Sa voix résonne instantanément dans la mémoire de millions de spectateurs francophones. Dès les premières répliques d’une série culte des années 1980 ou d’une superproduction hollywoodienne, Edgar Givry impose un timbre chaleureux et reconnaissable entre mille. Pourtant, réduire cet artiste à son seul travail vocal serait une erreur tant son parcours sur les planches et devant la caméra témoigne d’une grande diversité de jeu.
Né sous le nom d’Edgar François Georges Faure à Saint-Raphaël dans le Var, le comédien a bâti une carrière impressionnante en plus de cinq décennies. Entre comédies populaires, drames historiques et doublages légendaires, il s’est imposé comme un pilier du paysage audiovisuel français.
Des planches théâtrales aux comédies du grand écran
Une formation précoce guidée par la passion
Le parcours dramatique d’Edgar Givry s’amorce très tôt, presque par hasard, au cœur de l’adolescence. À l’âge de seize ans, profitant du manque de surveillance de ses parents alors en instance de séparation, il s’inscrit aux prestigieux cours de Jean-Laurent Cochet deux à trois soirs par semaine après les cours au collège.
Cette assiduité porte rapidement ses fruits. En 1970, le jeune acteur monte sur les planches parisiennes du Théâtre Michel pour jouer dans la pièce La Ville dont le prince est un enfant d’Henry de Montherlant. Deux ans plus tard, son talent est salué par l’obtention du prestigieux prix François-Périer au cours Simon, confirmant la naissance d’un interprète rigoureux.
Un visage incontournable du cinéma populaire
Au cinéma, le comédien promène sa silhouette distinguée et son sens du rythme comique chez les plus grands réalisateurs. Sa collaboration avec Francis Veber s’avère particulièrement fructueuse et régulière. Le grand public se souvient notamment de son personnage de Jean Cordier dans le film culte Le Dîner de cons sorti en 1998.
Edgar Givry retrouve également l’univers de Veber dans d’autres succès populaires comme Le Jaguar, Le Placard ou encore la comédie policière Tais-toi !. Parallèlement, il marque les esprits des amateurs d’humour absurde en incarnant Greg dans La Tour Montparnasse infernale aux côtés du duo Éric et Ramzy. Plus récemment, le réalisateur Philippe de Chauveron fait appel à lui pour incarner le proviseur de l’école Saint-Potache dans L’Élève Ducobu.
Une présence constante à la télévision française
Le petit écran offre également au comédien un terrain d’expression privilégié tout au long de sa carrière. Dès 1977, il apparaît dans la fresque télévisuelle Au plaisir de Dieu. Plus tard, la voix française de MacGyver prête ses traits au directeur de l’hôpital dans plusieurs saisons de la série humoristique H sur Canal+.
Toujours actif au fil des décennies, il multiplie les apparitions dans des fictions variées comme Commissaire Valence, Candice Renoir ou la mini-série internationale The Spy. Les téléspectateurs le retrouvent également dans la pastille humoristique Scènes de ménages, où il campe avec malice le fils caché du personnage de Raymond.
Les métamorphoses de la voix française de Richard Dean Anderson
L’alliance indissociable avec Richard Dean Anderson
Si son visage est familier, c’est dans l’obscurité des auditoriums que le comédien de doublage accomplit une part majeure de sa légende. Dès 1985, il prête sa voix au célèbre héros débrouillard Angus MacGyver. Ce rôle culte installe immédiatement son timbre dans le quotidien des foyers français.
La complicité vocale avec la star américaine se poursuit quelques années plus tard avec un succès tout aussi retentissant. Edgar Givry double en effet le colonel Jack O’Neill tout au long des dix saisons de la série de science-fiction Stargate SG-1. Il apporte au militaire une gouaille et une ironie savoureuse qui subliment le jeu de l’acteur d’origine.
Le double vocal de John Malkovich et Timothy Dalton
Au-delà de cette incarnation emblématique, l’acteur prête son talent à plusieurs monstres sacrés du cinéma anglo-saxon. Il devient notamment la voix française régulière de l’imprévisible John Malkovich dans près d’une trentaine d’œuvres cinématographiques et télévisuelles. On l’entend ainsi dans des films majeurs comme Les Ailes de l’enfer, Dans la peau de John Malkovich ou la série The New Pope.
L’artiste et directeur artistique prête également sa diction élégante à Timothy Dalton, qu’il double dans le costume de James Bond pour le film Tuer n’est pas jouer ainsi que dans la série horrifique Penny Dreadful. Jeremy Irons fait aussi appel à ses services vocaux, notamment pour incarner le majordome Alfred Pennyworth dans l’univers DC Comics.
Voici un récapitulatif des principales figures et œuvres incarnées au doublage par Edgar Givry au fil de sa carrière :
- Richard Dean Anderson : MacGyver, Stargate SG-1, Stargate Atlantis
- John Malkovich : Les Ailes de l’enfer, Dans la peau de John Malkovich, The New Pope, Ripley
- Timothy Dalton : Tuer n’est pas jouer, Les Aventures de Rocketeer, Penny Dreadful
- Jeremy Irons : Mission, Faux-semblants, adaptations DC Comics de Zack Snyder
- Steve Buscemi et Keith Carradine : multiples longs métrages et séries télévisées
De Kermit la grenouille aux univers d’animation
La succession d’une marionnette mythique
Le talent vocal d’Edgar Givry ne s’arrête pas aux acteurs en chair et en os. Dans les années 1990, il relève un défi de taille : succéder au légendaire Roger Carel pour devenir la voix officielle de Kermit la grenouille au sein des productions Disney et des films du Muppet Show.
Il insuffle au batracien vert un mélange parfait de flegme et d’affolement comique. Cette performance démontre sa capacité à moduler son timbre pour s’adapter à des univers burlesques et poétiques, très éloignés des héros de séries d’action.
Des héros animés aux créatures légendaires
Dans le domaine de l’animation, le comédien multiplie les participations mémorables. Les jeunes générations ont entendu son grain de voix unique dans la peau du Miroir magique de la saga cinématographique Shrek. Il prête également sa verve au personnage de Lilipuce dans le film d’animation 1001 Pattes des studios Pixar.
Son parcours vocal comprend également des rôles cultes du dessin animé télévisé. Il interprète ainsi le héros préhistorique Rahan dans la série de 1986, Wembley dans Fraggle Rock, ou encore le barde Assurancetourix dans le long métrage Astérix et le Coup du menhir. Dans la galaxie Star Wars, il incarne l’Empereur Palpatine dans plusieurs séries animées récentes.
Dans les coulisses : adaptation et direction artistique
L’art de transposer les dialogues étrangers
Loin de se cantonner à la cabine d’enregistrement en tant qu’interprète, l’acteur et directeur artistique met sa plume au service des versions françaises. En tant qu’adaptateur, il signe la traduction et l’ajustement rythmique de dialogues pour des longs métrages exigeants comme Good Morning England de Richard Curtis.
Ce travail d’orfèvre textuel s’exprime également à la télévision sur des séries dramatiques et comiques renommées. Edgar Givry signe ainsi les textes français de fictions majeures comme Borgen, une femme au pouvoir, mais aussi The Big C et United States of Tara, démontrant sa maîtrise des subtilités narratives et linguistiques.
La discrétion choisie d’un artisan de l’ombre
Interrogé à la télévision dès 1991 sur le décalage entre sa notoriété vocale et son anonymat dans la rue, Edgar Givry confiait avec lucidité que le micro transforme l’acoustique d’une voix au point de préserver sa vie quotidienne. Cette discrétion naturelle ne l’empêche pas de partager volontiers sa passion lors de rencontres publiques avec les admirateurs de pop culture.
Entre passion du jeu théâtral, rigueur textuelle et virtuosité vocale, Edgar Givry incarne l’excellence discrète des grands artisans du spectacle francophone. Sa trajectoire artistique rappelle que le doublage exige avant tout les qualités d’un comédien complet, capable de faire vibrer l’émotion par la seule force du verbe.






