Un homme inquiet écrit à son bureau tandis qu'une silhouette masquée se tient derrière lui dans cette scène de hokum

Le film Hokum : quand le deuil réveille les démons de l’Irlande

Après les remarquables frissons de Caveat et Oddity, le réalisateur irlandais Damian McCarthy revient sur le devant de la scène avec son troisième long-métrage. Sorti en France le 29 avril 2026 sous la bannière de The Jokers Films, le long-métrage interdit aux moins de 12 ans plonge le spectateur dans une atmosphère poisseuse et profondément troublante.

Avec son titre intrigant, le long-métrage hokum s’impose comme une proposition singulière dans le paysage du cinéma de genre. Ce mot d’argot anglais, que l’on peut traduire par « fadaises », « bobards » ou « balivernes », possède une double signification selon le cinéaste. Il incarne à la fois le scepticisme méprisant du protagoniste face aux légendes locales et le chaos émotionnel qui le ronge de l’intérieur.

Un huis clos oppressant dans la campagne irlandaise

L’intrigue suit Ohm Bauman, un romancier américain de best-sellers d’horreur en pleine panne d’inspiration. Incapable d’écrire l’épilogue de sa célèbre trilogie littéraire, il décide de se rendre au Bilberry Woods Hotel, un établissement isolé au cœur de la campagne irlandaise. C’est dans ce lieu que ses parents ont jadis passé leur lune de miel, et Ohm souhaite y disperser leurs cendres.

Dès son arrivée, l’écrivain, particulièrement froid et dépressif, se heurte au personnel de l’hôtel. Il surprend notamment le propriétaire racontant à des enfants une sombre légende locale : celle d’une sorcière qui kidnappe les plus jeunes pour les traîner dans le monde souterrain. Ce folklore, qu’Ohm balaie d’un revers de main comme de simples conneries, va pourtant rapidement le rattraper.

Entre secrets de famille et apparitions spectrales

L’ambiance bascule lorsqu’Ohm apprend que la suite nuptiale de l’hôtel est condamnée car elle abriterait la fameuse sorcière. Après une tentative de suicide manquée, l’écrivain se retrouve plongé dans une enquête macabre. Fiona, la barmaid qui l’avait sauvé, disparaît mystérieusement. Le suspect idéal est tout trouvé : Jerry, un marginal vivant dans son van qui consomme du lait aux champignons hallucinogènes.

Alors que l’établissement ferme pour la saison, Ohm s’y introduit de nuit et parvient à pénétrer dans la suite maudite. Ce pèlerinage forcé réveille ses propres traumatismes d’enfance, notamment la mort accidentelle de sa mère. Les révélations s’enchaînent lorsque l’écrivain découvre le cadavre de Fiona dans le monte-plats de la suite, victime de la folie de Mal, le gérant de l’hôtel.

Bloqué dans les lieux, Ohm n’a d’autre choix que de descendre vers le sous-sol par le monte-plats pour tenter de s’échapper. C’est dans ces profondeurs qu’il affronte la véritable entité folklorique, se protégeant temporairement grâce à un cercle de craie, avant que la créature ne finisse par emporter le véritable coupable vers les abysses.

Une réalisation soignée portée par un casting habité

Pour porter ce récit cauchemardesque, le cinéaste s’est entouré d’une équipe technique solide. La partition musicale est signée par le compositeur Joseph Bishara, tandis que la photographie de Colm Hogan sublime les décors angoissants. Damian McCarthy a d’ailleurs fait le choix d’une temporalité floue, mélangeant des objets anciens et modernes pour accentuer la perte de repères du spectateur.

Le long-métrage bénéficie grandement de ses interprètes :

  • Adam Scott : livre une prestation à contre-emploi remarquable dans le rôle de cet écrivain antipathique et hanté.
  • Peter Coonan : incarne avec justesse le gérant double et inquiétant.
  • David Wilmot : campe un Jerry marginal et touchant, marqué par le deuil.
  • Sioux Carroll : prête ses traits terrifiants à la sorcière locale.

Une réception critique partagée entre atmosphère et scénario

Le film, qui a généré plus de 24 millions de dollars de recettes à l’échelle mondiale pour un budget modeste de 5 millions, a suscité des réactions contrastées. La presse salue quasi unanimement l’ambiance claustrophobique du film, renforcée par des cadres serrés et une utilisation subtile du clair-obscur. La prestation d’Adam Scott, qui a passé trois semaines à tourner seul dans une unique pièce pour renforcer son isolement, est également saluée.

Cependant, plusieurs observateurs pointent du doigt les faiblesses du dernier tiers de l’œuvre. Certains regrettent un scénario surchargé qui tente de concilier maladroitement drame intime, enquête criminelle et épouvante surnaturelle. De même, quelques critiques déplorent que la mythologie de la sorcière soit parfois reléguée au second plan au profit de ressorts horrifiques plus classiques.

Malgré ces quelques faiblesses narratives, le film confirme le talent de Damian McCarthy pour instaurer une tension psychologique durable et viscérale, qui résonnera longtemps chez les amateurs de frissons authentiques.


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