Portrait de Maurice Gardette superposé à une vue d'un parc parisien avec une statue et le drapeau français

Maurice Gardette : du militantisme ouvrier aux allées verdoyantes du 11e arrondissement de Paris

Au cœur du 11e arrondissement de Paris, un havre de paix arboré accueille chaque jour les promeneurs. Ce lieu chargé d’histoire, aujourd’hui nommé square Maurice Gardette, rend hommage à un homme dont le destin tragique et le combat syndical ont profondément marqué la capitale. Derrière la sérénité de ces allées verdoyantes se cache en effet la mémoire d’un conseiller municipal fusillé sous l’Occupation.

Aujourd’hui, les enfants jouent là où se dressaient autrefois des structures industrielles bien plus sombres. Pour comprendre la double identité de ce square, il faut remonter le fil du XXe siècle. Nous découvrons ainsi le parcours héroïque de Maurice Gardette et la métamorphose d’un quartier populaire en pleine mutation.

Un destin brisé par l’Occupation : la vie de Maurice Gardette

De l’atelier de métallurgie aux bancs de l’hôtel de ville

Né dans le 20e arrondissement de Paris en 1895, Maurice Gardette grandit au sein d’une famille ouvrière nombreuse. Son père, ouvrier métallurgiste, décède prématurément alors que le jeune garçon n’a que 14 ans. Pour aider les siens, il obtient son certificat d’études et commence son apprentissage de métallurgiste dès l’âge de 12 ans. Cette immersion précoce dans le monde du travail forge rapidement sa conscience de classe et son engagement social.

Dès l’adolescence, le jeune ouvrier s’investit pleinement dans le syndicalisme. Il adhère en 1911 au syndicat des tourneurs en optique de la CGT. Son sens de l’organisation lui permet de gravir les échelons et de diriger d’importantes grèves sectorielles durant la Première Guerre mondiale. Après le congrès de Tours en 1920, il choisit de rejoindre le Parti communiste naissant.

Par la suite, Maurice Gardette s’établit comme artisan tourneur-repousseur dans le 11e arrondissement. Très actif à l’échelle locale, il crée plusieurs groupements de défense pour les petits commerçants et les locataires du quartier. Cette popularité grandissante le pousse vers la politique locale. Après un premier échec électoral, les habitants l’élisent conseiller municipal en novembre 1936. Au sein de l’assemblée parisienne, il s’investit particulièrement dans la commission consacrée à l’enseignement et aux beaux-arts.

L’internement et le sacrifice de Châteaubriant

La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cette trajectoire politique et associative. En raison de son appartenance au Parti communiste, la préfecture de la Seine le déchoit de son mandat municipal au début de l’année 1940. Les autorités l’arrêtent et l’internent dans plusieurs centres de détention à travers la France, notamment à l’île d’Yeu et à la prison de la Santé.

Son parcours carcéral l’amène finalement au camp de Choisel, situé à Châteaubriant. En octobre 1941, la résistance abat un officier allemand à Nantes, provoquant de terribles représailles de l’occupant. Désigné comme otage par le gouvernement de Vichy, le conseiller municipal, pourtant très malade, est extrait de l’infirmerie. Maurice Gardette est fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941 avec vingt-six de ses camarades d’infortune.

Avant de mourir, il laisse un message poignant gravé sur le bois de sa baraque, affirmant sa foi inébranlable dans son combat. Il figure parmi les six conseillers municipaux parisiens exécutés durant cette sombre période. Son souvenir reste aujourd’hui gravé dans la pierre de son ancien immeuble de la rue du Chemin-Vert.

Le square Maurice-Gardette : de l’abattoir au havre de verdure

La métamorphose d’un site historique de l’Est parisien

Le square que nous parcourons aujourd’hui possède une origine étonnante, bien éloignée de son calme actuel. En effet, l’empereur Napoléon Ier avait ordonné la création de l’ancien abattoir de Ménilmontant au début du XIXe siècle. Cet établissement industriel a fonctionné pendant plusieurs décennies avant d’être totalement démoli lors des grands travaux du baron Haussmann.

Après cette démolition, la Ville de Paris décide d’aménager un espace vert pour aérer ce quartier densément peuplé. Inauguré en 1872 sous le nom de square Parmentier, le site offre immédiatement une bulle de fraîcheur aux familles ouvrières. Ce n’est qu’en 1945, au lendemain de la Libération, que la municipalité renomme le lieu square Maurice Gardette pour honorer l’élu local sacrifié.

Le parc dessine un rectangle presque parfait de près de 10 000 mètres carrés. Situé à proximité des stations de métro Voltaire et Saint-Maur, il propose plusieurs accès piétons bien intégrés à la voirie locale. Ainsi, cet aménagement urbain astucieux relie harmonieusement les différentes rues adjacentes du quartier.

Un patrimoine botanique et artistique remarquable

Le square abrite aujourd’hui une biodiversité remarquable qui séduit les naturalistes amateurs. Les promeneurs peuvent notamment y admirer un plaqueminier planté en 1879, désormais classé comme arbre remarquable en raison de son âge et de ses dimensions impressionnantes. D’autres essences rares, comme le ginkgo biloba ou le séquoia géant, complètent ce tableau végétal d’une grande richesse.

Sur le plan artistique, le parc conserve des éléments patrimoniaux de grande valeur. Un élégant kiosque à musique, érigé à la fin du XIXe siècle, trône fièrement au centre de la pelouse. Non loin de là, les visiteurs peuvent contempler la statue en bronze du Botteleur, une œuvre réaliste représentant un paysan au travail.

Toutefois, le square a également payé un lourd tribut aux heures sombres de l’histoire. Sous l’Occupation, les autorités allemandes ont envoyé deux bronzes installés dans le square à la fonte pour récupérer les métaux précieux. De plus, un monument commémoratif inséré dans la grille extérieure rappelle le sacrifice de deux jeunes étudiants fusillés en août 1944.

Un espace de vie et de mémoire au cœur du quartier

De nos jours, le square Maurice Gardette demeure un lieu de rencontre intergénérationnel indispensable pour les riverains. Les enfants profitent d’une aire de jeux thématique moderne, tandis que les aînés se rassemblent autour d’un boulodrome pour les amateurs de pétanque. Des tables de tennis de table et des zones de repos complètent ces installations de loisirs.

Les horaires d’ouverture du square s’adaptent au fil de l’année pour offrir un accès optimal aux usagers. Durant la période estivale, la Ville de Paris propose parfois des ouvertures nocturnes exceptionnelles pour permettre aux habitants de chercher la fraîcheur. De plus, le square accueille régulièrement des animations lors de la Fête des Jardins et de l’Agriculture Urbaine.

Enfin, ce lieu n’oublie pas sa vocation mémorielle première. Chaque année, des cérémonies officielles réunissent les élus et les associations pour rendre hommage à Maurice Gardette. Ces rassemblements solennels permettent de transmettre l’histoire de ce militant aux nouvelles générations qui arpentent quotidiennement ce jardin suspendu de l’Est parisien.

Aujourd’hui encore, la mémoire du conseiller municipal continue de vivre à travers la vitalité de ce square populaire et verdoyant. En associant la détente quotidienne au souvenir des combats passés, cet espace vert démontre que l’histoire de Paris s’écrit aussi au détour de ses jardins publics les plus paisibles.


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