Dans un paysage cinématographique souvent saturé de productions de zombies ultra-rapides et explosives, certains réalisateurs choisissent de prendre le contre-pied des attentes. C’est précisément le pari du long-métrage néo-zélandais Forgive us all, sorti sur les écrans en 2025. Réalisé par Jordana Stott, dont c’est le premier long-métrage, cette œuvre indépendante s’éloigne des codes traditionnels du film d’action horrifique.
En effet, l’intrigue se déploie plutôt comme une étude psychologique intense et un néo-western post-apocalyptique. Le film explore des thèmes profonds comme l’isolement, le deuil et une quête désespérée de rédemption dans un monde en ruine. Diffusé récemment en France sur Canal+, ce drame intimiste propose une vision singulière de l’effondrement de l’humanité.
Un monde en sursis et un huis clos sous tension
Le récit prend place dans un futur dystopique proche, où une terrible épidémie virale transforme les humains en créatures cannibales particulièrement féroces et rapides, baptisées les « Hurleurs ». Face au chaos, le gouvernement a réagi de manière autoritaire. Il retient de force la population survivante dans des camps ultra-sécurisés gérés par une organisation appelée la GMA. Dans ce régime fascisant, fuir ces zones de confinement est considéré comme une trahison suprême, punie de mort.
C’est dans ce contexte oppressant que Rory, incarnée par la talentueuse Lily Sullivan, vit recluse dans une ferme de montagne isolée en Nouvelle-Zélande. Brisée par le deuil, elle survit aux côtés de son beau-père Otto, interprété par Richard Roxburgh, qui parle avec un accent écossais prononcé. Rory est hantée par un traumatisme indicible : elle a dû tuer sa propre fille, Matty, que son mari avait infectée avant de mourir.
Leur quotidien bascule le jour où Noah fait irruption dans leur propriété. Ce fugitif, qui s’est évadé à cheval d’un camp de la GMA, transporte un sérum expérimental capable de stopper le virus. Traqué sans relâche par une escouade de militaires impitoyables menée par l’ombrageux Logan, Noah cherche à acheminer ce traitement de la dernière chance.
Une tragédie intime aux accents de rédemption
Malgré les réticences initiales d’Otto, qui craint à juste titre les représailles des autorités, le destin des personnages se scelle lors d’une nuit d’affrontement contre les infectés. Noah parvient à gagner la confiance de la jeune femme en l’aidant à repousser un Hurleur. Pour Rory, protéger cet homme et sa précieuse cargaison devient une opportunité inespérée de donner un sens à son existence.
La traque menée par la GMA culmine dans un assaut d’une grande violence sur la ferme familiale. Cette confrontation brutale laisse des traces indélébiles, poussant même certains soldats, dégoûtés par la cruauté de leurs supérieurs, à déserter les rangs. La fuite éperdue qui s’ensuit à travers les paysages sauvages néo-zélandais scelle le destin tragique des protagonistes, menant Rory à un ultime sacrifice pour transmettre l’antidote.
Un accueil critique divisé entre esthétique et lenteur
Le long-métrage a suscité des réactions très contrastées de la part des spectateurs et de la presse spécialisée lors de sa diffusion.
Les points forts salués par la critique
- La splendeur des décors naturels : La photographie, signée Peter McCaffrey, sublime les paysages sauvages de la Nouvelle-Zélande, offrant des panoramas grandioses de plaines et de montagnes.
- La performance du casting : Le jeu d’acteur, en particulier le duo formé par Lily Sullivan et Richard Roxburgh, apporte une réelle profondeur dramatique.
- L’ambiance sonore : La bande-son composée par Brandon Roberts réussit à installer une tension constante et une atmosphère crépusculaire de fin du monde.
- La portée politique : La critique sous-jacente d’un gouvernement autoritaire contrôlant les populations pour leur propre bien a trouvé un écho favorable chez certains observateurs.
Les faiblesses pointées du doigt
- Un rythme excessivement lent : De nombreux spectateurs ont regretté un manque flagrant d’action et une intrigue parfois jugée trop statique.
- Un manque d’explications : Le fonctionnement de la GMA et l’origine scientifique de l’épidémie restent trop flous.
- Un choix visuel contesté : L’utilisation d’un filtre de couleur vert et jaune persistant a agacé une partie du public.
- Une erreur technique notable : Plusieurs cinéphiles ont pointé une incohérence amusante, le cheval du fugitif restant bridé toute la nuit dans l’écurie.
Avec un budget de 10 millions de dollars néo-zélandais, cette production indépendante n’a pas rencontré le succès commercial, affichant des recettes mondiales dérisoires de seulement 9 216 dollars au box-office. Les plateformes de notation reflètent cette réception mitigée, avec une moyenne de 1,9 sur 5 sur AlloCiné et un score de 2 sur 5 attribué par le quotidien britannique The Guardian.
Malgré ses maladresses de rythme, ce long-métrage offre une alternative intéressante aux blockbusters de zombies habituels, privilégiant l’émotion et la contemplation à la simple violence gratuite. Les amateurs de drames post-apocalyptiques intimistes y trouveront une œuvre singulière, portée par une atmosphère mélancolique particulièrement soignée.
