Deux femmes discutent intensément autour d'une table dans une scène du film Sibyl

Sibyl : le vertige psychologique de Justine Triet

Lors de sa présentation en compétition officielle au Festival de Cannes en mai 2019, le long-métrage de la réalisatrice française a bousculé les spectateurs par sa construction audacieuse et son intensité dramatique. Porté par un trio d’actrices incandescentes, le film explore les frontières poreuses entre la création littéraire, la thérapie et la névrose personnelle.

Dans le thriller psychologique Sibyl, Justine Triet dresse le portrait d’une femme qui vacille face à ses propres démons. En mêlant psychanalyse, cinéma et passion destructrice, l’œuvre s’impose comme une proposition de cinéma singulière, aussi fascinante que déconcertante.

Un miroir déformant entre fiction et réalité

L’intrigue suit l’héroïne éponyme, incarnée par Virginie Efira, une psychanalyste installée qui décide de quitter la majorité de ses patients pour renouer avec son ancienne passion d’écrivaine. Pour mener à bien son projet, elle ne conserve que de rares suivis, dont un adolescent avec qui elle joue au Monopoly. C’est alors que Margot Vasilis, une jeune actrice en détresse jouée par Adèle Exarchopoulos, la supplie de la recevoir en urgence.

Margot vit une liaison tumultueuse avec Igor Maleski, l’acteur principal du film sur lequel elle travaille, alors que celui-ci partage la vie de la réalisatrice, Mikaela Sanders. Enceinte d’Igor, la jeune femme hésite à avorter au risque de briser sa carrière naissante. Fascinée par cette détresse, la thérapeute prend la décision de transgresser toute éthique professionnelle : elle enregistre secrètement les séances pour utiliser ce verbatim comme matière première de son nouveau roman.

Cette trahison déontologique entraîne l’héroïne dans une spirale incontrôlable. Invitée comme médiatrice sur l’île volcanique de Stromboli en Italie pour débloquer le tournage, elle perd totalement pied. Elle se retrouve à donner la réplique, à diriger une scène d’amour et finit par succomber à une liaison avec Igor.

Une plongée technique et artistique habitée

Pour donner corps à ce récit complexe, la réalisatrice s’est entourée d’une équipe de confiance. Coécrit avec Arthur Harari, le scénario bénéficie de la photographie de Simon Beaufils et du montage de Laurent Sénéchal. Estimé entre 6,2 et 6,62 millions d’euros, ce long-métrage de 100 minutes a reçu le soutien de plusieurs coproducteurs, dont France 2 Cinéma et Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma.

Le titre de l’œuvre fait doublement référence à la mini-série américaine Sybil, centrée sur une patiente souffrant de personnalités multiples, et à la figure mythologique de la Sibylle, cette devineresse de l’Antiquité délivrant des oracles complexes. Pour concevoir ce vertige, Justine Triet a également puisé son inspiration dans la série En Analyse ainsi que dans le film Une autre femme de Woody Allen, sorti en 1988.

La distribution réunit des visages marquants du cinéma contemporain :

  • Virginie Efira : Sibyl, la psychanalyste et romancière
  • Adèle Exarchopoulos : Margot Vasilis, l’actrice tourmentée
  • Gaspard Ulliel : Igor Maleski, l’acteur principal séducteur
  • Sandra Hüller : Mikaela Sanders, la réalisatrice excédée
  • Laure Calamy : Édith, la sœur de l’héroïne
  • Niels Schneider : Gabriel, l’ancien amant passionné
  • Paul Hamy : Étienne, le compagnon actuel

Une réception critique passionnée et contrastée

Lors de sa sortie, l’interprétation magistrale de Virginie Efira a fait l’unanimité. La critique a largement salué sa performance souveraine dans la peau d’une femme au bord du gouffre. Le trio féminin qu’elle forme avec Adèle Exarchopoulos et Sandra Hüller apporte une énergie brute au récit. En revanche, le long-métrage a également suscité de vifs débats.

Certains observateurs louent une comédie éruptive et jubilatoire, tandis que d’autres déplorent un scénario parfois jugé brouillon et confus. Le choix d’un montage non-linéaire, multipliant les flashbacks abrupts pour illustrer la confusion mentale de l’héroïne, a parfois dérouté le public. De même, la seconde partie située en Italie a essuyé des critiques pour ses rebondissements jugés farfelus par certains spectateurs. Enfin, des discussions animées ont entouré les scènes de sexe, notamment une séquence intime entre l’héroïne et son compagnon Étienne qui a fait l’objet de débats techniques précis au sein de l’équipe de tournage.

Malgré ces divisions, l’œuvre a rencontré son public en salles en France avec plus de 340 000 entrées. Sa diffusion à la télévision sur France 2 en janvier 2022, organisée en hommage à Gaspard Ulliel après sa disparition tragique, a réuni près de 2,9 millions de téléspectateurs, confirmant l’empreinte durable de ce film dans le paysage cinématographique français.


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