Le cinéma populaire français repose sur des figures familières dont le nom échappe parfois au public, mais dont la présence illumine instantanément l’écran. Robert Rollis appartient précisément à cette catégorie d’acteurs indispensables qui ont façonné l’âge d’or du grand et du petit écran hexagonal. Avec sa silhouette vive, son visage de furet et sa gouaille inimitable, ce maître du contrepoint comique a traversé plus de six décennies de créations artistiques.
Doté d’une énergie communicative, il incarnait à merveille l’archétype du gavroche devenu grand, capable de voler une scène en quelques répliques bien senties. Selon une formule célèbre de Raimu, les seconds rôles représentent la pointe d’ail qui donne tout son goût au gigot, une définition qui s’applique parfaitement à la riche carrière de cet artiste populaire.
Des coulisses des Folies Bergère aux premiers plateaux de cinéma
Né le 14 mars 1921 à Épinal sous le nom de Robert Aristide Vasseux, le futur comédien grandit dans un univers artistique singulier. Son père travaille comme machiniste aux Folies Bergère, tandis que sa mère, Lisa Biver, exerce le métier de couturière. Le jeune garçon passe ainsi son enfance dans les coulisses du célèbre music-hall parisien, où il croise des vedettes légendaires comme Maurice Chevalier et Joséphine Baker. C’est en hommage à sa mère disparue trop tôt qu’il choisit son nom de scène, en combinant son propre prénom et celui de Lyse.
L’appel de la scène se manifeste très tôt. Dès l’âge de 6 ans, il fait une courte apparition dans un sketch patriotique aux Folies Bergère. Dès l’adolescence, Robert Rollis fait ses premiers pas devant la caméra dans Prends la route en 1936, avant d’obtenir une véritable visibilité dans le rôle marquant d’un collégien au sein du film Les Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque. Cette expérience fondatrice ancre son profil de gamin déluré auprès des réalisateurs de l’époque.
L’aventure des Branquignols et les grands succès populaires
Au fil des décennies d’après-guerre, le comédien enchaîne les tournages sous la direction de grands cinéastes tels que Julien Duvivier, Henri-Georges Clouzot ou Henri Verneuil. En 1956, il rejoint une joyeuse troupe qui bouleverse le comique français : les Branquignols de Robert Dhéry et Colette Brosset. Auprès de partenaires comme Louis de Funès, il participe activement à cette dynamique collective fondée sur le burlesque visuel, le non-sens et une mécanique de précision.
Cette complicité théâtrale et cinématographique donne naissance à des comédies populaires mémorables. Robert Rollis s’illustre notamment dans plusieurs longs-métrages restés célèbres :
- Papa, maman, la bonne et moi (1954) et sa suite, où il campe Léon, le complice indispensable surnommé « Alibi ».
- La Belle Américaine (1961), comédie culte de la troupe dans laquelle il prête ses traits à un coiffeur affairé.
- La Guerre des boutons (1962) d’Yves Robert, où il incarne avec truculence le père de Mègue la Lune.
- Le Petit Baigneur (1968), où il joue le marin facétieux de l’embarcation « l’Increvable ».
- On a retrouvé la 7e compagnie (1975), marquant sa fidélité répétée au cinéma de Robert Lamoureux.
Sa vivacité fait de l’acteur français un partenaire recherché par les metteurs en scène, qui apprécient sa ponctualité exemplaire et son sens inné du rythme comique.
Du brigand Jehan le Larron à la magie du doublage
Parallèlement à ses apparitions au cinéma, Robert Rollis s’impose durablement sur le petit écran naissant. De 1963 à 1966, il devient un visage incontournable des dimanches soirs télévisés grâce à la série Thierry la Fronde. Il y prête ses traits à Jehan le Larron, un compagnon fidèle et voleur à la tire accompagnant le héros dans la forêt des Solognots. Ce rôle d’aventurier au grand cœur renforce profondément son capital de sympathie auprès de plusieurs générations de téléspectateurs.
En marge des caméras, l’artiste met son timbre vocal expressif au service de la jeunesse et de l’animation. À la fin des années 1970, des millions d’enfants entendent chaque semaine sa voix dans le programme Les Quat’z’amis, où il double le personnage facétieux de Pouce-Moussu. Il prête également sa voix à plusieurs productions animées, participant entre autres aux adaptations de Tintin et au film Le Secret des Sélénites.
Une fidélité au jeu jusqu’au crépuscule d’une longue vie
Sur les planches, le comédien multiplie les représentations de comédies légères, à l’image de la pièce à succès La Bonne Planque, et parcourt inlassablement la France lors de tournées théâtrales. Toujours enjoué, il s’amuse souvent de sa précocité en rappelant qu’il a grandi au milieu des plumes du music-hall. Son complice Roger Pierre prédisait d’ailleurs avec humour qu’il deviendrait un jour le doyen absolu des plateaux tant son entrée dans le métier avait été précoce.
Fidèle à sa vocation, Robert Rollis continue de tourner jusqu’à un âge avancé, faisant des apparitions remarquées dans Monique en 2002 ou dans le film rural Camping à la ferme en 2005. Emporté par une maladie foudroyante le 6 novembre 2007 à l’âge de 86 ans, il repose désormais au cimetière de Montmartre. Avec plus d’une centaine de participations à son actif, il laisse le souvenir vivace d’un artisan généreux, dont la malice naturelle continue d’enchanter les amoureux du patrimoine cinématographique français.






