Dans les années 1970, la France assiste à une véritable révolution des arts martiaux. Cette période voit émerger des disciplines de combat plus directes et spectaculaires. Au cœur de cette transition vers le plein contact se trouve Roger Paschy, un athlète d’exception dont le parcours va transformer à jamais le paysage des sports de combat dans l’Hexagone. D’abord champion incontesté de karaté traditionnel, cet homme passionné s’impose comme le passeur décisif de la boxe thaïlandaise en Europe.
Grâce à son charisme et à sa maîtrise technique, Roger Paschy brise les préjugés d’une époque réticente. En effet, son parcours incarne l’alliance parfaite entre la rigueur asiatique et l’esprit d’ouverture occidental.
Des ruelles de Saïgon aux tatamis parisiens : la naissance du combattant Roger Paschy
Pour apprécier l’itinéraire de Roger Paschy, il convient d’abord de remonter à ses racines asiatiques. Il naît à Saïgon, au Vietnam, et possède des origines franco-vietnamiennes. Cependant, les archives biographiques de l’époque divergent légèrement quant à sa date de naissance exacte. Si la plupart des documents s’accordent sur l’année 1944, d’autres évoquent précisément le 9 septembre 1944 ou encore le 17 mai 1945. De même, son arrivée sur le sol français en 1957 comporte quelques incertitudes chronologiques quant à l’âge précis auquel il débute les arts martiaux, oscillant entre seize et vingt ans selon les récits.
Malgré ces flous administratifs, ses premiers pas dans la discipline relèvent d’une véritable aventure humaine. N’ayant pas de moyens financiers à ses débuts, sa trajectoire prend un tournant insolite lorsque son épouse trouve un kimono de karaté dans une poubelle à Paris. Après un bon lavage, l’athlète l’essaie et se sent immédiatement à l’aise devant son miroir. Il achète alors des livres pour apprendre en autodidacte, avant que le célèbre Maître Kase ne le repère dans le public et l’invite à participer gratuitement à ses cours.
L’ascension fulgurante de Roger Paschy dans le karaté Shotokan
Après avoir débuté par la pratique du judo, le jeune homme se consacre pleinement au karaté Shotokan. Il s’entraîne d’abord sous la direction exigeante de Maître Taiji Kase. Pour parfaire ses connaissances, il n’hésite pas à s’expatrier au Japon, travaillant pendant sept ans avec Maître Kitamura dans son dojo de Nara. Cette immersion asiatique lui permet d’acquérir une technique remarquable, notamment en katas, mais aussi dans le maniement d’armes traditionnelles comme le bo et le nunchaku.
Sur le plan technique, le style du combattant se caractérise par une incroyable faculté d’improvisation et une grande capacité d’anticipation. Son coup de pied circulaire, le mawashi geri, devient rapidement sa technique favorite sur les tatamis. Représentant officiel de l’Association Sportive de la Police de Paris, il gravit tous les échelons jusqu’à de venir un instructeur respecté, aujourd’hui gradé sixième dan de karaté.
Les sommets européens et mondiaux
Son palmarès sportif témoigne d’une domination impressionnante durant les années 1970. Membre de l’équipe de France, il est sacré trois fois champion de France individuel dans la catégorie des poids légers entre 1973 et 1975. Par ailleurs, il s’impose sur la scène continentale en décrochant trois titres de champion d’Europe individuel et plusieurs victoires par équipes.
En 1972, il atteint le sommet de sa discipline en devenant champion du monde par équipes à Paris. Trois ans plus tard, lors des championnats du monde de Long Beach en 1975, il dispute une demi-finale légendaire contre le futur champion japonais Murakami. Malheureusement, cette confrontation se solde par une défaite controversée, marquée par un combat entaché d’une accusation de tricherie de l’arbitre. Il termine finalement au pied du podium individuel.
L’aventure du full-contact et l’appel du ring professionnel
À la recherche de nouveaux défis, le maître du full-contact décide de franchir le pas du professionnalisme en 1976. Cette transition s’inscrit directement dans la dynamique lancée par une autre légende française, Dominique Valera. Très vite, ses qualités d’adaptation font merveille dans cette nouvelle forme de combat qui autorise la recherche du KO.
En mai 1976, à Gelsenkirchen en Allemagne, il s’empare avec brio du titre de champion d’Europe de Full-Contact dans la catégorie des 63-69 kg. Pour y parvenir, il écarte d’abord le redoutable Néerlandais Jhon de Ruyter par KO, avant de battre l’Allemand Kemal Zeriat en finale. Pourtant, le pionnier des arts martiaux choisit d’abandonner rapidement sa ceinture européenne afin de se consacrer à la transmission écrite de son savoir.
Le pionnier du Muay Thaï : comment Roger Paschy a importé la boxe thaïlandaise
La véritable révolution menée par le champion intervient à la fin des années 1970. C’est lors de vacances en Thaïlande avec son épouse qu’il découvre le Muay Thaï. Fasciné par l’efficacité de cet art séculaire, il s’entraîne intensément dans un camp militaire sous la direction du Capitaine Naris. Il dispute ensuite quatorze combats professionnels en kick-boxing et boxe thaïlandaise, dont de grands affrontements à Bangkok.
De retour en France, il se heurte à l’hostilité des médias et du public qui jugent cette discipline trop violente. Pour contourner cette résistance, il utilise habilement l’appellation de « Kick-Boxing » ou « Kick Boxing Muay Thaï ». Grâce à des démonstrations publiques et des stages intensifs, il parvient à populariser ce sport à travers tout le pays.
Le Yamatsuki, un club mythique formateur de légendes
Pour structurer cette nouvelle discipline, il ouvre son club en 1977 dans le onzième arrondissement de Paris : le Yamatsuki. Ce nom, qui signifie « coup de poing », devient rapidement le symbole d’une école d’excellence. Sous sa direction, le club forme une génération exceptionnelle de champions qui vont dominer la scène internationale.
Parmi les boxeurs formés au Yamatsuki, on peut citer :
- Les célèbres frères Daniel et Fabrice Allouche
- Les techniciens André Zeitoun et Saïd Bouzid
- Les redoutables combattants Kouider Abdelmoumeni et Jami Mohamed
- Les compétiteurs d’élite Omar Benamar, Christian Bafir et Gilles Tirolien
Des galas d’anthologie pour populariser la discipline
En parallèle de l’enseignement, la figure du combat libre se transforme en promoteur de génie. Il organise une trentaine de galas mémorables dans des salles parisiennes combles, de la mythique Salle Wagram au Cirque d’Hiver. Ces événements permettent au public français de découvrir des légendes thaïlandaises comme Samart Payakaroon ou Dieselnoy. Soucieux de la sécurité des boxeurs, il milite activement pour imposer le port des coudières afin de protéger l’intégrité physique des athlètes.
Le « Bruce Lee français » : une icône du cinéma d’action
Grâce à son agilité exceptionnelle et son charisme naturel, il gagne rapidement le surnom de « Bruce Lee français ». Le cinéma d’action fait naturellement appel à lui pour des rôles physiques où il règle lui-même les chorégraphies des affrontements. Pendant ses absences sur les plateaux de tournage, sa famille assure la gestion logistique de ses galas de boxe.
Sa carrière cinématographique se compose de plusieurs longs-métrages marquants :
- Le film d’aventure Docteur Justice en 1975, où il incarne le personnage de Wang
- Les productions de Hong Kong Dragon Blood et The Crunch Punch, face à l’acteur John Liu
- Des films populaires français comme Les Keufs, réalisé par Josiane Balasko
- La production fantastique Gwendoline, sous la direction de Just Jaeckin
Bien que certaines sources de l’époque lui attribuent une filmographie de cinq longs-métrages, d’autres entretiens révèlent que les talents d’acteur de Roger Paschy s’exportent sur près d’une dizaine de productions cinématographiques à travers le monde.
L’héritage écrit d’un maître des arts martiaux
Au-delà des rings et des plateaux de cinéma, l’expert en kick-boxing s’est attaché à transmettre sa passion par l’écriture. Il publie notamment l’ouvrage technique Karaté : Technique et Efficacité, qui fait référence auprès des pratiquants. Il signe également le premier livre élaboré en langue française consacré à sa discipline de cœur, intitulé Kick Boxing – Muay Thai.
Aujourd’hui, les écrits de Roger Paschy témoignent de sa volonté de démocratiser des pratiques autrefois marginales. En ouvrant la voie au Muay Thaï et en formant les plus grands noms de la discipline, il a permis à des générations de boxeurs de s’épanouir sur les rings du monde entier.
