Le paysage audiovisuel français a perdu l’une de ses figures les plus attachantes. Connu pour son humour absurde et sa sensibilité désarmante, le comédien Bruno Salomon s’est éteint en mars 2026, laissant derrière lui une galerie de personnages inoubliables. Des rivages parodiques de l’océan aux querelles de voisinage de la télévision, il aura marqué trois décennies de comédie populaire.
Derrière l’énergie débordante et les grimaces mémorables de Bruno Salomon se cachait un artiste complet. Capable de passer du burlesque le plus total à la douceur d’un père de famille idéaliste, il a construit une carrière d’une grande diversité, alliant le seul-en-scène, le cinéma de bande et le doublage de films d’animation.
Des mascottes de parcs aux projecteurs de la télévision
Né Bruno Éric Salomone à Villeneuve-Saint-Georges, le futur comédien grandit entre Marseille et la région parisienne, notamment à Joinville-le-Pont. Bien que certaines sources divergent légèrement sur son jour de naissance exact, le situant au 13 juillet 1970 ou au 3 juillet, ses origines italiennes et flamandes nourrissent très tôt son imaginaire. Pourtant, le jeune homme ne se destine pas immédiatement à la scène. Il souhaite d’abord devenir vétérinaire, mais ses résultats scolaires insuffisants l’obligent à revoir ses plans.
Il se tourne alors vers l’écriture de sketches et commence à tester son potentiel comique. Pour gagner sa vie, il travaille notamment pendant deux ans comme mascotte chez Euro Disney, enfilant quotidiennement le costume de Dingo. Cette expérience physique du mime et du divertissement forge son sens du rythme. Après s’être formé à la Nouvelle École de l’acteur, il fait une apparition remarquée dans une campagne publicitaire pour la PlayStation en 1995. L’année suivante, sa participation à l’émission Graines de star sur M6 scelle son destin : son univers absurde lui permet de remporter la catégorie humour.
L’aventure collective et l’explosion de Brice de Nice
À la fin des années 1990, le jeune humoriste s’installe au café-théâtre Le Carré Blanc à Paris. C’est là qu’il cofonde la troupe de « La Bande du Carré Blanc », rapidement rebaptisée les Nous Ç Nous. Aux côtés de Jean Dujardin, Éric Collado, Éric Massot et Emmanuel Joucla, il parodie les boys bands à la mode et s’invite régulièrement sur les plateaux de Patrick Sébastien.
Cette complicité amicale et artistique donne naissance à des personnages cultes. En 2005, la troupe se retrouve sur grand écran dans le film Brice de Nice. Bruno Salomon y incarne Igor d’Hossegor, le rival hautain du surfeur niçois, un rôle qu’il reprendra plus de dix ans plus tard dans le troisième volet de la saga. Cette performance installe définitivement sa silhouette athlétique et son sens de la dérision dans le cœur du grand public.
Denis Bouley : le rôle d’une vie sur le petit écran
Si le cinéma lui offre des rôles marquants, c’est la télévision qui lui apporte une immense popularité. À partir de 2007, il prête ses traits à Denis Bouley dans la série Fais pas ci, fais pas ça. Durant neuf saisons, ce personnage de père de famille recomposée, un brin « bobo » et éternel optimiste, séduit des millions de téléspectateurs. Son duo avec Valérie Bonneton fait merveille et lui vaut le prix du meilleur acteur au Festival de la fiction TV de La Rochelle en 2009.
En parallèle, l’acteur multiplie les projets et diversifie ses apparitions :
- Au cinéma : il s’illustre dans Les Vacances de Ducobu ou la saga adolescente Tamara.
- À la télévision : il intègre l’univers de Kaamelott sous les traits du centurion Caius Camillus, puis participe à la série dramatique Le Secret d’Élise.
- Au théâtre : il s’épanouit dans des pièces contemporaines comme Au scalpel ou Suite Royale.
- Dans l’ombre des studios : il prête sa voix mémorable au terrible Syndrome dans Les Indestructibles ou au cheval Jolly Jumper, tout en devenant la voix off emblématique du jeu Burger Quiz.
L’artiste triomphe également seul sur scène. En 2017, son spectacle Euphorique, dans lequel il incarne pas moins de 43 personnages différents, est récompensé par un Globe de Cristal.
Une sensibilité à fleur de peau et un ultime combat
Derrière l’humour convivial et les éclats de rire, ses amis les plus proches décrivent un homme d’une extrême sensibilité. Ce tempérament d’écorché vif s’exprime notamment à travers l’écriture. Atteint de misophonie, une intolérance sévère et obsessionnelle à certains bruits du quotidien, il décide de lever le voile sur ce trouble méconnu en publiant le roman Les Misophones en 2019.
En septembre 2025, la maladie le contraint à s’éloigner des plateaux de tournage, alors qu’il venait d’incarner le capitaine Victor Montagnac dans la série A priori pour France 3. Admis en soins palliatifs quelques mois plus tard, il affronte ses derniers instants avec une immense dignité. Entouré des siens, il épouse sa compagne de longue date, Audrey, sur son lit d’hôpital.
Bruno Salomon s’éteint le 15 mars 2026 à Joinville-le-Pont, des suites d’un cancer. Lors de ses obsèques célébrées le 23 mars, sa famille de cœur et ses anciens complices des Nous Ç Nous se sont réunis pour lui adresser un dernier adieu, saluant la mémoire d’un homme qui aura fait de la légèreté une politesse face à la gravité de l’existence. Son rire complice continuera de résonner à travers les rediffusions de ses rôles les plus cultes.
