Des collants multicolores des plateaux de télévision jusqu’à la robe safran des moniales bouddhistes, Davina Delor a traversé plusieurs vies en une seule existence. Révélée au grand public dans les années 1980 comme le visage d’un réveil musculaire devenu phénomène de société, elle a ensuite choisi un chemin de retrait et d’étude approfondie.
Derrière l’énergie solaire affichée sur le petit écran, Martine Lahary — son nom à l’état civil — portait déjà une quête spirituelle précoce et d’anciennes blessures. Son itinéraire singulier mêle aujourd’hui la rigueur universitaire, les thérapies alternatives et l’ascèse monastique tibétaine.
Une jeunesse entre rigueur du corps et blessures intimes
L’apprentissage de la danse et la quête intérieure
Née le 1er janvier 1952, la future animatrice grandit dans un environnement marqué par la foi catholique de sa mère, qu’elle décrira plus tard comme son premier guide spirituel. Très jeune, elle se passionne pour les cultures asiatiques, le yoga et les danses traditionnelles de l’Inde. Elle hésite d’ailleurs durant son enfance entre devenir chirurgienne ou religieuse, deux manières distinctes de soulager la souffrance.
Elle s’oriente finalement vers l’expression corporelle. Entrée au Conservatoire de Paris à l’adolescence, elle se perfectionne en danse classique. Cette discipline exigeante la conduit à participer à des tournées internationales, notamment au festival d’Édimbourg et à l’Opéra de Rio de Janeiro. Elle valide ensuite son diplôme d’État de chorégraphe et de professeure.
Les drames familiaux comme points de bascule
Cette apparente trajectoire artistique se heurte pourtant à de lourdes épreuves personnelles. À l’âge de 17 ans, elle est confrontée au suicide brutal de son père. Ce premier choc marque le début d’un questionnement profond sur la finitude et la souffrance psychologique.
Quelques années plus tard, un second drame brise sa vie de famille. Son fils unique meurt subitement des suites d’une rupture d’anévrisme, alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’années selon les récits biographiques. Pour la danseuse, la douleur du deuil devient un moteur d’introspection. Elle cherche désormais des réponses durables au-delà des succès matériels.
L’explosion médiatique : les années Gym Tonic
Le phénomène du fitness à la française
Au tout début des années 1980, la France découvre une nouvelle manière de concevoir l’exercice physique. Davina Delor s’associe avec Véronique de Villèle pour lancer sur Antenne 2 l’émission matinale Gym Tonic. Diffusé chaque dimanche, le programme réunit rapidement des millions de téléspectateurs.
Le duo, rapidement surnommé « les filles », démocratise l’aérobic sur un ton enjoué et des rythmes entraînants. L’émission provoque un véritable engouement populaire qui accélère l’ouverture massive de clubs de remise en forme à travers tout le pays. Cette notoriété fulgurante transforme les deux partenaires en icônes incontournables du paysage audiovisuel français.
L’entrepreneuriat et la diversification
En marge des caméras, la célèbre enseignante de yoga développe des lieux dédiés à l’entraînement corporel. Elle participe à la fondation des premiers centres Gymnase Club dans la capitale, avant de co-créer plus tard les salles Compagnie Bleue. Elle y intègre progressivement des disciplines plus douces comme le veda gym et le qi gong.
Le tandem médiatique prolonge également sa complicité sur les ondes de RMC Info au début des années 2000 avec un rendez-vous hebdomadaire consacré au bien-être. Pourtant, malgré le succès de ces entreprises, Davina Delor prépare discrètement une réorientation complète de sa vie professionnelle.
Des studios de télévision aux bancs de l’université
L’apprentissage des médecines traditionnelles
Soucieuse de lier le travail corporel à une compréhension globale de la santé, elle entame des études de médecine traditionnelle chinoise au Centre d’acupuncture d’Asie de Paris. Durant plusieurs années, elle suit les cours de praticiens réputés avant de soutenir une thèse et d’obtenir son diplôme d’acupunctrice.
Elle enseigne ensuite le qi gong au sein de cet institut tout en approfondissant les textes classiques de la pharmacopée et des méridiens énergétiques. Cette transition marque son détachement progressif du show-business au profit d’une approche thérapeutique rigoureuse.
La pratique clinique et l’écoute des souffrances
Pour compléter cette formation, l’ancienne professeur de yoga de Télématin s’inscrit à l’Université Paris 13 afin d’y étudier la psychopathologie clinique. Elle se spécialise notamment dans le domaine des addictions et de l’alcoologie sous la direction du Pr Cyrus Irampour.
Diplômée en 1996, elle ouvre un cabinet de consultation où elle reçoit des personnes traversant des deuils sévères ou des états dépressifs. Elle dirige également une structure spécialisée dans la prise en charge des dépendances. Dans son cabinet, elle associe l’hypnose, l’analyse psychologique et ses ressentis médiumniques pour accompagner ses patients.
L’engagement monastique et la tradition tibétaine
La rencontre avec le Dalaï Lama et les vœux monastiques
Le tournant spirituel décisif intervient lors de sa rencontre avec le 14e Dalaï Lama, Tenzin Gyatso. Selon les sources, cet échange déterminant se produit entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. L’événement confirme son souhait ancien de consacrer son existence à la philosophie bouddhiste.
Davina Delor choisit de s’engager formellement dans la lignée Gelugpa du bouddhisme tibétain. Elle prononce ses premiers vœux de novice (Rabjun) en 2004, avant de recevoir l’ordination de Getsulma lors d’un séjour dans le Kham, au Tibet oriental. Sous le nom monastique de Gelek Drölkar, elle franchit l’étape ultime le 29 mars 2012 en prononçant ses vœux de pleine ordination (Gelongma).
La fondation du monastère Chökhor Ling
Afin d’ancrer sa pratique dans un lieu stable, cette figure du bouddhisme tibétain transforme son ancienne propriété de campagne située à Haims, dans la Vienne, en centre monastique. Baptisé Chökhor Ling, le site ouvre ses portes avec le soutien de maîtres et de moniales de sa tradition.
Le centre accueille des retraites, des ateliers d’étude philosophique et des cours de méditation. Les contributions financières recueillies lors des activités sont reversées au soutien d’enfants tibétains défavorisés, finançant leur scolarité et leurs soins médicaux.
Transmettre et soigner : livres, méditation et regard sur l’invisible
Une œuvre éditoriale variée
Au fil des décennies, Davina Delor a consigné ses recherches et ses réflexions dans de nombreux ouvrages grand public. Ses écrits explorent les liens entre équilibre physique, sérénité de l’esprit et traditions contemplatives :
- Des manuels pratiques sur l’énergie vitale (Qi gong, santé parfaite, Le Qi Gong).
- Des guides de postures et de bien-être accessible (Maxi yoga, Le Yoga des paresseuses).
- Des ouvrages de philosophie bouddhiste appliquée (Le Bonheur selon Bouddha, Douze bonheurs pour une vie heureuse).
- Des récits autobiographiques et spirituels (Nonne, psy et médium).
- Des guides d’hygiène de vie saisonnière (Les 4 saisons de la santé au naturel).
Plusieurs de ses publications s’accompagnent de supports sonores dédiés à la récitation de mantras ou à la relaxation guidée, réalisés en collaboration avec le compositeur Stephen Sicard.
L’accompagnement du deuil et la philosophie des douze bonheurs
Dans ses enseignements, l’ex-animatrice devenue ordonnée nonne développe une méthode articulée autour de douze principes fondamentaux. Parmi eux figurent notamment le calme, la patience, la bonté, le courage, la souplesse d’esprit et la liberté intérieure, chacun étant relié à une posture mentale spécifique.
Son travail aborde également sans détour la question de la mort. Marquée par ses propres drames familiaux, elle affirme dans ses livres que le dialogue intérieur avec les disparus et l’acceptation de l’impermanence constituent des clés essentielles pour apaiser la détresse des vivants. Elle propose ainsi une lecture où la fin de vie devient une invitation à mieux comprendre le sens de l’existence.
En unissant la vivacité du mouvement corporel à la quiétude de l’ascèse, Davina Delor démontre la possibilité d’une réinvention totale guidée par le service d’autrui et la recherche de paix intérieure.






