Franck Verzy saute en hauteur lors d'une compétition d'athlétisme

Franck Verzy, le rebelle volant qui a révolutionné le saut en hauteur français

Au début des années 1980, le saut en hauteur français a connu une véritable révolution grâce à un athlète au profil hors norme. Ce destin hors du commun est celui de Franck Verzy. Ce sauteur au style atypique a profondément marqué l’histoire de l’athlétisme. Premier Français à franchir la barre mythique des 2,30 mètres, il a prouvé que la détermination pouvait bousculer toutes les conventions établies.

La genèse de Franck Verzy, de la blessure à la gloire d’un sauteur hors norme

Né le 13 mai 1961 à Lyon, le jeune athlète n’était pourtant pas prédestiné à une carrière au sommet. En effet, l’année de ses dix-sept ans, un grave accident de moto manque de le laisser infirme. Cet événement dramatique endommage sévèrement son genou droit, lui laissant une longue cicatrice ainsi qu’un léger déhanchement physique.

Malgré ce lourd handicap, il refuse d’abandonner ses ambitions sportives. Il décroche ainsi le titre de champion de France cadet dès 1978, avant de s’imposer chez les juniors en 1979 et 1980. Sous la direction de son entraîneur Daniel Aligne au PL Pierre-Bénite, le jeune homme forge son mental de compétiteur. Cependant, les conditions d’entraînement à Lyon restent rudimentaires, souffrant d’un manque d’infrastructures hivernales adaptées pour rivaliser avec les professionnels étrangers.

L’art de défier la gravité : une technique et un style de vie uniques

Physiquement, Franck Verzy détonnait dans le paysage mondial de la discipline. Les cadors de l’époque mesuraient près de deux mètres, mais son gabarit se limitait à 1,81 mètre pour 63 kilos. Cette silhouette fine, souvent comparée à une biscotte, reposait sur de grands pieds pointure 46. Grâce à cette morphologie, l’expert du saut parvenait à franchir des barres situées à plus de 50 centimètres au-dessus de sa tête.

Sa technique de saut découlait directement de ses particularités physiques et des séquelles de son accident. Avant de s’élancer, sa posture d’attente singulière évoquait un héron à l’affût d’une proie. Ensuite, il entamait une course d’élan caractérisée par une courbe extrêmement agressive, abordée l’épaule inclinée au maximum à vive allure.

Au-delà de la piste, l’athlète cultivait une réputation de « chien fou » au tempérament indomptable. Il fumait quotidiennement un paquet de cigarettes, consommait du Guronsan en grande quantité pour sortir en boîte de nuit et multipliait les excès de vitesse sur la route. Ce tempérament de feu provoquait parfois des étincelles. Il s’était ainsi retrouvé au cœur d’une altercation physique avec Maryse Ewanjé-Epée alors qu’elle n’avait que seize ans.

Les sommets de la carrière de Franck Verzy marqués par son record de France

L’année 1981 marque l’avènement de Franck Verzy sur le plan national. Lors d’un meeting à Beaune, il améliore une première fois le record national en franchissant 2,28 mètres devant l’Américain Thompson. Quelques jours plus tard, le 12 juillet 1981 à Montgeron, il entre définitivement dans l’histoire lors des championnats nationaux espoirs. Il efface alors une barre à 2,30 mètres à son troisième essai. Grâce à cet exploit, il devient le premier sauteur français à atteindre cette hauteur mythique.

Son chef-d’œuvre survient deux ans plus tard, le 20 août 1983, lors de la Coupe d’Europe à Londres. L’athlète y signe son record personnel absolu en plein air en franchissant 2,32 mètres pour remporter le concours. Cette performance exceptionnelle lui permet de conserver le record de France durant onze longues années, jusqu’en 1994. En salle, son record personnel s’établit à 2,26 mètres, une marque réalisée à Lyon au début de l’année 1982.

Un parcours international contrasté et le retrait des pistes

Sur la scène internationale, la réussite de l’athlète se révèle plus irrégulière. S’il brille lors des compétitions par équipes, il connaît des fortunes diverses lors des grands championnats individuels. En 1983, il décroche ainsi la médaille de bronze aux Jeux Méditerranéens de Casablanca avec un saut à 2,22 mètres. En revanche, il essuie des désillusions majeures en échouant lors des qualifications des Championnats du monde d’Helsinki en 1983. L’année suivante, il subit le même sort lors des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984.

Pour donner un nouvel élan à sa carrière, Franck Verzy décide de quitter son club de toujours, le PL Pierre-Bénite, en 1987. Il rejoint alors le prestigieux Racing Club de France à Paris afin de bénéficier d’un encadrement renouvelé. Après une ultime sélection non classée en Slovénie en 1987, il s’éloigne progressivement des pistes. Il prend finalement sa retraite sportive en 1993.

L’héritage et la disparition d’un écorché vif de l’athlétisme

Le monde de l’athlétisme a pleuré la disparition de Franck Verzy en 2025, à l’âge de 64 ans. Bien que sa date de décès exacte fasse l’objet de légères divergences entre le 1er et le 2 juillet 2025 selon les bases de données sportives, l’émotion est restée unanime. À cette occasion, le célèbre entraîneur Jean-Claude Perrin lui a rendu un vibrant hommage. Il a salué des qualités humaines et sportives hors du commun qui éclipsaient largement ses quelques excès.

L’ancien recordman laisse derrière lui l’image d’un athlète entier, indomptable et profondément humain. Sa trajectoire rappelle qu’au-delà des schémas d’entraînement rigides, le sport de haut niveau se nourrit aussi de personnalités singulières capables de repousser les limites de l’impossible par la seule force de leur instinct.


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