Une table et une chaise au bord de l'eau à Wizerne devant une maison et des vestiges industriels

Le destin de Wizerne, entre mémoire industrielle et nature préservée

Nichée au cœur de la verdoyante vallée de l’Aa, dans le Pas-de-Calais, la commune de Wizerne dessine un paysage singulier où s’entremêlent les traumatismes du passé et la douceur d’une nature reconquise. Ce village, qui s’est relevé de destructions massives au milieu du XXe siècle, conjugue aujourd’hui un riche patrimoine mémoriel avec des espaces écologiques d’une exceptionnelle diversité.

Membre actif de la Communauté d’agglomération du Pays de Saint-Omer, cette localité de 3 321 habitants se situe à seulement cinq kilomètres de Saint-Omer et à une soixante de kilomètres de Lille. Elle s’impose comme un carrefour d’histoire et de biodiversité, attirant les passionnés de mémoire industrielle autant que les randonneurs en quête de grands espaces.

Un territoire façonné par l’eau et le relief

Le village wizernois doit une grande partie de son identité à sa géographie physique particulièrement marquée. La commune s’étend sur 6,16 kilomètres carrés, blottie dans une large vallée que le fleuve côtier de l’Aa a creusée au fil des millénaires. Ce cours d’eau principal, long de 56 kilomètres, est complété sur le territoire communal par un bras secondaire et par la riviérette de Wizernes.

Cette zone humide s’insère entre deux grands plateaux siliceux du Tertiaire : le plateau d’Helfaut au sud et le plateau de Longuenesse au nord. Cette configuration topographique engendre des variations d’altitude notables, oscillant entre 17 mètres au niveau de la vallée et 119 mètres sur les hauteurs. Le climat de type océanique se caractérise par des hivers très humides et un ensoleillement annuel modéré d’environ 1 550 heures.

La menace constante des crues

Cette omniprésence de l’eau expose historiquement la commune de Wizerne à des risques naturels importants. La vallée a connu plusieurs épisodes de crues majeures, mais l’histoire récente a été marquée par des événements d’une violence inédite. En novembre 2023, le débit de l’Aa a atteint le niveau record de 257 mètres cubes par seconde, pulvérisant les anciennes références de 1988 et 1999.

À la suite de ces précipitations exceptionnelles et du passage des tempêtes hivernales, la municipalité de Wizerne a été officiellement reconnue en état de catastrophe naturelle. Ces crues rappellent la vulnérabilité de la vallée, qui avait déjà subi de lourds dégâts lors des inondations de mars 2002.

De l’industrie papetière aux blessures de la guerre

L’histoire de cette localité du Pas-de-Calais s’est longtemps écrite au rythme de ses usines. Dès le XIXe siècle, la force hydraulique de l’Aa favorise l’implantation d’une activité industrielle florissante, notamment à travers les deux sites de la célèbre Papeterie Dambricourt. Cette dynamique économique a entraîné une forte croissance démographique, la population dépassant les 2 100 habitants à la fin du XIXe siècle.

Pourtant, c’est la Seconde Guerre mondiale qui va bouleverser à jamais le destin du village. Durant l’Occupation, l’armée allemande choisit le site pour y bâtir un gigantesque bunker de stockage et de lancement de fusées V2, connu sous le nom de « La Coupole ». Cible prioritaire pour les forces alliées, le complexe subit des vagues de bombardements intensifs.

Le bilan est dramatique pour la population civile. En septembre 1944, les attaques ont détruit 75 % des habitations du village et coûté la vie à 50 civils. Pour honorer son courage, la commune reçoit la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze en novembre 1948. Il faudra ensuite près de vingt ans d’efforts continus pour achever la reconstruction complète des infrastructures.

Un sanctuaire écologique d’importance régionale

Aujourd’hui, les anciennes carrières et les zones humides de Wizerne se sont métamorphosées en véritables havres de paix pour la faune et la flore. Le territoire communal est intégré au Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale et bénéficie de plusieurs dispositifs de protection environnementale.

La commune abrite quatre zones d’intérêt écologique (ZNIEFF) de type 1, parmi lesquelles :

  • Le plateau siliceux d’Helfaut à Racquinghem, qui domine la vallée de l’Aa ;
  • La moyenne vallée de l’Aa entre Lumbres et Wizernes, s’étendant sur 168 hectares ;
  • Le bois et les landes de Wisques, caractérisés par des buttes sablo-argileuses ;
  • Les ravins de Pihem et Noir Cornet, situés sur la rive droite du fleuve.

Ces espaces abritent des milieux rares, comme les landes acides et les pelouses calcicoles, protégés dans le cadre du réseau européen Natura 2000. Ils offrent un terrain d’observation privilégié pour les naturalistes.

Loisirs, transports et dynamisme local

Le village a su valoriser ses atouts naturels et historiques pour développer une offre touristique douce. Plus de 25 itinéraires de randonnée sillonnent les environs, permettant notamment de rejoindre la réserve naturelle des étangs du Romelaëre. Les amateurs de marche peuvent s’essayer au parcours local de 7,3 kilomètres ou s’engager sur un sentier de grande randonnée plus exigeant.

Le patrimoine ferroviaire revit également grâce au Chemin de fer touristique de la vallée de l’Aa, qui propose des circulations saisonnières à proximité de l’ancienne gare. De plus, la commune partage avec sa voisine Longuenesse des équipements d’envergure, tels que l’aérodrome de Saint-Omer – Wizernes, dédié à l’aviation légère, et l’hippodrome des Bruyères.

Sur le plan agricole, bien que le nombre d’exploitations ait fortement diminué au profit d’exploitations plus grandes spécialisées dans les grandes cultures, le territoire conserve un ancrage de terroir. La commune bénéficie ainsi de l’Indication Géographique Protégée pour les célèbres volailles de Licques, preuve d’un savoir-faire préservé.

La vie municipale se structure désormais sous la direction de Dominique Lanoy, élu maire en mars 2026, succédant à Pierre Évrard. Récompensée par le label « Ville fleurie » avec l’attribution de deux fleurs, la commune continue d’embellir son cadre de vie tout en veillant à la sécurité de ses habitants face aux défis climatiques futurs.


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