Portrait historique de Charles Michels devant une foule brandissant le drapeau français et des scènes de résistance

Qui était Charles Michels, ce député ouvrier et résistant fusillé à Châteaubriant ?

Pour des millions d’usagers de la ligne 10 du métro parisien, Charles Michels évoque d’abord une station animée du 15e arrondissement. Pourtant, derrière ce nom gravé sur la faïence blanche se cache le destin tragique d’un dirigeant syndical et député du Front populaire, mort pour ses idéaux.

Fils du peuple devenu tribun respecté, l’homme incarne les luttes sociales des années 1930 avant de tomber sous les balles de l’occupant nazi le 22 octobre 1941. Son itinéraire reflète l’histoire ouvrière et résistante de la France du XXe siècle.

De l’atelier de cordonnerie aux luttes syndicales

Une jeunesse forgée dans le dénuement ouvrier

Né le 6 mars 1903 dans le 13e arrondissement de Paris, Charles Michels grandit au sein d’une famille particulièrement modeste. Sa mère journalière, Louise Lecoq, épouse en 1906 Jean Michels, un ouvrier chaudronnier qui légitime l’enfant. La disparition prématurée de ce père adoptif fin 1914 plonge le foyer dans une misère absolue. Dès lors, le jeune garçon quitte l’école communale à onze ans et demi pour subvenir aux besoins de ses proches.

Il multiplie les petits métiers précaires avant d’entrer comme apprenti cordonnier dans l’usine de chaussures Dressoir. Doté d’une silhouette athlétique, il monte parfois sur le ring aux « Folies Belleville » pour disputer des combats de boxe rémunérés et compléter ses faibles revenus. En 1923, il épouse Aimée Malagnoux, elle-même ouvrière cordonnière, avec laquelle il élève deux filles tout en poursuivant en autodidacte sa formation intellectuelle.

L’ascension à la Fédération des Cuirs et Peaux

Très tôt sensibilisé aux revendications salariales, Charles Michels s’investit dans l’action revendicative dès 1920. Licencié à plusieurs reprises en raison de son activité syndicale, il adhère au Parti communiste en 1926. Ses talents d’organisateur le propulsent rapidement au premier plan des structures syndicales unitaire et confédérale.

En 1929, il devient secrétaire permanent de la Fédération unitaire des Cuirs et Peaux. Il anime avec vigueur plusieurs mouvements de grève marquants, notamment à Pont-de-l’Arche, Romans et Fougères. Partisan convaincu du rassemblement des travailleurs, il joue un rôle moteur dans la réunification syndicale de 1935, avant d’accéder au secrétariat général de la Fédération nationale unifiée des Cuirs et Peaux en 1937.

La voix du Front populaire à la Chambre des députés

Le scrutin historique de 1936 dans le 15e arrondissement

Fort de son ancrage populaire, Charles Michels porte les couleurs du Front populaire lors des élections législatives du printemps 1936 dans la 3e circonscription de la Seine. Ce quartier ouvrier de Javel et Grenelle devient le théâtre d’un duel politique intense face au député sortant de droite modérée.

Après être arrivé en tête au premier tour avec plus de 3 200 suffrages, il rassemble largement les forces de gauche au second tour. Le 3 mai 1936, il remporte une victoire électorale nette avec 58,6 % des voix, faisant ainsi son entrée au palais Bourbon à l’âge de trente-trois ans à peine.

Un parlementaire au service des travailleurs

À la Chambre des députés, l’élu parisien s’attache à défendre concrètement les conditions d’existence des classes laborieuses. Membre de la commission de l’Hygiène ainsi que de celle des Colonies, il dépose plusieurs textes novateurs visant à réguler l’industrie de la chaussure et à accorder des congés payés aux travailleurs à domicile.

Il monte également à la tribune pour soutenir l’Espagne républicaine et protéger le personnel domestique contre la précarité. Toutefois, la déclaration de guerre et la signature du pacte germano-soviétique bouleversent sa trajectoire. Le 9 janvier 1940, sa présence dans l’hémicycle aux côtés d’autres parlementaires communistes provoque de violents heurts, aboutissant à son expulsion puis à sa déchéance officielle de son mandat parlementaire au début de l’année 1940.

Résistance, internement et sacrifice à Châteaubriant

L’action clandestine sous l’Occupation

Mobilisé en septembre 1939 au sein d’un groupement d’ouvriers d’administration, il retrouve la capitale à l’été 1940 après sa démobilisation. Dès son retour, Charles Michels prend contact avec les cadres clandestins du Parti communiste pour structurer des comités populaires de résistance dans les ateliers du cuir.

La police française met fin à ses activités clandestines en l’arrêtant au début du mois d’octobre 1940. Les autorités le transfèrent successivement au camp d’Aincourt, puis aux centrales de Fontevraud et de Clairvaux, avant de l’interner en mai 1941 au camp de Choisel, situé à Châteaubriant.

Le drame de la Carrière des Fusillés

Derrière les barbelés de Choisel, il intègre le comité clandestin du camp et déploie une énergie remarquable pour préserver le moral de ses camarades. Il participe notamment à l’organisation technique de l’évasion spectaculaire de quatre dirigeants communistes en juin 1941.

Après la mort à Nantes du lieutenant-colonel allemand Karl Hotz, abattu par la Résistance, les autorités d’occupation décident d’exécuter des otages en représailles. Désigné avec d’autres militants politiques et syndicaux, Charles Michels est fusillé le 22 octobre 1941 aux côtés de 26 camarades dans la Carrière des Fusillés de Châteaubriant, faisant face au peloton avec dignité.

Une mémoire honorée dans la capitale

À la Libération, la dépouille du député reçoit les honneurs nationaux avec la mention officielle « Mort pour la France ». Ses restes reposent depuis le 1er novembre 1945 au cimetière du Père-Lachaise, entouré de ses collègues parlementaires tombés durant la tourmente.

Pour perpétuer son souvenir, la ville de Paris renomme la place Beaugrenelle et la station de métro attenante à son nom en juillet 1945. Une plaque commémorative signale son ancien domicile au 51 de la rue des Bois dans le 19e arrondissement, tandis que la mémoire de son engagement continue d’inspirer les générations syndicales et citoyennes contemporaines.


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