La réalisatrice avril Besson est assise dans un fauteuil de salle de cinéma sombre

Le double regard d’avril Besson : du montage à la mise en scène

Dans le cinéma contemporain, la frontière entre l’écriture du mouvement et l’assemblage des images s’avère souvent poreuse. Le parcours singulier d’avril Besson illustre parfaitement cette synergie créative, où la maîtrise technique du rythme nourrit directement la mise en scène. En menant de front une double carrière de réalisatrice et de monteuse, elle s’impose comme une créatrice complète qui pense le film dans sa globalité, de la première ligne de scénario jusqu’au raccord final.

Un parcours d’excellence académique et technique

Avant de façonner des récits sur grand écran, la cinéaste a suivi une formation intellectuelle et artistique particulièrement solide. Elle commence ses études par une classe préparatoire Lettres et Sciences Sociales entre 2003 et 2006, développant ainsi une rigueur d’analyse qui caractérise ses œuvres. Elle intègre ensuite le prestigieux Magistère du CELSA de 2006 à 2009, avant de parfaire ses compétences techniques à La Fémis au sein du département montage jusqu’en 2013.

Cette solide formation lui permet d’acquérir une polyvalence rare. Trilingue, elle maîtrise parfaitement le français, l’anglais et l’espagnol, ce qui facilite ses collaborations internationales. Représentée aujourd’hui par l’agent Arielle Léva au sein de l’agence UBBA, elle déploie son talent à travers différents formats et genres cinématographiques.

L’art du montage comme fondement de la mise en scène

Pour beaucoup de cinéastes, le passage derrière la caméra implique l’abandon des autres métiers techniques du cinéma. En revanche, avril Besson refuse cette séparation et envisage ces deux activités comme complémentaires. Depuis ses années d’études, elle mène en parallèle la réalisation et le montage, estimant que l’un enrichit constamment l’autre. En tant que chef monteuse, elle collabore régulièrement avec divers cinéastes sur des projets ambitieux :

  • Exil de Vladilen Vierny (2013), présenté à la prestigieuse Cinéfondation du Festival de Cannes ;
  • Permanent Green Light de Dennis Cooper et Zac Farley (2018) ;
  • Entre les lignes de Frédéric Farrucci (2018) ;
  • On the March de Vladilen Vierny (2020).

Cette expérience du montage de projets tiers lui permet d’affiner sa perception du rythme et de la narration. Ses débuts professionnels l’ont également vue officier comme première assistante monteuse sur le long-métrage La Fille du patron en 2015, consolidant sa maîtrise de la structure filmique.

Le succès retentissant de Queen Size

C’est en 2023 que le travail de réalisation d’avril Besson reçoit une consécration majeure avec le court-métrage Queen Size. Cette comédie romantique raconte la rencontre inattendue entre deux femmes lors de l’achat d’un matelas de grande taille. Porté par le duo d’actrices India Hair et Raya Martigny, le film se transforme rapidement en un road-trip improvisé et plein de charme.

Sur ce projet, la réalisatrice cumule les fonctions d’écriture, de réalisation et de montage. Cette implication totale porte ses fruits en festival. En effet, l’œuvre cumule les distinctions :

  • Une nomination prestigieuse au César 2025 du Meilleur Film de Court-Métrage de Fiction ;
  • Le Prix Unifrance lors du Festival de Trouville ;
  • De multiples sélections internationales, de Thessalonique à Dakar en passant par Aix et Brest.

Bien que le film soit présenté par la cinéaste comme sa huitième réalisation, les répertoires publics en recensent généralement six à sept.

De la télévision au premier long-métrage : Les Matins Merveilleux

Le talent d’avril Besson s’exprime également à la télévision et dans des formats plus courts. Dès 2011, elle réalise le remarqué Bernard & Fils, suicideurs à domicile. Elle enchaîne ensuite avec le documentaire Adela en 2013, puis le court-métrage Oups en 2014, sélectionné au Festival de Poitiers. Plus récemment, elle réalise un épisode de la série télévisée Loulou en 2017, une co-production remarquée pour la chaîne ARTE.

L’année 2026 marque un tournant historique dans sa carrière avec la présentation de son tout premier long-métrage, Les Matins Merveilleux. Écrit, réalisé et monté par ses soins, ce projet d’envergure bénéficie d’une séance spéciale au Festival de Cannes 2026. Elle y confirme sa signature artistique unique, caractérisée par une attention méticuleuse portée au montage et à la fluidité du récit.

En explorant la frontière subtile entre technique et création pure, la réalisatrice continue de tracer un chemin singulier dans le paysage audiovisuel français. Son double regard de monteuse et de metteuse en scène promet encore de belles surprises cinématographiques pour les années à venir.


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