Que feriez-vous si le temps n’avait plus aucune emprise sur votre corps ? Le film Adaline, réalisé par le cinéaste Lee Toland Krieger, explore ce fantasme universel à travers un drame romantique et fantastique poignant.
Ce long-métrage transcende la simple romance en transformant le mythe de la fontaine de jouvence en une mélancolique malédiction. À travers les époques, l’œuvre interroge notre rapport à la mortalité et à la transmission avec une sensibilité remarquable.
Une existence figée par les caprices du destin
L’accident fondateur et l’arrêt du temps
Née à San Francisco en 1908, la jeune héroïne mène d’abord une existence tout à fait ordinaire. Elle se marie, donne naissance à une fille prénommée Flemming, puis devient prématurément veuve. Cependant, son destin bascule tragiquement en 1937.
Alors qu’elle est âgée de 29 ans, elle est victime d’un grave accident de voiture sous une tempête de neige. Au moment précis de l’impact, la foudre frappe son véhicule, provoquant un choc qui arrête définitivement son processus biologique de vieillissement. Physiquement, elle conservera l’apparence d’une jeune femme de 29 ans pour le restant de ses jours.
La fuite perpétuelle pour sauvegarder un secret
Ce qui s’apparente initialement à un miracle se transforme rapidement en un véritable calvaire quotidien. Suspectée et traquée par les autorités fédérales américaines qui souhaitent l’étudier, elle doit se résoudre à une vie clandestine.
Pour protéger son secret, elle s’oblige à changer d’identité et de domicile tous les dix ans. Cette fuite en avant lui interdit toute attache sentimentale durable, la condamnant à une solitude affective absolue. Sa seule attache concrète reste sa fille Flemming, interprétée à l’âge mûr par Ellen Burstyn, qui vieillit normalement jusqu’à paraître beaucoup plus âgée que sa propre mère.
Un amour inattendu face aux fantômes du passé
La rencontre avec Ellis Jones
Cette routine d’isolement vole en éclats lors d’un réveillon de Nouvel An, lorsqu’elle croise le chemin d’Ellis Jones. Ce philanthrope et mécène charismatique, interprété par Michiel Huisman, parvient à surmonter ses réticences et à briser sa carapace de solitude.
Profondément éprise, elle accepte de s’ouvrir à nouveau à l’amour, malgré les risques immenses que cela fait peser sur sa sécurité. Mais cette idylle naissante va la confronter directement à son passé soigneusement dissimulé.
La confrontation bouleversante avec William
En acceptant de rencontrer la famille de son nouvel amant, elle se retrouve face à William Jones, le père d’Ellis, incarné avec brio par Harrison Ford. Cet homme n’est autre que son ancien compagnon des années 1960.
William la reconnaît instantanément, ravivant des sentiments enfouis et menaçant de faire éclater une vérité vieille de plusieurs décennies. Cette confrontation dramatique pousse le récit vers son paroxysme émotionnel.
Une réception critique entre poésie visuelle et classicisme
Des performances d’acteurs unanimement saluées
La critique salue largement la justesse de l’interprétation de Blake Lively, qui parvient à exprimer avec gravité la maturité désespérée d’une femme centenaire sous des traits juvéniles. La performance d’Harrison Ford apporte également une charge émotionnelle particulièrement forte au récit.
Sur le plan esthétique, la mise en scène se distingue par une photographie soignée et des teintes lumineuses qui renforcent l’aspect intemporel de San Francisco. Néanmoins, certains observateurs regrettent un scénario parfois trop académique et l’usage de commentaires pseudo-scientifiques superflus pour justifier le phénomène fantastique.
Un choix de distribution singulier en France
Sur le plan financier, l’œuvre s’est révélée particulièrement rentable pour ses producteurs. Pour un budget de production estimé à 25 millions de dollars, les recettes mondiales ont dépassé les 65 millions de dollars.
Dans l’Hexagone, le film a bénéficié d’une stratégie de distribution innovante appelée « e-Cinema ». Au lieu d’une sortie traditionnelle en salles, le distributeur a fait le choix de le proposer directement en exclusivité sur les plateformes de vidéo à la demande en mai 2015, avant de publier les éditions physiques en septembre de la même année.
En interrogeant notre rapport au temps, cette œuvre singulière rappelle avec beaucoup de poésie que la beauté de l’existence réside précisément dans sa finitude et dans notre capacité à vieillir auprès de ceux que nous aimons.
