Des passagers marchent sur le quai de la station Havre-Caumartin avec un métro à l'arrêt

Station Havre-Caumartin : histoire et secrets de ce carrefour souterrain parisien

Chaque jour, des milliers de Parisiens s’engouffrent dans les couloirs de la station Havre-Caumartin sans prêter attention à son histoire. Pourtant, ce pôle de transport du 9e arrondissement de Paris se révèle indispensable à la vie de la capitale. Situé à la lisière du 8e arrondissement, cet arrêt névralgique dessert un quartier d’affaires et de commerces extrêmement dynamique. Derrière ses couloirs carrelés se cache un riche passé qui remonte aux premières heures du métropolitain.

Une double identité gravée dans l’histoire de Paris

À l’origine, la station ne portait pas son nom actuel. En effet, lors de son inauguration le 19 octobre 1904, les voyageurs la découvrent sous le nom plus simple de Caumartin. Ce premier tronçon de la ligne 3 reliait alors l’avenue de Villiers au cimetière du Père-Lachaise. Quelques années plus tard, en 1910, la station subit de plein fouet la crue historique de la Seine, se retrouvant alors submergée sous plusieurs mètres d’eau.

En 1923, les quais de la ligne 9 ouvrent à leur tour au public. C’est finalement en 1926 que la station adopte définitivement l’appellation double de Havre-Caumartin. Ce nom rend un double hommage. D’une part, il honore Antoine-Louis Lefebvre de Caumartin, un prévôt des marchands du XVIIIe siècle qui autorisa le percement de la rue éponyme. D’autre part, il fait référence à la rue du Havre, qui mène à la gare Saint-Lazare d’où partaient historiquement les trains pour la Normandie.

L’esthétique singulière des quais de la station Havre-Caumartin

Le carrefour souterrain de Havre-Caumartin se distingue par le contraste saisissant entre ses deux lignes. Sur la ligne 3, les rails se situent à fleur de sol, juste sous un plafond métallique robuste. Les architectes ont appliqué ici le style décoratif « Andreu-Motte », caractérisé par des rampes lumineuses jaune orangé et des sièges coordonnés. Les murs accueillent de grands carreaux plats en grès blanc, qui tranchent avec l’esthétique habituelle du réseau.

En revanche, les quais de la ligne 9, établis à une plus grande profondeur, offrent une ambiance totalement différente. Ils conservent l’un des derniers décors de style « Mouton-Duvernet » encore visibles à Paris. Cette esthétique des années 1970 se caractérise par des piédroits recouverts de carreaux plats orange vif posés horizontalement. De plus, les sièges reprennent également cette teinte vitaminée. Cette modernisation passée a toutefois entraîné la disparition presque totale du traditionnel carrelage blanc biseauté qui faisait le charme originel du réseau.

Un carrefour stratégique au cœur des flux parisiens

Pour accéder à ce labyrinthe souterrain, les voyageurs disposent de quatre accès équipés de balustrades en acier vert typiques de l’après-guerre. Les bouches de métro débouchent directement sur le boulevard Haussmann, notamment au pied des célèbres grands magasins comme le Printemps. Les escaliers mènent à une vaste mezzanine qui surplombe la salle de distribution des billets, réorganisée en profondeur lors de la création de la gare d’Auber en 1971.

La station Havre-Caumartin constitue un maillon essentiel de la plus longue liaison piétonne souterraine de la capitale. Grâce à un réseau complexe de couloirs, les piétons peuvent rejoindre directement plusieurs destinations majeures :

  • La gare d’Auber (RER A) ;
  • La gare d’Haussmann – Saint-Lazare (RER E) ;
  • La station Opéra (lignes 3, 7 et 8) ;
  • La station Saint-Lazare (lignes 3, 12, 13 et 14) ;
  • La station Saint-Augustin (ligne 9) via les couloirs de la ligne 14.

Cette interconnexion exceptionnelle explique l’affluence massive de la station. En 2019, l’arrêt Havre-Caumartin a ainsi enregistré plus de 8 millions d’entrées, le classant au 25e rang du réseau. Après une baisse brutale en 2020 due à la crise sanitaire, la fréquentation est remontée à près de 5,9 millions de voyageurs en 2021. Outre le shopping, les usagers profitent de la proximité d’institutions culturelles majeures comme le Palais Garnier ou la salle de spectacle de l’Olympia.

Aujourd’hui, Havre-Caumartin demeure une porte d’entrée incontournable pour quiconque souhaite explorer le cœur battant de la rive droite. Que l’on y transite pour le travail, le shopping ou le plaisir d’un spectacle, cette station raconte à elle seule un siècle d’évolution des transports parisiens. Son étonnant contraste de couleurs orange et jaune continuera sans doute de surprendre les futures générations de voyageurs.


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