Michel Fau se tient dans un salon doré avec une veste rouge brodée et une écharpe colorée

Michel Fau : l’art de l’artifice contre le tiède de l’époque

On le dépeint parfois comme un homme sinistre dans sa vie privée, mais il se métamorphose en un monstre sacré dès qu’il foule les planches. Le metteur en scène et comédien Michel Fau incarne une vision du théâtre où l’excès, le baroque et l’artifice absolu défient la tiédeur du réalisme contemporain. Cet artiste inclassable, qui se définit volontiers comme un marginal inadapté à son époque, a construit une œuvre foisonnante qui bouscule les codes de la scène française.

Entre tragédie outrancière, comédie grinçante et envolées lyriques, Michel Fau refuse la demi-mesure pour mieux célébrer la théâtralité pure. Portrait d’un amoureux fou des textes et de la démesure.

Les origines de la vocation singulière de Michel Fau

Des marionnettes d’Agen au Conservatoire de Paris

Né à Agen dans le Lot-et-Garonne, Michel Fau grandit dans un environnement éloigné des projecteurs, entre un père horloger et une mère au foyer. C’est pourtant cette dernière qui éveille sa sensibilité artistique en l’emmenant régulièrement à l’Opéra de Bordeaux. Pour son cinquième anniversaire, elle lui offre des marionnettes qui occuperont toutes ses pensées jusqu’à l’âge de dix ans. Enfant timide, solitaire et complexé, il trouve son salut dans les livres et la musique classique, sa passion d’enfance, loin du système scolaire qu’il quitte finalement sans obtenir le baccalauréat.

Sa vocation théâtrale s’enracine définitivement lorsqu’il assiste à une représentation du Bourgeois gentilhomme portée par le jeu extravagant de Jean Le Poulain. À l’âge de 18 ans, après s’être formé au conservatoire d’Agen, il décide de s’installer à Paris pour vivre sa passion. Il intègre ensuite le prestigieux Conservatoire national supérieur d’art dramatique de 1986 à 1989, où il étudie sous la direction de maîtres exigeants comme Michel Bouquet et Gérard Desarthe.

L’esthétique de l’excès chez Michel Fau entre baroque et provocation

L’égérie d’Olivier Py et le culte de la scène

Durant les décennies 1990 et 2000, l’homme de théâtre s’impose comme l’acteur fétiche d’Olivier Py. Cette collaboration fusionnelle donne naissance à des spectacles mémorables, de La Servante au Soulier de satin de Paul Claudel. Sur scène, le comédien singulier déploie un jeu physique d’une audace totale, revendiquant une absence complète de pudeur. Il collabore également avec d’autres metteurs en scène de renom, explorant un répertoire d’une grande diversité, du Misanthrope mis en scène par Jacques Weber à Othello sous la direction d’Éric Vigner.

La signature visuelle flamboyante et artisanale de Michel Fau

En tant que metteur en scène, Michel Fau développe une esthétique immédiatement reconnaissable, mêlant rigueur classique, influences baroques et fantaisie artificielle. Pour bâtir ces univers visuels exubérants, il s’entoure d’une équipe de fidèles collaborateurs. Sa propre famille y prend une part active : sa sœur Pascale conçoit les maquillages, tandis que son frère Bernard participe régulièrement aux décors. Il collabore aussi fréquemment avec le célèbre couturier Christian Lacroix pour imaginer des costumes somptueux. Refusant le naturalisme, il impose à ses acteurs de jouer face au public afin d’assumer pleinement l’artifice du théâtre.

Une carrière prolifique sur les planches et à l’opéra

Les grands classiques revisités au théâtre par Michel Fau

Le metteur en scène enchaîne les productions marquantes, dirigeant les plus grands noms du théâtre français dans des relectures audacieuses. Son travail met en lumière un dialogue permanent entre comédie populaire et tragédie exigeante.

Parmi ses mises en scène théâtrales les plus marquantes, on peut citer :

  • Maison de poupée d’Henrik Ibsen en 2010, qui marque les débuts théâtraux d’Audrey Tautou.
  • Le Misanthrope de Molière en 2014, où il réunit Julie Depardieu et Édith Scob.
  • Fleur de cactus en 2015, une comédie légère portée par Catherine Frot.
  • Le Tartuffe de Molière en 2017, un spectacle historique où il partage la scène avec son ancien professeur Michel Bouquet.
  • La Jalousie de Sacha Guitry, créée en 2021 et régulièrement reprise au Théâtre de la Michodière jusqu’en 2026.

La passion lyrique : de Mozart à Wagner

Parallèlement au théâtre, l’artiste polymorphe transpose son univers fantastique dans le monde de l’opéra. Sa passion pour l’art lyrique le pousse à revisiter des chefs-d’œuvre du répertoire mondial. En 2013, il triomphe à l’Opéra Comique avec sa mise en scène de Ciboulette de Reynaldo Hahn, dans laquelle il chante également. Ses productions de Dardanus de Rameau en 2015 ou de L’Enlèvement au sérail de Mozart en 2024 et 2026 témoignent de sa capacité à marier rigueur musicale et splendeur visuelle. Pour le jeune public, sa version du Vaisseau fantôme de Wagner à Toulouse reste un choc esthétique majeur.

Michel Fau comme électron libre face au cinéma et à la télévision

Des seconds rôles marquants à la consécration de « Marguerite »

Bien que le théâtre reste sa priorité absolue, l’artiste polymorphe promène sa silhouette singulière sur les écrans de cinéma depuis plus de trente ans. Il débute modestement en 1990 dans le Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau. Par la suite, il enchaîne les apparitions mémorables chez Albert Dupontel dans Le Créateur ou chez Dominik Moll dans Harry, un ami qui vous veut du bien.

La consécration cinématographique arrive en 2015 grâce au réalisateur Xavier Giannoli. Dans le film Marguerite, il incarne Atos Pezzini, un professeur de chant excentrique qui tente de former une riche héritière dépourvue de voix. Ce rôle marquant lui vaut une nomination méritée au César du meilleur acteur dans un second rôle. Plus récemment, il collabore avec François Ozon dans Mon crime ou encore avec Arielle Dombasle dans La Princesse de Cadignan, où il prête ses traits à Honoré de Balzac.

Incarner l’histoire sans artifice le défi relevé par Michel Fau dans le rôle de Mitterrand

Récemment, l’homme de théâtre a relevé un défi de taille en incarnant François Mitterrand dans le film de Stéphane Demoustier, L’Inconnu de la Grande Arche. Pour ce rôle historique, l’acteur a fait un choix radical : refuser les prothèses et le maquillage en latex. S’inspirant des conseils de son ancien maître Michel Bouquet, il a préféré miser sur une évocation sobre et intérieure de la vanité du pouvoir. Cette performance épurée lui a valu une nouvelle nomination au César du meilleur acteur dans un second rôle en 2026.

Les combats d’un esprit libre et rebelle

Le divorce avec l’enseignement moderne

Parallèlement à sa carrière de comédien, Michel Fau s’est longtemps consacré à la transmission en dirigeant des ateliers au Cours Florent et au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Cependant, en 2014, il décide de démissionner avec fracas de cette institution. L’artiste dénonce une dérive de la pédagogie théâtrale moderne, regrettant l’abandon des grands textes classiques au profit de l’improvisation et de « l’écriture de plateau ». Il déplore notamment que les jeunes acteurs ne sachent plus déclamer des alexandrins sans l’aide de micros.

Un positionnement politique et médiatique assumé

Se qualifiant lui-même de « dadaïste », il refuse de s’inscrire dans le clivage traditionnel entre la droite et la gauche. Il exprime régulièrement son aversion pour la politique moderne, qu’il juge en manque cruel de repères culturels. Cette liberté de ton se manifeste également dans ses amitiés. Fidèle soutien de Gérard Depardieu, il est l’initiateur direct de la tribune controversée défendant l’acteur en pleine tempête médiatique. Pour lui, l’artiste doit impérativement préserver sa liberté d’être extravagant, scandaleux et ingérable. Ses positions tranchées ne l’empêchent pas de maintenir des liens cordiaux avec le couple présidentiel, Brigitte et Emmanuel Macron, avec qui il s’entretient exclusivement de théâtre.

La reconnaissance d’un parcours hors norme

Récompenses et distinctions d’un marginal magnifique

Tout au long de sa carrière, le comédien singulier a accumulé les distinctions prestigieuses. Dès 1998, il reçoit le Prix Gérard Philipe pour son rôle dans Hyènes. Le Syndicat de la critique salue ensuite son travail à deux reprises : en 2006 pour son jeu dans Illusions comiques, puis en 2015 en lui décernant le Grand prix du meilleur spectacle lyrique pour sa mise en scène de Dardanus. Lauréat du prestigieux Prix du Brigadier en 2015, il continue d’imposer son style unique sur toutes les scènes de France.

Pour la fin de l’année 2026, l’artiste polymorphe prépare un retour très attendu à la chanson avec son Concert Très Chic, annoncé au Théâtre des Bouffes Parisiens. Que ce soit sous les dorures d’un opéra ou dans la pénombre d’un plateau de cinéma, Michel Fau continue d’offrir au public un art total, vibrant et résolument indomptable, prouvant que l’artifice théâtral reste le plus beau des miroirs tendus à notre réalité.


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