Dans le paysage médical français, peu de noms suscitent autant de passions que celui de Stéphane Delajoux. Ce neurochirurgien parisien a vu sa carrière osciller constamment entre la lumière des projecteurs et l’ombre des prétoires. Longtemps qualifié de « médecin des stars » après avoir obtenu son diplôme d’État de docteur, il s’est également retrouvé au cœur de controverses retentissantes et de multiples procédures judiciaires.
Un parcours académique brillant dans les cliniques huppées de Paris
Né le 12 décembre 1966 à La Celle-Saint-Cloud, Stéphane Delajoux effectue ses études de médecine à la faculté de médecine Necker-Enfants Malades de Paris. Ancien interne puis chef de clinique-assistant des hôpitaux de Paris, il décroche sa qualification en neurochirurgie en octobre 1997. Il complète ensuite son parcours en devenant diplômé du Foreign Medical Graduate in Medical Sciences of USA.
Le praticien intègre plusieurs sociétés savantes, dont la Société française de neurochirurgie. Durant sa carrière, il exerce d’abord à la clinique Hartmann à Neuilly-sur-Seine, avant de s’installer à la Clinique Internationale du Parc Monceau, dans le XVIIe arrondissement de Paris. C’est dans ces établissements de renom que le médecin va bâtir sa réputation auprès d’une clientèle particulièrement huppée.
De Marie Trintignant à Johnny Hallyday : le neurochirurgien des célébrités
Sa trajectoire croise celle de personnalités publiques lors d’événements dramatiques ou hautement médiatisés. En juillet 2003, le gouvernement français et la famille Trintignant le dépêchent en urgence à Vilnius, en Lituanie. Le docteur Stéphane Delajoux tente alors une intervention chirurgicale pour tenter de sauver l’actrice Marie Trintignant, plongée dans le coma après avoir été victime de violences conjugales. Malheureusement, après son rapatriement en France, la comédienne succombe à ses blessures le 1er août 2003.
Quatre ans plus tard, en septembre 2007, le neurochirurgien réalise une opération délicate mais couronnée de succès sur Charlotte Gainsbourg. Il s’agit de résorber un hématome cérébral consécutif à un accident de ski nautique. L’actrice se remet rapidement, renforçant la stature du médecin.
C’est toutefois sa relation médicale avec Johnny Hallyday qui va définitivement le propulser sous le feu des projecteurs. En 2008, il opère d’abord avec succès le chanteur d’une hernie discale lombaire. En novembre 2009, l’ancien chirurgien réintervient pour un canal lombaire étroit à la clinique du Parc Monceau. Le lendemain de l’opération, la star quitte l’établissement sans attendre la visite postopératoire de Stéphane Delajoux et s’envole pour Los Angeles. Quelques jours plus tard, l’état de l’idole des jeunes se dégrade brutalement, menant à une réopération d’urgence et un coma artificiel au Cedars-Sinai de Los Angeles.
Les batailles médiatiques et la contre-attaque de Stéphane Delajoux
Cet incident déclenche une tempête médiatique sans précédent concernant Stéphane Delajoux. Le producteur Jean-Claude Camus et les proches du chanteur accusent publiquement le praticien d’avoir « massacré » l’artiste, allant jusqu’à le qualifier de « boucher ». Un rapport d’expertise médicale de 64 pages, dévoilé en 2010, pointe un suivi postopératoire non conforme. Pourtant, le médecin se défend vigoureusement, affirmant que son geste chirurgical était parfait et qu’il a sauvé le chanteur. Le conflit se solde finalement par un accord financier confidentiel.
Loin de se laisser abattre, Stéphane Delajoux lance une série d’offensives judiciaires pour laver son honneur. Il enchaîne les victoires pour diffamation et injures publiques. Le producteur Jean-Claude Camus est ainsi condamné en 2012 à lui verser des dommages et intérêts. Le magazine Le Point, l’avocat Olivier Metzner ainsi que le docteur Michel Cymes essuient également des condamnations pour des propos injurieux ou des inexactitudes concernant les démêlés judiciaires du praticien.
Escroqueries et erreurs médicales : la face sombre d’une carrière
Parallèlement à sa pratique, la vie de Stéphane Delajoux est jalonnée de sérieux déboires judiciaires personnels et professionnels. En 1997, après une lourde chute de ski hors-piste à Val-d’Isère, il réalise une fausse déclaration d’accident pour contourner le refus d’indemnisation de son assurance. L’année suivante, il simule un accident de voiture et se présente en fauteuil roulant devant un expert pour feindre une paralysie. Démasqué, il est condamné en 2002 à trois ans de prison avec sursis pour escroquerie. Cette affaire lui vaut une interdiction d’exercice de six mois par l’Ordre des médecins, prélude à plusieurs autres sanctions ordinales.
Sur le plan médical, les condamnations civiles pour fautes professionnelles s’accumulent. En 2011, le tribunal de grande instance de Paris le condamne pour un défaut d’indication opératoire. En 2012 et 2013, Stéphane Delajoux doit indemniser deux patients après s’être trompé de niveau vertébral lors d’interventions chirurgicales. Plus récemment, en 2025, la justice le condamne à verser plus de 220 000 euros à un patient auquel il avait posé de manière abusive quatre implants interépineux en un temps record.
De nouvelles plaintes et des procédures toujours en cours
En cette année 2026, la justice continue de scruter de près l’activité de Stéphane Delajoux. Plusieurs anciens patients ont engagé des poursuites civiles contre lui. C’est le cas d’Antoine, un ancien plombier de 39 ans opéré en 2021, qui souffre désormais de douleurs chroniques invalidantes et se déplace en fauteuil roulant à la suite d’un écoulement de liquide céphalorachidien. Un autre patient, Oualide, a découvert après coup que l’opération d’une hernie discale subie en 2023 n’était pas justifiée médicalement.
Défendus par Me Anne-Claire Le Jeune, ces plaignants dénoncent des manquements répétés dans le suivi postopératoire, un manque flagrant d’information et l’utilisation disproportionnée de dispositifs médicaux contestés. Ces dossiers judiciaires en cours rappellent que le passé médical du praticien continue de susciter l’inquiétude de ses détracteurs.
Projets avortés, vie privée et hommages insolites
La vie privée de Stéphane Delajoux a elle aussi nourri les colonnes des journaux. Compagnon de l’actrice Isabelle Adjani de 2004 à 2009, il s’associe avec elle pour créer un site de consultations médicales en ligne appelé « Docteur Plus ». Après leur séparation, un différend financier éclate au sujet d’un versement de 150 000 euros réclamé par l’actrice. En décembre 2009, le neurochirurgien est également victime d’une agression physique mystérieuse dans les rues de Paris, pour laquelle le chauffeur d’Isabelle Adjani sera un temps soupçonné avant d’être totalement mis hors de cause.
Depuis la fin de l’été 2010, Stéphane Delajoux a retrouvé une certaine stabilité personnelle en épousant l’animatrice et critique gastronomique Julie Andrieu. Le couple a donné naissance à deux enfants, Hadrien et Gaïa, venus agrandir la famille déjà composée de deux enfants issus d’une première union du médecin.
De manière plus insolite, la notoriété de Stéphane Delajoux s’est exportée dans le domaine de la science naturelle. En 2020, l’entomologiste français Yves Gomy a décidé de lui rendre hommage en baptisant une nouvelle espèce de coléoptère découverte en Afrique centrale : le Chaetabraeus (Mazureus) delajouxi. Une distinction inattendue pour ce médecin dont le nom reste indissociable des chroniques judiciaires et mondaines françaises.
Alors que les tribunaux continuent d’examiner les plaintes de ses anciens patients, la carrière de Stéphane Delajoux demeure un cas d’école des dérives potentielles de la médecine spectacle. Entre prouesses techniques réelles et dérapages déontologiques majeurs, son parcours illustre la frontière parfois ténue entre la recherche de la notoriété et le respect rigoureux du serment d’Hippocrate.






