Le public français connaît intimement son timbre sans toujours pouvoir y associer un visage : Bruno Magne compte parmi les figures les plus polyvalentes du doublage hexagonal contemporain. Capable de passer de la fureur divine d’un guerrier galactique à l’humour espiègle d’une mascotte pour enfants, ce comédien chevronné a façonné les souvenirs auditifs de plusieurs générations de spectateurs à travers l’animation, les séries télévisées, le cinéma et le jeu vidéo.
Derrière cette présence foisonnante se cache un artiste complet dont le parcours s’est d’abord forgé loin des plateaux de synchronisation, guidé par une curiosité artistique constante et un sens aigu de la métamorphose vocale.
De la musique aux planches : la genèse d’un interprète
Né en 1963 à Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques, le jeune artiste grandit au gré de plusieurs déménagements familiaux, vivant successivement à Bordeaux, dans les Landes puis à Nice avant de rejoindre Paris. Passionné par les instruments, il envisage d’abord son avenir dans l’industrie musicale en tant que batteur, guitariste, pianiste et chanteur. Durant cette période d’apprentissage, il gagne sa vie le jour dans des salons de coiffure ou à la SNCF, réservant ses soirées aux concerts sur scène.
Cette énergie scénique attire l’attention d’un pianiste de son groupe, qui remarque son aisance corporelle et lui conseille vivement de s’orienter vers l’art dramatique. Le futur comédien franchit alors le pas et suit une formation de trois années de cours de théâtre. Si certaines sources situent cet apprentissage à la fin des années 1980, d’autres indiquent qu’il s’est concrétisé peu après son emménagement définitif dans la capitale en 1992.
Afin de se familiariser avec l’ambiance des tournages, il travaille également comme costumier sur des longs métrages tout en multipliant les rôles sur les planches. Curieux de découvrir les coulisses du doublage, il assiste patiemment à de nombreuses séances d’enregistrement en studio. Ses premiers essais concluants lui ouvrent les portes des plateaux professionnels à partir de 1993.
L’animation japonaise : l’art de la métamorphose
Grâce à un registre vocal médium à grave particulièrement malléable, Bruno Magne devient rapidement une référence incontournable de l’animation japonaise en France. Les directeurs artistiques exploitent sa capacité à insuffler une tonalité sombre, burlesque ou héroïque selon les exigences du scénario.
Parmi ses incarnations les plus mémorables figurent plusieurs figures majeures de la culture populaire :
- Beerus (Dragon Ball Super) : le redoutable dieu de la destruction de l’univers 7, oscillant sans cesse entre caprices gastronomiques et puissance colossale.
- Vash the Stampede (Trigun) : le tireur d’élite pacifiste et déjanté, ainsi que son frère jumeau Knives Millions.
- Shou Tucker (Fullmetal Alchemist) : l’alchimiste d’État à l’origine de l’un des rebondissements les plus sombres de la saga.
- Ikki du Phénix (Saint Seiya) : le chevalier de bronze au tempérament solitaire dans les arcs Meikai et Elysion.
- Mao Yenrai et Mad Pierrot (Cowboy Bebop) : plusieurs rôles marquants au fil des épisodes de la série culte.
Durant sept années, l’acteur prête également son énergie débordante au charpentier cyborg Franky dans One Piece, de l’arc Water 7 jusqu’au dénouement de l’arc Dressrosa. En 2017, la délocalisation des enregistrements vers la Belgique amène la production à confier ce personnage emblématique au comédien Martin Spinhayer.
Son travail s’étend également à des œuvres modernes plébiscitées par les amateurs d’animes, notamment comme voix du narrateur dans Spy × Family et Kaguya-sama: Love is War.
Univers jeunesse et créations occidentales
En parallèle des productions nippones, la voix française investit de multiples fictions animées destinées au jeune public. Bruno Magne y démontre un sens remarquable du rythme et du dédoublement de timbre, souvent au sein d’un même projet.
Dans le dessin animé planétaire Dora l’exploratrice, il réalise une performance singulière en interprétant simultanément le renard Chipeur, l’irremplaçable Carte et Totor le taureau. Il prend également en charge la direction artistique de l’adaptation française et interprète plusieurs génériques chantés, mettant à profit ses talents d’ancien musicien.
Sa carrière dans l’animation occidentale comprend de nombreuses autres contributions d’envergure :
- Le Capitaine Mendoza dans les saisons modernes de la série Les Mystérieuses Cités d’Or.
- Le père de Nicolas dans l’adaptation télévisée du Petit Nicolas.
- Le personnage tutélaire de Barbapapa dans les versions récentes du programme.
- Plusieurs robots emblématiques de la saga Transformers, tels que Shockwave, Ironhide et Sentinel Prime.
- Des rôles de premier plan au cinéma, comme Hector le toucan dans les films Rio ou Rick Mitchell dans Les Mitchell contre les machines.
Du grand écran aux milieux hostiles de Bear Grylls
Au-delà du dessin animé, Bruno Magne prête sa voix à de nombreuses fictions en prises de vues réelles et documentaires télévisés. Les téléspectateurs francophones l’associent immédiatement à l’aventurier britannique Bear Grylls, dont il assure la voix narrative régulière sur des émissions cultes comme Man vs. Wild (Seul face à la nature) et En pleine nature.
Dans le domaine du cinéma et des séries dramatiques, il double régulièrement des comédiens anglophones aux profils variés. Il interprète notamment le personnage d’Aaron Pittman (joué par Zak Orth) dans Revolution, William Mouche (Chris Gauthier) dans Once Upon a Time ou encore le dangereux Dr Joe Carroll (James Purefoy) dans la série policière The Following.
En 2023, le comédien prête sa voix au physicien Isidor Isaac Rabi, incarné par David Krumholtz, dans le film événement Oppenheimer réalisé par Christopher Nolan.
Parallèlement à ses prestations en cabine de synchronisation, l’artiste mène une carrière régulière devant la caméra. Il apparaît notamment dans des longs métrages comme Comme un chef, 30° Couleur ou Post-Partum. À la télévision, il incarne l’avocat Daniel Colombani dans la série policière Mafiosa sur Canal+ et joue dans la production Ainsi soient-ils sur Arte.
L’univers vidéoludique : d’Aubergiste chaleureux à guerrier impitoyable
Le secteur du jeu vidéo constitue un autre terrain d’expression privilégié pour le directeur artistique et interprète. Grâce à sa palette expressive, il s’adapte sans difficulté aux contraintes narratives et aux ambiances immersives des studios internationaux.
En 2018, il est choisi par Blizzard Entertainment pour reprendre le rôle iconique de l’Aubergiste dans le jeu de cartes en ligne Hearthstone. Son interprétation chaleureuse et joviale accueille quotidiennement des millions de joueurs connectés à travers la francophonie.
Sa filmographie vidéoludique rassemble de grandes franchises de l’industrie interactive :
- Rengar et Graves dans le jeu de stratégie League of Legends.
- Rude, membre des Turks, dans Final Fantasy VII Remake et sa suite Rebirth.
- L’agent Jason Hudson dans la série militaire Call of Duty: Black Ops.
- Le souverain de l’Olympe Zeus dans le premier épisode de God of War.
- Le redoutable tireur Erron Black dans les jeux de combat Mortal Kombat X et 11.
Pour ce comédien chevronné, chaque session d’enregistrement représente une proposition artistique sur mesure plutôt qu’une simple imitation technique, garantissant aux personnages une résonance humaine authentique.
Par la diversité de ses incarnations et son engagement sur les scènes comme dans les studios, Bruno Magne s’affirme comme l’un des artisans majeurs du paysage audiovisuel français, continuant de prêter sa voix aux héros d’hier et de demain.






