Comment fonctionnent réellement nos démocraties lorsque leurs règles fondamentales vacillent ou font face à des crises inédites ? Pour y répondre, le professeur de droit public Julien Jeanneney explore les angles morts de nos institutions avec une rigueur scientifique remarquable. Son travail éclaire d’un jour nouveau les tensions politiques contemporaines, de la France aux États-Unis.
En analysant aussi bien les silences des textes constitutionnels que les passions entourant la nomination des juges, cet universitaire propose des clés de lecture indispensables pour comprendre notre époque. À travers ses publications et ses prises de position, il s’impose comme une voix essentielle du paysage juridique français actuel.
Un parcours d’excellence entre la Sorbonne et les États-Unis
Julien Jeanneney suit d’abord une formation pluridisciplinaire de très haut niveau, combinant le droit, la philosophie et l’histoire. Après des classes préparatoires littéraires au Lycée Henri-IV, il intègre la prestigieuse École normale supérieure en 2005. Par la suite, il valide plusieurs licences et masters à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Cette solide base académique lui permet de développer une approche globale et critique des phénomènes juridiques.
En 2014, il soutient sa thèse de doctorat consacrée aux lacunes constitutionnelles sous la direction du professeur Michel Verpeaux. Ce travail de recherche approfondi reçoit la mention très honorable ainsi que les félicitations du jury. Il est rapidement récompensé par le prix Dalloz en 2015 et le prix Albert Viala de l’Institut de France l’année suivante.
De la Sorbonne à l’Institut universitaire de France
Sa carrière universitaire s’accélère lorsqu’il réussit le concours d’agrégation en droit public en 2018. Après avoir enseigné comme maître de conférences à la Sorbonne, il devient professeur à l’Université de Strasbourg. Récemment, l’institution universitaire a reconnu l’excellence de ses recherches en le nommant membre junior de l’Institut universitaire de France pour la période de 2025 à 2030.
Par ailleurs, son parcours se distingue par une forte ouverture internationale. Il a notamment séjourné aux États-Unis en tant que chercheur invité à la Faculté de droit de Yale et boursier à l’Université de Princeton. Plus récemment, il a dispensé des enseignements en Belgique et en Israël, renforçant ainsi ses liens avec la recherche mondiale. En 2025, la French-American Foundation l’a également distingué comme Young Leader.
Décrypter les silences de la Constitution et la fièvre américaine
Au centre de l’œuvre de Julien Jeanneney figure une réflexion sur l’incomplet et l’imprévu en droit. Son ouvrage majeur issu de sa thèse, Les lacunes constitutionnelles, analyse comment les juges et les politiques utilisent les vides textuels pour contourner ou réinterpréter les normes. Il y démontre que ces lacunes ne sont pas de simples oublis, mais de véritables instruments de pouvoir.
La Cour suprême sous les projecteurs
En 2024, il publie un essai historique et politique intitulé Une fièvre américaine. Choisir les juges de la Cour suprême, XVIIIe-XXIe siècle. Dans ce livre marquant, récompensé par le prix Olivier Debouzy, il décrypte les coulisses de la désignation des magistrats américains. Il montre comment un processus technique s’est transformé en une véritable arène de passions collectives. Des millions de dollars et des campagnes de presse influencent désormais ces nominations cruciales pour les droits sociétaux.
En parallèle, le chercheur s’intéresse de près au fonctionnement de cette haute juridiction. Dans une publication de 2025, il discute la qualification d’« illibérale » souvent attribuée à la Cour suprême américaine après l’arrêt sur l’avortement. Selon lui, cette étiquette politique ne peut être scientifiquement validée à ce stade.
Le débat sur le scrutin proportionnel en France
Face aux crises institutionnelles françaises, Julien Jeanneney n’hésite pas à intervenir directement dans le débat public. Dans son essai Contre la proportionnelle, publié chez Gallimard en 2024, il s’oppose fermement au retour de ce mode de scrutin pour les législatives. Il qualifie cette proposition de « mirage ». Selon son analyse, une telle réforme risquerait d’élargir le fossé entre les citoyens et leurs représentants plutôt que de le combler.
Des fermetures de mosquées à la disparition physique des États
Les travaux de Julien Jeanneney se caractérisent par une grande diversité de thèmes, touchant aux libertés publiques et à l’histoire du droit. Il a notamment étudié la fermeture de la mosquée de Pantin après l’assassinat de Samuel Paty. Il y voit la résurgence de sanctions collectives contre les lieux de culte, une pratique pourtant abandonnée depuis la Révolution française.
Le chercheur explore également des scénarios de prospective fascinants en droit international. Dans un article original, il s’est penché sur le cas théorique de l’Atlantide pour analyser la submersion totale d’un État causée par la montée des eaux. Il démontre que cette disparition physique rend impossibles les mécanismes classiques de succession d’États, posant un défi juridique inédit pour l’avenir.
De plus, il analyse de près la jurisprudence du Conseil constitutionnel français. Il a notamment critiqué la validation par les sages de la loi organique d’urgence sanitaire en 2020, adoptée en violation des procédures habituelles sous l’effet de la crise sanitaire.
Transmettre le droit et éclairer le débat public
Au-delà de ses publications, Julien Jeanneney s’investit pleinement dans la transmission des savoirs et la formation des futurs juristes. À l’Université de Strasbourg, il dirige le Master « Droit public général » et le diplôme d’université « Droit et grands enjeux du monde contemporain » depuis 2021. Il forme également les étudiants à l’art oratoire pour le concours de plaidoiries Lysias.
Ses activités scientifiques se prolongent par de nombreuses contributions collectives et interventions lors de colloques. Il a notamment co-dirigé un ouvrage de référence sur les relations historiques entre les professeurs de droit et le Conseil constitutionnel. Son agenda universitaire comprend plusieurs interventions marquantes à Blois, Paris et Lyon, abordant des thèmes aussi variés que la démocratie américaine, le démantèlement de l’État de droit ou la désignation des juges.
Grâce à cette double posture d’enseignant et de chercheur engagé, il contribue activement à rendre le droit public accessible et vivant pour le plus grand nombre. Ses analyses précises offrent des repères essentiels pour décrypter les mutations de nos systèmes démocratiques face aux défis du XXIe siècle.






