Le cinéma de genre français a longtemps cherché son second souffle dans les salles obscures, se heurtant souvent à la frilosité des financeurs traditionnels. C’est finalement sur les écrans du géant du streaming qu’une petite révolution a eu lieu avec la sortie du long-métrage balle perdue, un polar musclé qui prouve que l’Hexagone sait encore produire du grand spectacle sans rougir face aux productions américaines.
Porté par une ambition d’artisanat réaliste, ce premier film de Guillaume Pierret s’impose comme une alternative crédible aux blockbusters hollywoodiens numérisés. En refusant la surenchère d’effets spéciaux, l’équipe propose une expérience brute qui renoue avec l’esprit des cascades à l’ancienne.
Un polar nerveux aux accents de cinéma artisanal
L’intrigue suit Lino, un mécanicien surdoué spécialisé dans la préparation de voitures-bêliers pour des braquages. Après un coup raté pour sauver son jeune frère Quentin, la police l’arrête. Charas, le chef d’une brigade spéciale anti-go-fast, décide de lui donner sa chance en l’embauchant comme préparateur de bolides d’intervention.
La trahison frappe au cœur même de l’unité lorsque deux flics corrompus, Areski Novak et Marco Lopez, abattent Charas lors d’une opération. Ils font alors accuser Lino du meurtre. Pour prouver son innocence, le mécanicien traqué doit retrouver l’unique preuve capable de le disculper : un projectile égaré logé dans la carcasse d’une voiture disparue.
Ce point de départ donne lieu à une course-poursuite haletante où la mécanique et l’action physique prédominent. Le réalisateur choisit de filmer des véhicules réels lancés à pleine vitesse dans les paysages de l’Hérault, notamment autour de Sète et Frontignan.
Des cascades réelles et un rythme haletant
La grande force de cette production réside dans son refus du tout-numérique. Alban Lenoir exécute lui-même ses cascades physiques et automobiles, ce qui confère au film une authenticité rare. Hormis une légère retouche visuelle sur une explosion, l’intégralité des scènes de poursuite a été tournée en conditions réelles.
Les spectateurs et la critique ont particulièrement salué la chorégraphie des combats. La scène de bagarre générale dans le commissariat se distingue par sa crédibilité physique. Lino y apparaît comme un homme acculé qui sait se défendre, loin du stéréotype du tueur professionnel infaillible.
Le sound design participe également à cette immersion brute. Les rugissements de moteurs et les impacts de tôles résonnent de manière très réaliste. Cette approche technique rigoureuse évoque le cinéma d’action français des années 1970 et 1980, porté par Henri Verneuil ou Georges Lautner.
Un casting solide malgré quelques faiblesses d’écriture
Le duo d’acteurs principaux porte l’affrontement avec intensité. Alban Lenoir livre une prestation très physique et charismatique, tandis que Nicolas Duvauchelle incarne un flic corrompu détestable à souhait. Le contre-emploi de Ramzy Bedia, incarnant un mentor protecteur et sérieux, a été largement salué.
Cependant, le long-métrage n’est pas exempt de défauts. Plusieurs observateurs pointent un scénario classique, voire parsemé de facilités narratives. Le premier tiers de l’œuvre souffre parfois d’un rythme un peu lent et très bavard avant que l’action ne démarre véritablement. De plus, certains regrettent la disparition rapide du personnage de Ramzy Bedia, dont l’écriture manque parfois d’un peu de finesse au départ.
Un triomphe populaire sur les plateformes et à la télévision
Malgré ces quelques réserves sur le plan de l’écriture, le succès public a dépassé toutes les attentes. Diffusé mondialement par Netflix, le film a rapidement conquis les spectateurs internationaux. Quelques semaines après sa mise en ligne, la plateforme de streaming annonçait déjà plus de 37 millions de visionnages à travers le monde.
Cette réussite s’est confirmée lors de son passage sur le petit écran traditionnel français. Lors de sa première diffusion en clair sur TF1, le long-métrage a rassemblé plus de 3,4 millions de téléspectateurs, s’offrant une excellente part d’audience.
Le succès de ce projet a permis de poser les bases d’une véritable saga d’action à la française. Après un deuxième volet sorti en 2022, un troisième opus est attendu prochainement pour clore les aventures de Lino.
Cette trilogie démontre de manière éclatante qu’avec du savoir-faire artisanal et des cascades réelles, le cinéma de genre français dispose de tous les atouts pour s’imposer sur la scène internationale.
