Le comédien Thierry Bourdon souriant devant un micro, entouré de plusieurs personnages de dessins animés qu'il a doublés

Thierry Bourdon : retour sur la carrière d’une voix culte du doublage français

Pour des millions de téléspectateurs, le timbre de Thierry Bourdon évoque instantanément les grandes épopées de la télévision des années 1980 et les classiques de l’animation japonaise. Ce comédien prolifique a prêté son organe vocal à des personnages inoubliables, marquant profondément la culture populaire francophone. De Terry Grandchester dans Candy Candy à C-17 dans la saga Dragon Ball, en passant par Willy dans Arnold et Willy, sa trajectoire témoigne d’une polyvalence remarquable.

Derrière cette voix familière se cache un artiste complet. Musicien passionné et acteur formé dès l’enfance, Thierry Bourdon a su allier rigueur théâtrale et spontanéité devant la barre de synchronisation. Retour sur le parcours d’un artisan discret du paysage audiovisuel français.

De la musique aux planches : l’éclosion d’un artiste précoce

Avant d’entrer dans les studios de doublage, Thierry Bourdon a d’abord fait ses armes dans la musique. Dès son plus jeune âge, il chante au sein d’une chorale avec laquelle il enregistre plusieurs disques. Doué pour les instruments anciens, il étudie le clavecin avec assiduité, décrochant même un prix au Conservatoire de musique.

Parallèlement à son apprentissage musical, il rejoint l’École du spectacle. Les metteurs en scène y recherchent alors régulièrement de jeunes talents pour jouer dans des dramatiques radiophoniques ou des fictions télévisées. Dès 1971, le jeune acteur monte sur scène dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, sous la direction de Dominique Paturel.

Le petit écran lui ouvre également ses portes. Il tourne dans plusieurs productions d’époque remarquées, notamment Les Grandes Espérances et Le Lys dans la vallée, tous deux réalisés par Marcel Cravenne. Les téléspectateurs le découvrent aussi dans la mini-série à succès Les Galapiats où il incarne Patrick, puis au cinéma dans le long métrage audacieux La Bête de Walerian Borowczyk. Toutefois, une autre opportunité va bientôt réorienter l’ensemble de sa carrière.

L’âge d’or de l’animation : des héros romantiques aux figures cultes

À seulement 17 ans, Thierry Bourdon découvre l’univers de la postsynchronisation en prêtant sa voix au ténébreux Terry Grandchester dans la série animée Candy Candy. Le succès colossal de la production entraîne un rythme de travail intense, le contraignant à mettre temporairement le théâtre de côté.

Contrairement à nombre de ses confrères de l’époque qui regardent les productions nippones avec scepticisme, le jeune comédien accueille ce genre nouveau avec beaucoup d’enthousiasme. L’ambiance joyeuse des plateaux d’enregistrement le séduit immédiatement. Ainsi, Thierry Bourdon enchaîne les partitions vocales majeures dans les œuvres cultes de la fin des années 1970 et du début des années 1980 :

  • Ramis Valente dans Albator 78, puis Johnny dans Albator 84 ;
  • Serge Takiki dans la célèbre comédie sportive Jeanne et Serge ;
  • Alain de Soisson dans la fresque historique Lady Oscar ;
  • Ben Rogers dans les aventures de Tom Sawyer ;
  • Sonny (Shunsuke Aoba) dans Mes tendres années, l’un de ses rôles préférés à la barre.

Au fil des décennies, l’artiste vocal traverse les générations sans jamais perdre de son mordant. Il prête son énergie au ninja sarcastique Raphael dans Les Tortues Ninja, campe le cyborg C-17 dans Dragon Ball Z, puis s’illustre dans la franchise Digimon à travers plusieurs créatures et le personnage de T.K. Takaishi. Les amateurs d’animation contemporaine reconnaissent aussi sa voix charismatique dans le rôle de Lelouch Lamperouge au sein de Code Geass, ou encore sous les traits de Jellal Fernandes dans la saga Fairy Tail.

Séries cultes et cinéma hollywoodien : un caméléon de la voxographie

Si l’animation occupe une place centrale dans son répertoire, Thierry Bourdon s’impose également comme une référence incontournable pour le doublage de séries télévisées étrangères. Les enfants des années 1980 se souviennent avec tendresse de son interprétation de Todd Bridges, alias Willy Jackson, dans la comédie Arnold et Willy.

Par ailleurs, il double Albert Quinn Ingalls et Almanzo Wilder dans le feuilleton champêtre La Petite Maison dans la prairie. On le retrouve aussi au générique de séries emblématiques comme 21 Jump Street, où il double l’officier Harry Truman Ioki, ou encore Alf, Cosby Show, Battlestar Galactica et Hartley, cœurs à vif.

Au cinéma, Thierry Bourdon accompagne plusieurs comédiens américains de premier plan à des moments charnières de leur carrière. Il double notamment :

  • Matthew Broderick, en prêtant sa voix au jeune pirate informatique dans WarGames ainsi qu’au voleur Philippe Gaston dans Ladyhawke ;
  • Matthew Modine, incarnant un jeune homme traumatisé dans le drame poignant Birdy ;
  • Ethan Hawke, dans la peau de l’étudiant réservé Todd Anderson pour Le Cercle des poètes disparus ;
  • Bud Cort, notamment dans la comédie noire culte Harold et Maude.

Son implication émotionnelle sur le film Birdy impressionne tellement en studio qu’un réalisateur le contacte directement par la suite pour assurer la narration d’un documentaire animalier.

Contes audio, livres pour enfants et passion musicale

Toujours attaché à la transmission et aux univers féeriques, Thierry Bourdon participe à de très nombreux projets éditoriaux et disques de contes. Il prête sa voix aux enregistrements audio de classiques pour enfants, collaborant avec des monstres sacrés de la scène tels que Jean Piat ou Jean Desailly sur des disques pour la jeunesse. Chez Disney, il avait déjà incarné le rôle-titre du long métrage d’animation Taram et le Chaudron magique lors de sa première version française.

Curieux et créatif, il s’essaie également à l’écriture littéraire. En 1990, il publie le livre pour la jeunesse intitulé Les naufragés de la banquise, paru aux éditions Rouge et Or avec des illustrations signées Violette Le Queré.

Aujourd’hui installé au calme à la campagne entouré de ses chiens, Thierry Bourdon continue d’entretenir sa passion originelle pour le clavecin, loin du tumulte médiatique. Par sa sensibilité d’interprète et son éclectisme, il demeure l’une des signatures vocales les plus attachantes et respectées du doublage français.


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