Olivier Saladin tient un stylo dans un décor théâtral avec masque et rideaux

Olivier Saladin, l’art de l’absurde et la force du collectif

Il y a des visages qui s’installent dans l’imaginaire collectif sans jamais chercher la lumière des projecteurs à tout prix. Le comédien français Olivier Saladin incarne à merveille cette catégorie d’artistes discrets mais indispensables, dont la simple présence réveille une nostalgie joyeuse et un rire complice. Révélé au grand public par la célèbre troupe des Deschiens, l’artiste interprète a construit une carrière d’une incroyable richesse, naviguant avec aisance entre le théâtre public exigeant, le cinéma populaire et les fictions télévisées.

Le parcours d’Olivier Saladin des chantiers de Normandie aux planches de Rouen

Une jeunesse sous le signe de l’artisanat

L’acteur de théâtre est né le 1er mai 1952 au Havre, en Seine-Maritime. Il grandit au sein d’une famille bourgeoise qualifiée de « banale » et heureuse, dont il est le cadet. Son père dirige alors une entreprise de revêtements de sol tandis que sa mère s’occupe du foyer. Pourtant, l’art n’est pas totalement étranger à sa famille puisque son grand-père travaille comme sculpteur et conservateur du musée du Havre.

Malgré ce cadre stable, le jeune garçon rencontre des difficultés sur les bancs de l’école. En effet, il se retrouve exclu du collège en classe de cinquième à cause de résultats insuffisants. Il s’oriente alors vers des filières manuelles. Ainsi, il décroche d’abord un CAP d’aide-comptable sans grande conviction, puis un CAP de carreleur après son service militaire.

La révélation tardive du jeu

La vie d’Olivier Saladin bascule grâce à une intuition soudaine lorsqu’il répond à une petite annonce pour un cours de théâtre. C’est le début d’une passion salvatrice. Pour se former, il s’installe à Rouen et se forme à Rouen sous la direction d’Alain Bezu, le fondateur du Théâtre des Deux Rives.

Pendant cette période d’apprentissage, le jeune homme multiplie les expériences professionnelles pour subsister. Il part notamment travailler en Allemagne pour charger des camions. De plus, il travaille la nuit aux urgences d’un hôpital pour développer des radiographies. Ces expériences de vie forgent sa sensibilité et enrichissent son jeu d’une profonde humanité.

L’aventure des Deschiens : l’envolée vers la notoriété

Au début des années 1980, le destin d’Olivier Saladin croise celui de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Repéré lors d’un casting, il intègre rapidement leur troupe théâtrale. Ensemble, ils conçoivent un univers burlesque unique. L’ancien membre des Deschiens s’illustre sur scène, notamment dans les pièces marquantes comme Lapin-Chasseur, Les Pieds dans l’eau ou encore Les Précieuses Ridicules.

C’est toutefois la télévision qui lui apporte une immense célébrité nationale. Entre 1993 et 2000, il incarne le fameux « Monsieur Saladin » dans les sketchs des Deschiens sur Canal+. Son duo absurde avec François Morel, marqué par des tenues improbables et des cravates bariolées, amuse des millions de téléspectateurs.

Pourtant, ce succès fulgurant cache un décalage surprenant. En effet, alors que la pastille télévisée reçoit des éloges unanimes, les pièces de la troupe subissent parfois de vives critiques. Certains journalistes les accusent de se moquer des classes populaires. Malgré ces tensions, la troupe maintient un rythme de tournée intense avec près de 160 dates par an à travers toute la France.

Un acteur de théâtre fidèle au répertoire et aux complices

Les retrouvailles régulières d’Olivier Saladin avec François Morel

Au-delà de l’aventure télévisuelle, Olivier Saladin reste profondément attaché aux planches. Il débute officiellement sa carrière théâtrale en 1981 à Rouen, alternant les classiques de Tchekhov ou Corneille et les créations contemporaines. Sa complicité avec François Morel dure depuis de nombreuses années. Ensemble, ils créent le spectacle Bien des Choses en 2006, puis redonnent vie aux joutes verbales du Masque et la Plume dans la pièce Instants Critiques.

Plus récemment, l’artiste interprète triomphe aux côtés de François Morel et d’Olivier Broche dans la célèbre pièce Art de Yasmina Reza. Ce spectacle, programmé de 2024 à 2027, rencontre un immense succès en tournée dans toute la France ainsi qu’au Théâtre Montparnasse à Paris.

Le défi physique du seul-en-scène

En 2015, le comédien décide de se lancer un nouveau défi de taille. Sur les conseils de son ami François Morel, il s’empare d’un texte de Daniel Pennac. Il monte alors le spectacle Ancien malade des hôpitaux de Paris, mis en scène par Benjamin Guillard.

Dans ce monologue gesticulatoire, il incarne un interne en médecine durant une nuit de garde totalement folle. Seul sur scène, il donne vie à une dizaine de personnages extravagants avec une énergie débordante. Pour célébrer les dix ans de ce spectacle physique et hilarant, une reprise est d’ailleurs programmée au Théâtre Montparnasse en 2026.

Un visage familier du grand et du petit écran

Parallèlement à sa riche carrière théâtrale, Olivier Saladin promène sa silhouette singulière devant les caméras de cinéma et de télévision. Au total, sa filmographie compte une cinquantaine de fictions, où il alterne les rôles de premier plan et apparitions furtives.

Sur grand écran, le public le découvre d’abord en serveur dans Il est génial papy ! en 1987. Par la suite, il enchaîne les seconds rôles marquants chez des réalisateurs de renom. On le retrouve ainsi en boucher dans Tatie Danielle, en cocher dans L’Auberge rouge, ou encore sous les traits de Gérard dans le succès public Les Poupées russes de Cédric Klapisch. Plus récemment, il a prêté sa voix au sénateur Tomcrus dans le film d’animation Astérix : Le Secret de la potion magique.

La télévision lui offre également de très beaux rôles de composition. Pendant seize ans, il incarne notamment le docteur Hannibal Pluvinage dans la série policière Boulevard du Palais. Ce personnage de médecin légiste excentrique devient le rôle récurrent majeur de sa carrière sur le petit écran. Il participe également à de prestigieux téléfilms historiques et dramatiques, prouvant l’étendue de sa palette dramatique.

Un citoyen de l’ombre engagé pour son territoire

Malgré les sollicitations parisiennes et les tournées nationales, Olivier Saladin choisit de résider en Normandie, près de Rouen. Ce choix géographique témoigne de son besoin de tranquillité et de simplicité. L’artiste se décrit volontiers comme un homme discret et timide, pour qui monter sur scène reste une démarche intimidante.

Cette simplicité se traduit par un engagement citoyen très concret au quotidien. Très sensible à la préservation de l’environnement, le comédien n’hésite pas à ramasser lui-même les déchets lors de ses promenades. De plus, il s’engage activement au sein de l’association Paysage de France. À travers ce collectif, il lutte contre l’invasion publicitaire et le développement anarchique des zones commerciales aux entrées des villes. Selon lui, la laideur visuelle des paysages altère la pensée des citoyens, d’où l’importance de défendre la beauté de notre environnement quotidien.

En mêlant ainsi la rigueur de l’artisan à la fantaisie du comédien, Olivier Saladin s’est imposé comme une figure chaleureuse et familière du paysage culturel français. Qu’il incarne un médecin débordé sur scène ou qu’il défende la beauté des paysages normands, il démontre que l’on peut toucher le cœur du public tout en restant fidèle à ses valeurs de simplicité et de partage.


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