Claude Faux a traversé la seconde moitié du XXe siècle au plus près des grandes effervescences intellectuelles et politiques de son époque. Homme de lettres, juriste rigoureux et militant passionné, il a souvent préféré la discrétion de l’action de fond aux lumières de la notoriété immédiate.
Figure singulière du paysage intellectuel français, Claude Faux s’est distingué par sa fidélité à des causes majeures, depuis la décolonisation jusqu’à l’émancipation féminine. Son parcours éclaire les liens étroits qui unissaient alors le barreau, la création littéraire et l’engagement citoyen.
Des origines populaires aux prétoires parisiens
Né le 18 janvier 1930 dans le 17e arrondissement de Paris, Claude-Lucien-Charles Faux grandit au sein d’un milieu modeste, entre un père mécanicien et une mère femme de ménage. Sa jeunesse subit toutefois l’épreuve précoce de la maladie. Atteint de tuberculose, il effectue sa scolarité au sanatorium des lycéens de Neufmoutiers-en-Brie, avant de poursuivre une longue période de post-cure à Varennes-Jarcy de 1946 à 1951.
Cette interruption contrainte forge sa détermination intellectuelle. Une fois rétabli, il s’oriente vers le droit et décroche sa licence à l’université. Le 31 décembre 1957, il prête serment comme avocat à la Cour d’appel de Paris. Très vite, le jeune juriste s’illustre dans un domaine novateur en se consacrant à la défense des reporters-photographes et des journalistes.
Ses talents d’orateur et sa rigueur juridique lui valent d’être élu secrétaire de la Conférence du barreau de Paris en 1960. Cette prestigieuse distinction marque le début d’une décennie d’exercice intense du métier d’avocat, qu’il choisira finalement de quitter en juillet 1969 pour se tourner vers d’autres horizons créatifs et militants.
L’épreuve de la guerre d’Algérie et la rupture politique
Parallèlement à son entrée au barreau, Claude Faux adhère au Parti communiste français durant les années 1950. Cependant, le contexte dramatique de la guerre d’Algérie met rapidement ses convictions morales à l’épreuve des appareils partisans.
En septembre 1959, la police découvre ce que la presse qualifie alors de « trésor du FLN » lors d’une perquisition chez Gérard Lorne. Dans la foulée, les autorités arrêtent Gérard Spitzer, militant anticolonialiste engagé dans les réseaux de soutien aux indépendantistes algériens et ami personnel de Claude Faux. Ce dernier accepte naturellement d’assurer la défense de son camarade devant la justice.
Néanmoins, la direction du PCF refuse tout soutien officiel aux réseaux clandestins et pose un ultimatum strict à l’avocat : abandonner le dossier ou subir l’exclusion immédiate. Refusant de transiger sur l’éthique de sa profession et sur ses amitiés politiques, l’avocat se récuse in extremis avant l’audience. Dès 1960, Claude Faux démissionne du Parti communiste. Il rejoindra plus tard la Convention des institutions républicaines puis le Parti socialiste, tout en exerçant également comme urbaniste.
Auprès de Jean-Paul Sartre : dans l’intimité intellectuelle
À la fin des années 1950, le parcours de Claude Faux croise celui de la figure philosophique majeure de l’époque : Jean-Paul Sartre. De 1958 à 1962, il devient le secrétaire particulier du philosophe existentialiste.
Durant ces quatre années de collaboration étroite, il assure le suivi quotidien du volumineux courrier de l’auteur de L’Être et le Néant. Il se voit également confier la responsabilité de gérer les droits d’auteur internationaux de Sartre, une tâche complexe face au rayonnement mondial des pièces de théâtre et des essais philosophiques du maître à penser.
Cette expérience privilégiée offre à Claude Faux une immersion sans équivalent dans les grands débats de l’après-guerre. Travaillant quelques heures par jour pour l’écrivain, il noue des liens durables avec le cercle sartrien et développe une réflexion affûtée sur le rôle social des intellectuels.
Une œuvre littéraire entre témoignage et création
En marge de ses activités juridiques, Claude Faux consacre une part essentielle de sa vie à l’écriture. Il entame d’abord sa carrière littéraire sous le pseudonyme de Claude Francolin, avant de signer ses ouvrages de son véritable patronyme dès la fin des années 1950.
Son travail littéraire embrasse des formes variées, alternant entre poésie, journalisme et essais engagés :
- Dresser l’issue (recueil de poèmes paru en 1950 aux éditions Pierre Seghers) ;
- Le Remue-Ménage et Les Jeunes Chiens (romans publiés respectivement en 1958 et 1959) ;
- Le Réseau (récit paru en 1960 aux éditions Julliard) ;
- Cuba-Cubain (essai politique et reportage publié en 1961) ;
- Lurçat à haute voix (ouvrage consacré au peintre et tapissier Jean Lurçat en 1962) ;
- L’Avenir quotidien et Le Temps compté (œuvres publiées chez Gallimard au cours des années 1960).
Parmi ces écrits, le roman Le Réseau occupe une place singulière. Construit sous la forme d’une lettre rédigée depuis la prison de la Petite-Roquette par une jeune femme incarcérée, le livre aborde frontalement le soutien clandestin au FLN. L’auteur y mobilise sa connaissance précise du milieu pénitentiaire pour livrer un témoignage poignant. En 1966, son ouvrage Le Temps compté est couronné par le prix du Palais littéraire, confirmant la reconnaissance de ses pairs.
Par ailleurs, sa curiosité l’amène à collaborer avec des journaux comme L’Humanité et Jeune Afrique, à administrer le théâtre de l’Ambigu et à réaliser des films documentaires pour la télévision.
L’allié de Gisèle Halimi et des combats féministes
L’existence de Claude Faux est indissociable de celle de l’avocate et militante féministe Gisèle Halimi. Après avoir été son client puis son ami, il l’épouse en 1961. De leur union naît un fils, Emmanuel Faux, qui deviendra un journaliste reconnu.
Au fil des décennies, Claude Faux s’affirme comme un compagnon attentif et solidaire des combats historiques portés par son épouse. Gisèle Halimi le décrira d’ailleurs publiquement comme « le seul féministe que je connaisse avec Jean-Paul Sartre ». Dans l’ombre des grands procès médiatiques, il participe activement à la documentation et à la réflexion stratégique du mouvement Choisir La Cause des femmes, fondé en 1971.
Il soutient les mobilisations majeures pour la dépénalisation de l’avortement, la répression des violences sexuelles et la parité politique. En 1981, il s’engage concrètement sur le terrain comme assistant lors de la campagne législative de 1981 menée par Gisèle Halimi en Isère.
Claude Faux s’éteint le 22 décembre 2017 à Paris des suites d’un incendie domestique, à l’âge de 87 ans. Il repose au cimetière du Père-Lachaise aux côtés de sa femme et de son fils. Aujourd’hui, un riche fonds d’archives conservé aux Archives nationales témoigne de la trajectoire dense d’un homme qui mit ses talents de juriste et d’écrivain au service de l’émancipation collective.






