Si son visage est resté associé à d’inoubliables seconds rôles du cinéma populaire, son timbre vocal a bercé l’enfance de millions de spectateurs. Né sous le nom de Jean-Claude Fradin dans le 10ᵉ arrondissement de Paris, Jacques Ferrière s’est imposé comme une figure incontournable du spectacle vivant et du paysage audiovisuel français des années 1960 aux années 1990.
Comédien complet, humoriste de cabaret, parolier à succès et maître incontesté du doublage, l’artiste a traversé les époques avec une truculence et une polyvalence rares.
Des planches classiques aux comédies populaires
Avant de prêter sa voix aux héros de dessins animés, le comédien a d’abord forgé son jeu sur les planches de théâtre. Il a ainsi participé à plus d’une vingtaine de pièces, explorant un répertoire varié qui allait de William Shakespeare à Boris Vian, en passant par Eugène Ionesco, Arthur Miller et Albert Camus.
Sa silhouette ronde et ses traits expressifs lui valent également d’être rapidement repéré par la télévision et le cinéma. En raison d’une ressemblance frappante avec l’auteur de La Comédie humaine, Jacques Ferrière incarne Honoré de Balzac à deux reprises sur le petit écran, d’abord dans Rêves d’amour en 1962, puis dans Eugène Sue en 1974. Par ailleurs, il prête sa fougue au révolutionnaire Georges Danton dans un épisode marquant de La caméra explore le temps en 1964.
Au cinéma, l’acteur français s’illustre dans des productions populaires devenues cultes. Le public le découvre notamment sous la direction de Gérard Oury dans le rôle du chauffeur de Saroyan dans Le Corniaud (1965), face à Louis de Funès et Bourvil. Plus tard, il collabore avec Francis Perrin dans Tête à claques (1982) et fait des apparitions dans des œuvres de cinéastes renommés comme Jacques Demy ou Marco Vicario.
L’aventure du cabaret et l’écriture de « La tendresse »
Durant les années 1960 et 1970, Jacques Ferrière forme avec Michel Muller le duo comique à succès « Muller et Ferrière ». Ensemble, ils se produisent sur les scènes parisiennes réputées telles que Bobino et L’Alhambra, distillant des sketches absurdes et enregistrant plusieurs disques 45 tours humoristiques.
Cependant, son talent d’écriture ne se limite pas au registre comique. L’artiste signe en effet le texte de l’une des chansons les plus célèbres du répertoire francophone en écrivant les paroles de La tendresse, une œuvre magistralement interprétée par Daniel Guichard qui a traversé les décennies.
Un géant du doublage : de Goldorak aux Mystérieuses Cités d’or
C’est dans les studios de synchronisation que Jacques Ferrière marque durablement la culture populaire en prêtant sa voix à des personnages légendaires de l’animation mondiale. Dès la fin des années 1970, l’avènement des séries d’animation japonaises à la télévision française lui ouvre un boulevard créatif.
Dans l’univers des animes, sa voix reconnaissable entre mille donne vie à des figures mémorables :
- Rigel : le propriétaire colérique mais attachant du Ranch du Bouleau Blanc dans la série animée Goldorak.
- Pedro : le marin espagnol jovial et maladroit accompagnant Esteban dans Les Mystérieuses Cités d’or.
- L’inspecteur Lacogne (Koichi Zenigata) : le policier acharné qui poursuit sans relâche le cambrioleur dans Edgar, le détective cambrioleur (Lupin III).
- Le professeur Moriarty : le célèbre antagoniste canin dans l’adaptation de Sherlock Holmes réalisée par Hayao Miyazaki.
Le comédien français brille tout autant dans l’animation occidentale. Il prête notamment ses intonations à de multiples créatures de la série Les Schtroumpfs, alternant avec brio entre le Schtroumpf Farceur, le Schtroumpf Coquet, le Schtroumpf Paresseux ou encore le redoutable Scruple. Les amateurs de jeux vidéo et de dessins animés se souviennent également de sa prestation dans le rôle de Luigi dans Super Mario Bros., ainsi que de son interprétation de Starscream dans Les Transformers.
Au cinéma d’animation, il signe une composition particulièrement remarquée en assurant le doublage de Monsieur Patate dans le premier volet de Toy Story en 1995, conférant au jouet bougon tout son relief comique.
Les grands seconds rôles du cinéma international
Au-delà des dessins animés, Jacques Ferrière est une voix régulière et familière du grand écran américain. Grâce à son timbre grave et dynamique, il est souvent choisi pour doubler des comédiens incarnant des hommes d’action, des policiers ou des figures truculentes.
Il devient ainsi la voix française récurrente de comédiens de premier plan comme Ned Beatty et Danny Aiello. Les cinéphiles reconnaissent aussi son grain de voix chez Stu Nahan, le célèbre commentateur sportif des combats de la saga Rocky, ou encore derrière le personnage du général Veers dans L’Empire contre-attaque de la saga Star Wars. Il interprète également Jay « Chef » Hicks dans le classique Apocalypse Now de Francis Ford Coppola.
Un héritage artistique au cœur de la mémoire collective
En 1993, après avoir co-dirigé l’adaptation française de la série Les Razmoket, Jacques Ferrière choisit de mettre un terme à son activité professionnelle. L’acteur s’est éteint le 9 avril 2005 à Saint-Thibault-des-Vignes, emporté à l’âge de 72 ans par la maladie d’Alzheimer, avant d’être inhumé au cimetière d’Arcueil.
Grâce aux rediffusions constantes des chefs-d’œuvre de l’animation et du cinéma qu’il a enrichis de son talent, Jacques Ferrière continue de vivre dans la mémoire auditive des spectateurs, illustrant avec brio l’art exigeant et précieux du doublage français.






