Deux scènes contrastées illustrant les personnages et l'ambiance de tension autour de le Clan

Le Clan : de la comédie corse au thriller historique argentin

Le cinéma et la sociologie s’approprient parfois les mêmes termes pour raconter des histoires radicalement différentes, comme le prouve l’usage du concept de le Clan. Ce mot puissant évoque instantanément la solidarité, le secret et les liens du sang. Pourtant, derrière ce titre se cachent deux œuvres cinématographiques que tout oppose : une comédie française truculente sortie en 2023 et un drame argentin glaçant de 2015.

Que l’on parle de truands amateurs en Corse ou d’une famille de kidnappeurs sous la dictature argentine, la notion de groupe fermé reste au cœur de ces récits. En explorant ces différentes facettes, on découvre comment un simple nom révèle les dynamiques fascinantes des microsociétés humaines.

Le Clan version corse : une comédie de bras cassés

Des planches de théâtre au grand écran

Avant de devenir un long-métrage pour le cinéma, cette histoire a d’abord triomphé sur les planches. En effet, le réalisateur et scénariste Éric Fraticelli a d’abord écrit une pièce de théâtre éponyme qui a rassemblé plus de 100 000 spectateurs à travers la France. Fort de ce succès public, le cinéaste a décidé de transposer l’aventure à l’écran en conservant exactement la même équipe de comédiens.

Tourné dans les paysages de l’Île de Beauté au printemps 2022, le film a bénéficié d’un budget de 2,7 millions d’euros. Cette production française réunit les quatre rôles principaux d’origine : Éric Fraticelli incarne le candide Belette, Denis Braccini joue le rôle du boss Fred, Philippe Corti interprète le râleur Max et Jean-François Perrone prête ses traits au gnou Achille. Cette solide complicité entre les acteurs confère au film une ambiance de troupe particulièrement communicative.

Un enlèvement absurde et des dialogues cultes

L’intrigue du film repose sur un projet criminel totalement farfelu. Quatre truands corses, accumulant les échecs, décident de se refaire une santé financière en enlevant l’actrice Sophie Marceau lors de son séjour dans un spa local. Malheureusement, leur plan déraille immédiatement en raison d’une bête confusion entre la cabine 6 et la cabine 9 du registre de l’hôtel.

Au lieu de la star de cinéma, la bande kidnappe Jocelyne Bompart, l’épouse du nouveau patron de la police judiciaire corse. S’ensuit un huis clos mémorable où la bêtise des ravisseurs provoque des situations rocambolesques. Pour tuer le temps et tromper l’ennui de la captivité, les malfrats s’adonnent même à des jeux de société en compagnie de leur otage. Les spectateurs retiennent notamment des dialogues absurdes sur la vie d’aveugle, initiés par les criminels alors qu’ils envisagent naïvement de crever les yeux de leur victime pour éviter d’être reconnus.

Un accueil public chaleureux malgré la sévérité des critiques

À sa sortie en salles au début de l’année 2023, la comédie a divisé la critique et les spectateurs. Une partie de la presse s’est montrée sévère, qualifiant l’œuvre de ratée et regrettant un enchaînement de clichés faciles et de blagues potaches. Néanmoins, le public a répondu présent en saluant une comédie populaire et hilarante, dans la lignée de certains classiques du rire français.

Cette adhésion populaire s’est traduite dans les salles obscures. L’œuvre a ainsi enregistré 216 106 entrées en France au cours de ses onze semaines d’exploitation, prouvant que l’humour absurde de cette équipe de bras cassés a su trouver sa cible.

El Clan : la noirceur d’une tragédie argentine réelle

L’effroyable affaire de la famille Puccio

À l’opposé de la comédie légère d’Éric Fraticelli, le long-métrage argentin de Pablo Trapero, sorti en 2015, nous plonge dans l’effroi d’une histoire vraie. Le film retrace le parcours criminel de la sinistre famille Puccio, qui a terrorisé la banlieue aisée de Buenos Aires au début des années 1980. Sous des dehors respectables de commerçants ordinaires, les membres de cette famille séquestraient des personnes fortunées dans leur propre cave afin d’extorquer des rançons colossales.

Le film tire sa force de son contexte historique particulier. L’intrigue se déroule durant la délicate transition de l’Argentine vers la démocratie après la chute de la dictature militaire. Protégé par d’anciennes complicités au sein des services de renseignement, le patriarche Arquímedes Puccio a pu agir pendant des années en toute impunité, entraînant ses propres enfants dans une spirale meurtrière d’une froideur absolue.

Une œuvre saluée par la critique internationale

Cette coproduction d’envergure, notamment produit par Agustín et Pedro Almodóvar, a fait sensation dans les festivals du monde entier. La mise en scène nerveuse de Pablo Trapero et l’interprétation magistrale de Guillermo Francella ont été largement saluées par les spécialistes.

Le film affiche d’ailleurs un excellent score de 84 % d’avis positifs sur le site de référence Rotten Tomatoes. Quelques voix ont toutefois regretté un certain essoufflement de la tension dramatique dans sa dernière partie. De plus, à l’international, la mauvaise qualité de certains sous-titres a parfois compliqué la compréhension des subtilités politiques de l’époque.

Les racines anthropologiques de la confrérie

L’origine d’une structure sociale ancestrale

Au-delà du grand écran, le terme désigne avant tout une réalité anthropologique majeure. Historiquement, le mot est dérivé de l’expression le gaélique clann, qui se traduit par enfants ou descendance. Ce concept est apparu au quinzième siècle pour décrire l’organisation sociale et politique traditionnelle des Highlands écossais, où la parenté unissait les membres d’une même communauté.

En sociologie, ce type de groupe se caractérise par la croyance en un ancêtre commun, souvent représenté par un symbole totémique. Pour assurer sa cohésion et éviter la consanguinité, le groupe impose traditionnellement des règles d’exogamie, obligeant ses membres à chercher un conjoint en dehors de leur propre cercle familial.

Qu’il soit criminel, amical ou familial, le clan demeure une structure humaine fascinante qui protège autant qu’elle enferme, offrant au cinéma un terreau inépuisable pour explorer la complexité de nos relations sociales.


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