Nicolas Koretzky est assis à son bureau devant une grande fenêtre avec vue sur la ville

Nicolas Koretzky : des projecteurs du cinéma d’auteur à l’art de la transmission

Certains visages marquent durablement le cinéma français sans pour autant s’enfermer dans une seule case. C’est précisément le cas de Nicolas Koretzky, dont la trajectoire artistique, entamée à la fin des années 1980, illustre une constante réinvention. Révélé à l’adolescence, l’artiste s’est d’abord imposé comme une figure familière du grand écran avant d’explorer les planches, l’écriture et la réalisation.

Aujourd’hui âgé de 53 ans en cette année 2026, l’acteur français ne se contente plus de jouer les textes des autres. Il façonne ses propres projets, interroge les coulisses de son métier à travers un podcast indépendant et accompagne la nouvelle génération de comédiens. Ce parcours pluriel dessine le portrait d’un créateur passionné, que guide toujours le besoin de transmettre et de créer en toute liberté.

L’envolée précoce de Nicolas Koretzky du cinéma d’auteur aux rôles cultes

Né le 30 août 1972 à Tours, Nicolas Koretzky grandit dans un environnement sensible aux arts, étant notamment le petit-neveu de l’actrice Lily Laskine. Très jeune, il décide de se former aux exigences du jeu dramatique. Il intègre pour cela le French American Cinema Theater (FACT), où il étudie sous la direction de John Strasberg et Sarah Eigerman. Cet apprentissage rigoureux lui permet de faire ses armes rapidement.

Dès l’âge de 16 ans, l’adolescent décroche son premier rôle à la télévision dans le téléfilm Tendre manège (également répertorié sous le titre Fleur bleue), réalisé par Jean-Pierre Ronsin. Dans cette fiction, il prête ses traits au fils des personnages incarnés par Claude Jade et Patrick Raynal. Cette première expérience lance une dynamique prometteuse.

L’année 1991 marque un tournant décisif. Arnaud Desplechin choisit le jeune comédien pour incarner Alexandre dans La Vie des morts, un moyen-métrage salué par la critique et présenté au Festival de Cannes. Parallèlement, il tourne sous la direction de Marcel Bluwal dans l’adaptation télévisée des Ritals de Cavanna, où il incarne Roger, le meilleur ami du personnage joué par Benoît Magimel.

C’est pourtant en 1993 que se produit la véritable consécration publique. Le réalisateur Cédric Klapisch lui confie le rôle de Maurice « Momo » Zareba dans le film culte Le Péril jeune. Ce long-métrage, qui capture la nostalgie et les désillusions des années lycée, devient rapidement une référence absolue pour toute une génération. Le personnage de Momo, à la fois drôle et attachant, propulse l’interprète sur le devant de la scène.

Un parcours éclectique entre grand écran et séries télévisées

Après le succès du Péril jeune, le cinéma d’auteur continue de solliciter Nicolas Koretzky. En 1995, il tourne dans Le Plus Bel Âge de Didier Haudepin, puis retrouve Cédric Klapisch l’année suivante pour une brève apparition dans Chacun cherche son chat. Il enchaîne ensuite avec des longs-métrages comme Jeunesse de Noël Alpi et Comme elle respire de Pierre Salvadori.

Le comédien ne craint pas de naviguer entre les genres. En 2000, le public le retrouve dans un registre plus sombre avec le thriller Les Rivières pourpres de Mathieu Kassovitz, où il incarne un policier informaticien. Il reprendra d’ailleurs un rôle similaire de policier féru d’informatique deux ans plus tard dans la comédie d’action Le Boulet.

La télévision lui offre également de belles opportunités de rôles récurrents et variés. Les téléspectateurs ont ainsi pu le voir dans la série policière Flics, écrite par Olivier Marchal, ou encore dans la deuxième saison des Invincibles sur Arte. Plus tard, en 2014, il s’illustre dans la série historique Résistance, diffusée sur TF1, où il a l’opportunité d’ incarner le personnage de Morlot sous la direction de Miguel Courtois et David Delrieux.

Bien que plus rare au cinéma à partir des années 2010, l’interprète continue de tourner sous la direction de signatures variées. On l’aperçoit notamment dans Mrs Mills de Sophie Marceau, Les Traducteurs de Régis Roinsard ou encore la comédie Divorce Club de Michaël Youn. Plus récemment, il a participé aux films Une affaire de principe d’Antoine Raimbault et Justin le juste d’Éric Barbier.

Les planches comme espace de liberté et de satire

Si la caméra l’a révélé, c’est sur les planches que Nicolas Koretzky déploie une liberté totale d’écriture et de jeu. Dès 1995, il foule la scène du Festival d’Avignon « In » dans Démons de Lars Norén, mis en scène par Gérard Desarthe. Plus tard, entre 2017 et 2019, il participe à l’adaptation très visuelle de Don Quichotte par la compagnie La Mezzanine, un spectacle mêlant marionnettes et théâtre d’objets.

C’est toutefois à travers l’écriture de comédies et de seuls en scène que le protagoniste affirme sa voix singulière. En 2006, il coécrit avec Franck Lee Joseph One man violent, un spectacle mis en scène par François Levantal. Présenté au Petit Gymnase à Paris, ce show féroce et provocateur est interdit aux moins de 16 ans en raison de ses propos percutants.

Deux ans plus tard, il s’associe à la comédienne Valérie Decobert, rencontrée sur le tournage du court-métrage Egosystème. Ensemble, ils écrivent et interprètent Rose, une comédie romantique programmée à la Comédie de Paris. La pièce raconte la cohabitation forcée entre une actrice désespérée et un psychanalyste qui se connaissent depuis l’enfance.

Entre 2015 et 2018, il triomphe avec son seul en scène satirique Point de rupture, mis en scène par Thierry Harcourt. Dans un décor minimaliste composé de dix porte-manteaux, Nicolas Koretzky incarne une galerie de personnages gravitant autour de Noé, un étudiant ébéniste de l’École Boulle. Confronté à un enseignant qui lui inculque l’ obsolescence programmée, Noé rejette la société de consommation et entame une dérive militante et anticapitaliste. Le texte égratigne avec autant d’humour que de cynisme la manipulation médiatique, la vacuité politique et la mode du retour à la nature.

Il poursuit dans la veine de la comédie de mœurs avec À poil et sans écaille, qu’il coécrit et joue aux côtés de Clémence Schreiber entre 2017 et 2019. Ce spectacle raconte la rencontre explosive à la campagne entre un écrivain en panne d’inspiration et une catcheuse semi-professionnelle.

La réalisation et les podcasts de Nicolas Koretzky pour faire entendre d’autres voix

L’envie de passer derrière la caméra s’est concrétisée très tôt pour Nicolas Koretzky. Il a ainsi réalisé six courts-métrages diffusés à la télévision, parmi lesquels Un douze, Quarante, ou encore Le Marchand de sable et Le Nouveau Big bang, deux œuvres que produit et interprète son ami Frédéric Diefenthal. Il a également co-réalisé pour France 5 un documentaire remarqué sur le rappeur JoeyStarr et son collectif B.O.S.S.

Désireux d’explorer de nouveaux formats de discussion, il lance il y a environ trois ans le podcast indépendant Hors Promo ciné. Dans ce programme, il reçoit des figures majeures du septième art pour des entretiens hors promotion, loin de la langue de bois des plateaux de télévision traditionnels.

Des personnalités telles que Yvan Attal, Emmanuelle Devos, Melvil Poupaud ou encore ses mentors Cédric Klapisch et Arnaud Desplechin se sont prêtées au jeu de ces conversations intimes. L’émission s’exporte parfois en public, comme lors de l’enregistrement d’un épisode spécial avec Vincent Elbaz au Théâtre du Gymnase en mai 2023.

Transmettre le jeu : l’engagement d’un coach à Paris

Fort de près de quarante ans d’expérience dans l’industrie du spectacle, Nicolas Koretzky a choisi de mettre son expertise au service des autres. Il exerce désormais l’activité d’ Acting Coach à Paris, une facette de sa carrière devenue essentielle.

Il propose différentes formules pour accompagner les comédiens professionnels dans le développement de leur art :

  • Des ateliers hebdomadaires axés sur le travail de l’instrument et la préparation de rôles.
  • Des stages intensifs de deux jours pour perfectionner des techniques précises.
  • Des séances de coaching privé sur mesure pour préparer des auditions ou des tournages spécifiques.

Cette activité pédagogique lui permet de rester connecté aux réalités concrètes du jeu d’acteur tout en transmettant les enseignements qu’il a lui-même reçus au début de sa carrière.

Les nuances d’une trajectoire singulière

Comme pour beaucoup d’artistes ayant commencé très jeunes, la carrière de Nicolas Koretzky comporte quelques zones d’ombre et des variations selon les bases de données. Sur le plan quantitatif, par exemple, la plateforme Allociné ne lui attribue que dix-sept films et séries à son actif, alors que sa biographie officielle revendique près de quarante rôles différents.

De plus, les fiches de sa filmographie révèlent de nombreuses divergences de crédits. Dans la série Flics, il est crédité selon les sources sous le nom de Michel Nans ou de Sacha. Pour Central Nuit, la confusion persiste entre le rôle de Jean Monthieux et celui de Michel Nans. De même, son personnage dans le film Comme elle respire oscille entre un simple garçon de café et le personnage de Lee.

Enfin, sur le plan de la réception publique, les œuvres auxquelles il a collaboré reçoivent un accueil contrasté. Sur la plateforme SensCritique, les productions de sa filmographie obtiennent des notes moyennes s’échelonnant entre 4,4/10 et 6,9/10, témoignant de la diversité des projets artistiques qu’il a traversés, du film de genre grand public au cinéma d’auteur le plus exigeant.

Qu’il soit devant la caméra, seul sur scène face au public ou en train de guider un jeune comédien en studio, Nicolas Koretzky incarne une vision artisanale et passionnée du métier d’acteur. En refusant de s’enfermer dans l’étiquette de l’éternel adolescent du Péril jeune, il a su construire un parcours d’une grande richesse, où la liberté de ton reste la priorité absolue.


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