Derrière les visages célèbres du cinéma hollywoodien se cachent souvent des voix qui modèlent notre imaginaire. En France, un comédien de talent s’est imposé comme l’un de ces artistes indispensables. Anatole de Bodinat est capable de passer d’un classique de Victor Hugo sur les planches à l’intensité dramatique d’un doublage de blockbuster. Son timbre chaleureux accompagne le quotidien des spectateurs, qu’ils soient amateurs de théâtre, cinéphiles ou passionnés de jeux vidéo.
Pourtant, le métier de comédien de doublage exige une plasticité rare et un sens du rythme exceptionnel. Des scènes parisiennes aux studios d’enregistrement, cet artiste complet a su construire une carrière extrêmement riche. Ainsi, il navigue avec une grande aisance entre les genres et les époques.
Les mille et une vies d’Anatole de Bodinat, un enfant indiscipliné
Né le 20 janvier 1972 à Lyon, Anatole de Bodinat grandit au sein d’une famille noble. Il est le fils d’Henri de Bodinat et de Sylvaine de Thierry de Faletans au cœur de la région Rhône-Alpes. Son enfance se révèle particulièrement mouvementée, marquée par un caractère dissipé qui lui vaut d’être renvoyé de nombreux établissements. Au total, le jeune garçon fréquente douze écoles différentes durant sa scolarité. Fait insolite, il recherche lui-même ses futurs établissements de manière autonome en feuilletant l’annuaire des Pages Jaunes.
Après cette jeunesse tumultueuse, il effectue son service militaire dans une unité de montagne, le 7ème Bataillon des Chasseurs Alpins. Cette expérience rigoureuse forge son caractère avant qu’il ne se tourne vers sa véritable passion : la littérature. Il entreprend alors des études de lettres à la prestigieuse université de la Sorbonne. De plus, il parfait sa formation en suivant les cours du Studio-Théâtre d’Asnières. Pour l’anecdote, l’acteur veille de près à sa forme physique en consommant régulièrement des pommes pour son goûter, un en-cas pratique qui lui sert de coupe-faim.
L’art de la scène : un comédien au cœur du répertoire
Le théâtre constitue le premier amour d’Anatole de Bodinat. Au cours de sa carrière, il foule les planches pour jouer dans près d’une cinquantaine de pièces. Il explore ainsi un répertoire d’une immense variété, allant du classicisme de Racine et Corneille à la verve comique de Feydeau. Il s’illustre également dans les drames de Shakespeare, Claudel, Tchekhov ou Pinter, montrant une polyvalence remarquable.
De grands metteurs en scène dirigent l’acteur au fil des ans, à l’image de Philippe Calvario ou Marion Bierry. C’est sous la direction de cette dernière qu’il incarne des rôles marquants, notamment dans L’Aiglon d’Edmond Rostand au Trianon. Il s’illustre aussi dans Tête d’or de Paul Claudel sous la direction d’Yvan Garouel, ou encore dans le registre de la comédie musicale avec La Tour Eiffel qui tue au Théâtre du Gymnase.
Par ailleurs, sa collaboration régulière avec le metteur en scène Mitch Hooper lui permet de briller dans des œuvres psychologiques intenses comme Le Monte-plats ou Trahisons d’Harold Pinter. Plus récemment, il a participé au Festival d’Avignon dans des adaptations ambitieuses des Liaisons dangereuses et des Misérables. Actuellement, le public peut le retrouver sur scène dans la pièce à succès Big Mother, jouée au Théâtre des Béliers Parisiens jusqu’au 30 juin 2026.
Des apparitions remarquées d’Anatole de Bodinat, du grand au petit écran
Parallèlement à son activité théâtrale intense, Anatole de Bodinat promène sa silhouette de 1,77 m devant les caméras de cinéma et de télévision. Sur grand écran, il a le privilège de tourner sous la direction de cinéastes majeurs du paysage français. Il collabore notamment avec Nicole Garcia dans En attendant Charlie et Richard Bohringer dans C’est beau une ville la nuit.
Cependant, son rôle le plus marquant au cinéma reste sans doute celui du duc de Joyeuse dans le film historique La Princesse de Montpensier, réalisé par Bertrand Tavernier en 2010. Cette fresque d’époque lui permet de déployer son jeu élégant et sa prestance naturelle. Il participe également à de nombreux courts-métrages, comme Les Glycines ou Après la pluie sous la direction de Jérémie Schellaert.
À la télévision, le comédien multiplie les apparitions dans des fictions populaires. Il incarne des personnages variés dans des téléfilms comme Carmen de Jacques Malaterre ou Tout est bon dans le cochon de David Delrieux. De plus, les amateurs de séries policières françaises ont pu reconnaître son visage dans des productions à succès telles que Femmes de loi, Profilage, Les Limiers ou encore dans la reconstitution historique Ce jour-là, tout a changé, où il prête ses traits au prince de Condé.
L’empreinte vocale : une référence incontournable du doublage français
Si le visage d’Anatole de Bodinat est familier des amateurs de théâtre, sa voix est quant à elle gravée dans l’inconscient collectif de millions de spectateurs. Doté d’un registre médium de jeune adulte, il maîtrise plusieurs accents étrangers comme l’anglais, l’italien, l’allemand et le russe. Cette souplesse lui permet de devenir la voix française officielle de plusieurs stars internationales.
Il est notamment la voix régulière de l’acteur américain James Franco, qu’il double dans pas moins de 22 longs-métrages. Les spectateurs ont pu entendre son interprétation dans des films marquants comme La Planète des singes : Les Origines, Spring Breakers, Le Monde fantastique d’Oz ou encore la comédie déjantée L’Interview qui tue !. Sa capacité à retransmettre la nonchalance et l’intensité de l’acteur américain en fait un doubleur particulièrement apprécié.
Un autre rôle vocal majeur de sa carrière est celui de Penn Badgley. Il prête sa voix au comédien dans la série culte Gossip Girl pour le personnage de Dan Humphrey. Quelques années plus tard, il retrouve l’acteur dans le rôle complexe et glaçant de Joe Goldberg, le protagoniste de la série à succès You. Son interprétation nuancée contribue grandement au malaise et à la fascination suscités par ce personnage de harceleur obsessionnel.
Parmi ses autres collaborations régulières, on peut citer Eric Mabius, qu’il double notamment dans la série Ugly Betty et dans la saga de téléfilms Vous avez un message. Il prête également sa voix à Lee Pace, incarnant le majestueux roi elfe Thranduil dans la trilogie Le Hobbit ainsi que l’empereur Frère au Grand Jour dans la série de science-fiction Foundation. Sa voix accompagne aussi Robbie Amell dans des séries comme The Flash et Upload, ou encore Christian Camargo dans le rôle marquant du tueur de glace Rudy Cooper dans Dexter.
Les rôles cultes d’Anatole de Bodinat qui ont marqué le cinéma et les séries
Au-delà de ses doublages réguliers, le comédien est associé à des personnages emblématiques du cinéma mondial. Les cinéphiles se souviennent de sa performance vocale pour Orlando Bloom, à qui il prête sa voix dans le rôle principal de Balian d’Ibelin dans le chef-d’œuvre de Ridley Scott, Kingdom of Heaven.
À la télévision, il double Matt Smith dans deux de ses rôles les plus prestigieux : le jeune prince Philip Mountbatten dans les premières saisons de la série historique The Crown, et le prince rebelle Daemon Targaryen dans la saga fantastique House of the Dragon. Il prête également son timbre à Sam Claflin dans le drame romantique Avant toi ou la série musicale Daisy Jones and The Six, ainsi qu’à Daniel Brühl dans Le Cinquième Pouvoir. Plus récemment, il a prêté sa voix à Álvaro Morte, le célèbre Professeur de La casa de papel, dans le film espagnol Mirage.
L’univers de l’animation : de l’intensité d’Evangelion à la folie des Pingouins
Le talent d’Anatole de Bodinat s’exprime également avec force dans le domaine de l’animation japonaise et occidentale. Il est notamment la voix française de Ryôji Kaji dans le second doublage de la série légendaire Neon Genesis Evangelion et ses adaptations cinématographiques. Les amateurs de mangas le connaissent aussi pour son rôle d’Enmu dans le film phénomène Demon Slayer : Le train de l’Infini. Dans un registre plus familial, il prête sa voix au pingouin Kowalski dans la série animée Les Pingouins de Madagascar ou au super-héros Helectrix dans Les Indestructibles 2.
L’idole des gamers : donner corps aux héros virtuels
C’est toutefois dans l’industrie du jeu vidéo que sa popularité auprès de la jeune génération a littéralement explosé. Il prête en effet sa voix à Leon S. Kennedy, l’un des personnages les plus emblématiques de la saga d’horreur de Capcom, notamment dans les remakes acclamés de Resident Evil 2 et Resident Evil 4. Son interprétation vocale, saluée pour son charisme et sa justesse, a conquis la communauté des joueurs.
Il incarne également le prince Noctis Lucis Caelum, protagoniste principal du jeu de rôle majeur Final Fantasy XV, apportant une profondeur dramatique mémorable à ce personnage tragique. Les joueurs ont aussi pu l’entendre dans d’autres productions d’envergure comme Assassin’s Creed Syndicate (dans le rôle d’Henry Green), Until Dawn (Josh), ou encore Deathloop (Charlie Montague).
L’habillage télévisuel et la force des marques
La voix de ce comédien chevronné ne se limite pas à la fiction. En effet, elle s’invite quotidiennement dans le salon des Français grâce à son travail pour les médias et la publicité. Il est l’une des voix d’habillage officielles de la chaîne de télévision TMC, rythmant les transitions et les annonces de programmes du canal de la TNT.
Par ailleurs, les plus grandes marques nationales et internationales sollicitent régulièrement son timbre chaleureux et rassurant pour leurs campagnes publicitaires. Qu’il s’agisse de banques comme le CIC, de géants de la cosmétique comme L’Oréal, de constructeurs automobiles tels que Renault, Nissan ou Fiat, ou encore de marques de grande consommation comme Lipton, Milka ou Apple, sa voix est devenue un outil de communication incontournable. Cette présence publicitaire témoigne de sa capacité à capter l’attention et à transmettre une émotion en seulement quelques secondes.
À travers un parcours d’une remarquable diversité, Anatole de Bodinat prouve que l’art dramatique ne connaît pas de frontières. Qu’il s’exprime sous les projecteurs d’un théâtre parisien, devant la caméra d’un grand réalisateur ou dans le secret d’un studio de doublage, il insuffle à chaque projet une rigueur et une passion constantes. Sa capacité à prêter son âme à des personnages aussi variés que des rois elfe, des survivants d’apocalypse ou des figures historiques confirme sa place essentielle dans le paysage culturel francophone.
