux salles de rédaction : la jeunesse d’un esprit curieux
Marie Jacques Maxime Toussaint Favalelli est né le 23 janvier 1905 à La Charité-sur-Loire, dans la Nièvre. Fils d’un médecin d’origine corse et d’une mère bourbonnaise, il grandit au bord de la Loire avant de poursuivre ses études secondaires à Nevers, puis de monter à Paris dès l’âge de seize ans.
Dans la capitale, le jeune homme fréquente le lycée Janson-de-Sailly, s’inscrit à la faculté de droit et sort diplômé de l’École des hautes études commerciales. Grand amateur de tennis et de rugby, il décroche en 1922 le premier prix d’un concours de contes pour jeunes écrivains organisé par le quotidien sportif L’Auto. Henri Desgrange lui offre alors un essai de six mois au sein de la rédaction pour couvrir le championnat cycliste parisien.
Poussé toutefois par son père vers des horizons plus conventionnels après son service militaire, Max Favalelli travaille trois ans au sein d’une société minière. Cette parenthèse professionnelle lui permet de voyager en Haute-Volta et en Côte d’Ivoire avant de revenir définitivement à ses premières amours : l’écriture et le journalisme.
L’art subtil de la grille : le célèbre verbicruciste sous l’aile de Tristan Bernard
À son retour, il intègre les Éditions Fayard et collabore activement à l’hebdomadaire Candide, puis écrit pour divers titres de l’entre-deux-guerres. Dès la fin des années 1930, il s’impose comme un créateur de mots croisés particulièrement inventif.
L’écrivain Tristan Bernard joue un rôle déterminant dans cette vocation. Le dramaturge l’encourage vivement et lui transmet l’art du double sens, à l’image de la célèbre définition de la veuve résumée en « femme de feu ». Durant l’Occupation, les deux hommes échangent même des correspondances sous forme de grilles codées. L’auteur affirmait d’ailleurs avoir bravé la censure de Vichy en définissant le mot maréchal par « A mérité le bâton », bien que cette formule facétieuse ne soit pas formellement attestée dans ses publications d’époque.
Le célèbre verbicruciste devient incontournable au lendemain de la Libération. Il alimente sans relâche les pages de grands titres comme France Dimanche, Paris-Match ou L’Express. Méthodique, il conserve systématiquement le double de chaque composition, amassant au fil des décennies une collection impressionnante de plus de 70 000 grilles.
Du grand écran au petit écran : l’invention de « Monsieur dictionnaire »
Parallèlement à ses grilles, le journaliste sportif couvre le Tour de France à neuf reprises et s’aventure avec succès dans le monde de l’audiovisuel et du cinéma. Dès 1952, Max Favalelli fait ses débuts devant les caméras en présentant Carte blanche, avant de copiloter Ciné-Parade sur Télé Luxembourg puis d’intervenir sur les ondes d’Europe 1.
Sa plume alerte séduit également le septième art : il coécrit le scénario de la comédie policière L’Ennemi public nº 1 d’Henri Verneuil, portée par Fernandel en 1953. Il n’hésite pas non plus à jouer la comédie en incarnant son propre rôle dans le feuilleton burlesque Signé Furax de Pierre Dac et Francis Blanche.
À partir de 1966, l’as des jeux de lettres rejoint Christine Fabrega pour l’émission Le Mot le plus long, où il s’impose en arbitre des joutes lexicales. Dès 1972, ce rendez-vous évolue pour devenir Des chiffres et des lettres. Installé à sa table avec ses dictionnaires de référence, il valide les propositions des candidats, traque les fautes et livre d’une voix posée l’étymologie ou la définition exacte des vocables les plus rares.
Bons mots et postérité : l’héritage d’un amoureux de la langue
Le maître des énigmes quitte le plateau au milieu des années 1980, alors considéré comme le doyen de la télévision française. Également essayiste, il participe à plusieurs ouvrages historiques consacrés à la Belle Époque et rédige de nombreuses chroniques littéraires sur Georges Simenon ou le dessinateur Peynet.
Reconnu pour son sens de la formule, l’homme maniait l’esprit avec brio à travers quelques définitions mémorables :
- « Anesthésie : prélude à une partie de billard » ;
- « Je n’ai jamais pondu un œuf de ma vie. Et pourtant je m’estime plus qualifié qu’une poule pour juger de la qualité d’une omelette ».
Retiré auprès de sa famille en Dordogne, Max Favalelli s’éteint le 22 décembre 1989 à Sarlat-la-Canéda, à l’âge de 84 ans. Il repose désormais au cimetière de Saint-André-d’Allas, laissant le souvenir d’un vulgarisateur brillant qui a su réconcilier exigence linguistique et divertissement populaire.






