L'image montre Pierre Angot en gilet vert à côté d'un homme en uniforme militaire ancien

Pierre Angot : du sacrifice d’un héros de la Résistance aux secrets d’une lignée familiale

Le nom de Pierre Angot résonne de manière singulière dans l’histoire française contemporaine, évoquant des destins radicalement opposés mais profondément marquants. Derrière ce patronyme se cachent en effet des trajectoires humaines qui oscillent entre l’héroïsme feutré de la lutte contre l’occupant nazi et les traumatismes intimes révélés par la littérature contemporaine.

D’un côté, la mémoire collective salue l’ingénieur brillant qui a bravé les forces d’occupation pour saboter l’approvisionnement en carburant du Reich. De l’autre, ce même nom de Pierre Angot désigne un traducteur dont les agissements secrets ont bouleversé la vie de sa fille, l’écrivaine Christine Angot, et suscité de vifs débats judiciaires et sociétaux.

Pierre Angot, l’ingénieur de l’ombre au service de la souveraineté industrielle

Le parcours académique d’exception de Pierre Angot dans la France de l’entre-deux-guerres

Né le 25 avril 1902 à Montréjeau, en Haute-Garonne, Pierre Angot grandit dans une famille mêlant des racines normandes, méridionales et lorraines. Ses parents, un receveur de l’enregistrement et une ménagère, veillent sur une fratrie unie. Très tôt, le jeune homme démontre des capacités intellectuelles hors normes lors de ses études à Toulouse.

En 1921, il est reçu troisième à l’École Polytechnique, une promotion prestigieuse dont il sort major. Il intègre ensuite l’École des Mines de Paris, dont il sort à nouveau major en 1926. Ce parcours exceptionnel lui ouvre les portes du prestigieux corps des Mines, marquant le début d’une brillante carrière administrative et technique.

Il commence son parcours professionnel à Metz, où il supervise les sous-arrondissements minéralogiques locaux. En 1933, à la suite d’un grave accident dans la carrière de Barrois-en-Moselle, il mène une enquête scientifique rigoureuse. Ses conclusions démontrent qu’une simple chute de cartouche d’explosif peut provoquer un drame, ce qui permet de réformer la sécurité dans les mines. Parallèlement, il publie une étude de référence sur le bassin ferrifère lorrain.

La mission secrète en Roumanie et la traque de la Gestapo

En 1936, l’ingénieur choisit de rejoindre l’industrie pétrolière privée en intégrant la compagnie Steaua Romana. Ce poste l’amène à voyager aux États-Unis pour y étudier les technologies de pointe de l’époque. Cependant, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale bouleverse brutalement sa carrière.

Le gouvernement français charge alors Pierre Angot d’une mission hautement confidentielle aux côtés de Léon Wenger. Ensemble, ils conçoivent un plan technique de destruction des installations pétrolières roumaines pour priver l’Allemagne nazie de carburant. Malheureusement, lors de la débâcle de juin 1940, les troupes allemandes découvrent ces documents secrets dans un train bloqué à La Charité-sur-Loire.

Identifié par l’occupant, Pierre Angot subit la pression des autorités roumaines qui le font arrêter puis expulser. Après un long périple par la Bulgarie, Istanbul et Beyrouth, il parvient à rejoindre la France à la fin de l’année 1940.

La résistance économique aux commandes des pétroles d’Aquitaine

Nommé président-directeur général de la Société nationale des Pétroles d’Aquitaine (SNPA) fin 1941, il prend également la tête de la Régie autonome des Pétroles (RAP). C’est depuis ces postes stratégiques qu’il va mener un combat de l’ombre contre l’occupant. En effet, la compagnie allemande Kontinental Oel tente d’asphyxier l’industrie française en bloquant les livraisons de matériel.

Pour contrer cette offensive, Pierre Angot élabore la tactique dite de la « ballerine ». Il multiplie les arguties techniques et les négociations interminables pour retarder la signature de tout accord de copropriété. Grâce à cette obstination, les Allemands doivent renoncer à leur contrat commercial au profit d’une simple convention administrative sans valeur légale.

De plus, il dissimule activement les indices de pétrole découverts lors du forage de Gensac I. Malgré les menaces de la Gestapo qui le qualifie ouvertement de saboteur, il refuse de fuir vers l’Espagne pour protéger ses employés et sa famille.

Le drame de Saint-Marcet et la déportation

Le destin de l’ingénieur bascule définitivement le 6 juin 1944. Ce jour-là, des maquisards du Corps Franc Pommiès s’emparent de stocks de carburant sur le chantier de Saint-Marcet. Pour couvrir la fuite des résistants, Pierre Angot retarde volontairement l’alerte auprès des autorités.

Malheureusement, les troupes allemandes de Saint-Gaudens interceptent le convoi de maquisards deux jours plus tard lors d’un affrontement meurtrier à Aulon. Découvrant la complicité passive de la direction, la Gestapo arrête l’ingénieur le soir même.

Incarcéré à Fresnes, il fait partie du dernier convoi de déportés vers Buchenwald en août 1944. Transféré dans l’enfer de la mine de sel de Plömnitz, il subit des travaux forcés épuisants sous la garde des SS. Atteint de dysenterie et de pleurésie, il s’éteint début février 1945, pesant à peine 42 kilos. Après la guerre, des voies publiques portent son nom dans plusieurs communes du Sud-Ouest en hommage à son sacrifice.

L’autre Pierre Angot : l’empreinte douloureuse d’un secret de famille

La double vie de Pierre Angot sous le signe de l’absence

À l’opposé de cette figure héroïque, un autre homme portant le nom de Pierre Angot a marqué l’histoire culturelle française par une trajectoire bien plus sombre. Ce traducteur de profession travaillait pour de grandes institutions européennes et une organisation internationale.

Marié à Élisabeth Angot, il mène en parallèle une relation hors mariage avec Rachel Schwartz. De cette liaison naît une fille en 1959, Christine, qui ne porte d’abord pas son nom. En effet, le père quitte le foyer avant la naissance de l’enfant et ne la reconnaît officiellement qu’à ses 14 ans. C’est à cette période que la jeune fille prend le nom d’Angot, ignorant encore le drame qui l’attire.

L’onde de choc de l’inceste et l’exorcisme littéraire

Dès les retrouvailles avec sa fille, le traducteur entame une relation d’emprise destructrice. Entre ses 13 et ses 16 ans, l’adolescente subit des agressions sexuelles répétées et des viols de la part de son père. Ces actes criminels, perpétrés dans le secret, brisent l’enfance de la future écrivaine.

Devenue adulte, sa fille Christine choisit de briser le silence en plaçant ce traumatisme au cœur de son œuvre littéraire. À travers plusieurs livres poignants, elle dissèque le mécanisme de l’abus paternel :

  • L’Inceste
  • Une semaine de vacances
  • Le Voyage dans l’Est
  • Un amour impossible

Cette entreprise de dévoilement culmine en 2024 avec la sortie d’un film documentaire intitulé Une famille. Dans cette œuvre intime, la réalisatrice confronte ses proches et interroge l’aveuglement collectif face aux agissements de son père, décédé en 1999 des suites de la maladie d’Alzheimer.

Les répercussions judiciaires et les fractures familiales

La plainte d’Élisabeth Angot et la bataille du silence

La diffusion de ce documentaire a déclenché une vive tempête judiciaire autour de la mémoire de Pierre Angot. Sa veuve, Élisabeth Angot, affirme par le biais d’un droit de réponse n’avoir jamais soupçonné l’existence de ces agressions pendant qu’elles se produisaient. Selon ses déclarations, elle n’aurait découvert la situation qu’en janvier 1999, alertée par le gendre de son époux alors que ce dernier était hospitalisé.

En réaction au tournage du film, réalisé à son insu à son domicile en septembre 2021, la veuve a déposé une plainte pénale. Elle accuse notamment la cinéaste de violation de domicile et de violences sur personne vulnérable. À la suite de cette procédure, la réalisatrice a été mise en examen par la justice française.

Les autres affaires marquantes autour du nom

Ce conflit familial n’est pas le seul épisode judiciaire lié à l’utilisation de ce patronyme ou à l’œuvre de l’écrivaine. Par le passé, l’auteure et son éditeur ont été condamnés le 27 mai 2013 pour intrusion dans la vie privée après la publication du roman La Petite Foule.

Par ailleurs, en mars 2019, l’écrivaine a déposé plainte après la découverte d’inscriptions antisémites et racistes près d’une conférence à Vannes. Ces tags visaient notamment la consonance du nom de sa mère, rappelant la violence des réactions que l’exposition publique de son histoire familiale continue de susciter.

Enfin, l’histoire locale conserve la trace d’autres homonymes plus lointains. C’est le cas de Pierre Julien François Angot, un propriétaire terrien qui fut maire de la commune de Méautis à partir de 1837, illustrant la diversité des destins associés à ce nom à travers les siècles.

Qu’il évoque le sacrifice d’un grand résistant ou les traumatismes d’une cellule familiale brisée, le nom de Pierre Angot demeure indissociable des tensions de l’histoire française. Il rappelle, chacun à sa manière, comment les secrets d’État et les secrets de famille finissent toujours par éclater au grand jour.


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