Philippe Baronnet est montré à la fois dans un fauteuil entouré d'accessoires de cinéma et sur une scène de théâtre

Philippe Baronnet : un nom pour deux destins de scène et d’écran

Dans le milieu du spectacle, un même nom peut parfois abriter des parcours radicalement différents. L’identité de Philippe Baronnet illustre parfaitement ce phénomène de dualité artistique. Derrière ce patronyme se cachent en réalité deux personnalités distinctes que les bases de données et les fiches biographiques fusionnent fréquemment par erreur. D’un côté, un acteur chevronné ayant marqué le cinéma et la télévision des années 1960 aux années 2000. De l’autre, un comédien, metteur en scène et pédagogue contemporain issu de la génération de l’ENSATT.

Distinguer ces deux trajectoires permet non seulement de rendre justice à leur travail respectif, mais aussi de comprendre comment s’articulent leurs carrières. Du grand écran des années sombres du polar français aux planches des théâtres subventionnés d’aujourd’hui, voyage au cœur d’une homonymie théâtrale et cinématographique singulière.

L’acteur de l’âge d’or du cinéma et de la télévision

Le premier Philippe Baronnet, de son nom complet Philippe Raymond Baronnet-Frugès, naît le 4 novembre 1942 à Bordeaux. Formé notamment auprès de Jack Waltzer et au sein des cours Pygmalion, cet acteur se construit rapidement un profil de comédien polyvalent. Sportif de haut niveau en natation et en ski alpin, il maîtrise les accents du Sud-Ouest et s’illustre par une présence physique marquante qui lui ouvre les portes du cinéma dès la fin des années 1960.

Sa filmographie s’ouvre véritablement en 1968 avec des apparitions remarquées, notamment dans le western de Robert Hossein, Une corde, un colt. L’année suivante, il intègre la distribution d’un chef-d’œuvre du film de gangsters, Le Clan des Siciliens d’Henri Verneuil, où il incarne Luigi. Durant les décennies suivantes, l’acteur enchaîne les seconds rôles marquants sous la direction de réalisateurs de renom :

  • Les Galets d’Étretat (1971) de Vadim Glowna
  • Seul le vent connaît la réponse (1974) d’Alfred Vohrer
  • La vengeance du serpent à plumes (1984) de Gérard Oury
  • L’Effrontée (1985) de Claude Miller, où il prête ses traits au professeur de gymnastique
  • Une chance sur deux (1997) de Patrice Leconte

Parallèlement à sa carrière sur grand écran, l’artiste s’impose à la télévision française. Le public le retrouve dans des feuilletons populaires et des séries policières à succès, à l’image de ses participations dans Fabio Montale ou Frank Riva au début des années 2000 aux côtés d’Alain Delon. À la fin des années 1990, il s’essaye également au théâtre de boulevard et classique, interprétant notamment Alceste dans Le Misanthrope en 1998.

La génération ENSATT : l’art de la mise en scène contemporaine

Le second Philippe Baronnet appartient à une tout autre génération de la scène française. Diplômé de la prestigieuse École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) en 2009, son parcours est d’emblée orienté vers le théâtre public, la recherche textuelle et la transmission pédagogique. Durant sa formation, il travaille sous la direction de metteurs en scène influents comme Alain Françon et Christian Schiaretti.

Dès sa sortie de l’école, le jeune comédien s’engage dans une résidence permanente de trois ans au Théâtre de Sartrouville. Sous la direction de Laurent Fréchuret, il joue dans des pièces majeures telles que L’Opéra de quat’sous de Brecht et s’initie à l’assistanat à la mise en scène. C’est dans ce cadre qu’il signe ses premières directions d’acteurs, notamment avec la pièce Bobby Fischer vit à Pasadena de Lars Norén.

Fort de cette expérience, il cofonde en 2013 la compagnie Les Échappés vifs avec Jérôme Broggini. Cette structure, associée au Préau CDN de Vire de 2016 à 2018, développe un théâtre résolument sensible et proche du public. La compagnie privilégie les écritures contemporaines et passe régulièrement commande à des auteurs d’aujourd’hui pour explorer les dynamiques familiales et les questions liées à la jeunesse.

Un répertoire théâtral ancré dans le réel

À travers sa compagnie ou lors de collaborations extérieures, ce Philippe Baronnet affirme une esthétique exigeante, souvent basée sur le huis-clos et l’intensité psychologique. En 2022, il adapte et met en scène Après la fin de Dennis Kelly au Théâtre de Belleville, un face-à-face étouffant se déroulant dans un abri antiatomique.

Plus récemment, son travail sur la pièce #nejugepasmonrêve de Kelly Rivière a rencontré un vif succès. Présenté notamment à la Scala Paris en 2024 et reconduit pour la saison 2025, ce spectacle met en scène la confrontation intense entre un lycéen et son enseignante. En parallèle, l’artiste continue de s’investir dans la pédagogie en animant des ateliers universitaires et en préparant de futurs projets de jeu. À l’automne 2026, il est ainsi attendu sur les planches du Petit Saint-Martin dans l’adaptation théâtrale du roman Article 353 du Code pénal aux côtés de Vincent Garanger.

Bien que les algorithmes d’Internet s’obstinent à mélanger leurs parcours, les deux Philippe Baronnet partagent, chacun à leur époque et avec leurs armes, une même passion pour l’incarnation et la vérité dramatique.


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