Dans l’univers des sports mécaniques hexagonaux, le nom de Monneret résonne comme une véritable institution. Héritier d’une lignée prestigieuse, Philippe Monneret a su transformer une passion familiale dévorante en une carrière aux multiples facettes. Pilote victorieux, formateur engagé, voix incontournable des plateaux de télévision et acteur du débat public, l’homme s’est imposé comme un ambassadeur infatigable du deux-roues en France.
Surnommé « Le Docteur » par ses pairs, il incarne à la fois la recherche de performance pure et une rigueur absolue en matière d’apprentissage. De ses premiers tours de roue précoces jusqu’aux responsabilités locales et éducatives, retour sur le parcours d’un passionné qui a marqué plusieurs générations de motocyclistes.
Aux origines d’une dynastie motocycliste d’exception
Difficile d’évoquer ce destin sans se plonger dans l’histoire de sa famille. Son père, Georges Monneret, surnommé affectueusement « Jojo la moto », demeure une figure historique du motocyclisme français. Actif dès les années 1920, ce pionnier a accumulé un palmarès vertigineux de 499 victoires, 19 titres nationaux et 183 records du monde, dont une traversée mémorable de la Manche sur un scooter-catamaran en 1948.
Les aînés de la fratrie ont également tracé la voie sur les circuits internationaux. Son demi-frère Pierre Monneret est entré dans l’histoire en devenant le premier pilote français à remporter un Grand Prix en catégorie reine de 500 cm³ à Reims en 1954. Son autre demi-frère, Jean Monneret, a également couru au plus haut niveau avant d’être victime d’un grave accident lors d’un record du monde à Montlhéry. Dans ce cadre familial, Philippe Monneret apprend à piloter dès sa plus tendre enfance, sous l’œil attentif de son père.
Très tôt, le jeune garçon s’illustre sur l’asphalte malgré une chute marquante à l’âge de sept ans sur le circuit de Magny-Cours. En 1971, alors qu’il n’a qu’une douzaine d’années, il participe avec son père à un défi d’endurance hors norme à Montlhéry. L’équipage établit alors un record mondial de 1 256 kilomètres parcourus en 24 heures au guidon d’un cyclomoteur Peugeot 104. L’année suivante, il confirme son talent précoce en remportant l’épreuve des champions du Guidon Shell.
Des pistes de course aux records de vitesse
Au milieu des années 1970, le jeune compétiteur fait ses débuts officiels sur les circuits de vitesse. En mai 1976, il signe sa première victoire en Championnat de France à Nogaro sur une Yamaha 125 cm³. C’est toutefois dans les épreuves d’endurance que le pilote va bâtir ses plus beaux faits d’armes.
L’apogée de sa carrière sportive intervient lors de l’édition 1991 des célèbres 24 Heures Moto du Mans. Aligné sur la Yamaha Finacor aux côtés de ses coéquipiers Bruno Bonhuil et Rachel Nicotte, il décroche une victoire prestigieuse qui consacre son endurance et sa régularité. L’année suivante, il s’impose sur les 1 000 km de Paris, avant de devenir vice-champion du monde d’endurance en 1994. En 1995, il s’aligne même au départ du Grand Prix de France en catégorie 500 cm³.
La soif de vitesse ne l’a jamais quitté avec les années. En mai 2015, Philippe Monneret relève un défi spectaculaire sur le circuit Paul-Ricard au Castellet. Lancé dans la mythique ligne droite du Mistral au guidon d’une Kawasaki Ninja H2R suralimentée, il atteint la vitesse de pointe de 357 km/h, établissant une référence marquante lors d’un tournage télévisé.
Former les motards et sécuriser les routes : la méthode Monneret
Conscient des dangers de la circulation, le pilote s’est rapidement orienté vers la pédagogie. Dès 1981, il lance sa première structure de formation dédiée aux deux-roues. En 1984, il s’associe à l’ancien pilote de Formule 1 Jean-Pierre Beltoise pour créer les écoles « Conduire Juste », organisant des stages de sécurité routière sur le circuit Carole.
Cette démarche prend une nouvelle ampleur en mai 2011 avec la création d’EasyMonneret. Cette structure moderne propose un apprentissage sur pistes privatives et des outils en ligne, devenant un acteur majeur du secteur. L’organisme accueille plus de 10 000 élèves chaque année, répartis entre le permis moto, l’initiation des plus jeunes dès 7 ans et la formation obligatoire pour les cylindrées légères. Les centres sont notamment installés à Meudon, Trappes, Montlhéry et au Castellet, avec des instructeurs de renom comme Hervé Moineau ou Randy de Puniet. En 2022, l’école innove encore en inaugurant la première structure entièrement électrique de formation moto sur l’île de Puteaux.
Parallèlement, Philippe Monneret s’investit auprès des compagnies d’assurance et des pouvoirs publics pour améliorer la sécurité routière. Élu vice-président du moto-club Club 14 en 2005, il milite pour des évolutions concrètes. Ses propositions contribuent largement à instaurer plusieurs règles majeures :
- La formation obligatoire de 7 heures pour la conduite des deux-roues de 125 cm³.
- L’obligation légale du port de gants de protection homologués.
- Le principe de progressivité d’accès à la puissance pour les jeunes motards.
- L’encadrement et l’expérimentation de la circulation inter-files.
Lors de la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19, son réseau a également manifesté sa solidarité en mettant gratuitement à disposition des scooters et des formations pour le personnel soignant.
Une voix familière des médias et des circuits
Au-delà de ses centres de formation, Philippe Monneret a accompagné le quotidien de millions d’amateurs de moto à la télévision. Pendant plus d’une décennie, il forme un duo emblématique avec Rémy Tissier pour commenter les Grands Prix de MotoGP sur l’antenne d’Eurosport, participant aussi activement à l’émission Moto Critiques.
Sur TF1, il intervient pendant près de quinze ans dans le magazine Automoto, où il réalise des essais et présente des rubriques spécialisées. En décembre 2013, il coanime également le rendez-vous hebdomadaire Moto Hebdo sur LCI. Sa longue présence médiatique sur Eurosport s’est prolongée à travers diverses compétitions, dont le mondial d’endurance et le championnat du monde de Superbike.
Son expertise de formateur attire également le monde du spectacle et du cinéma. Il intervient comme conseiller technique ou instructeur sur des tournages de longs métrages, à l’image du film Le Poulpe ou de réalisations signées Claude Lelouch. Dans ses écoles, de nombreuses personnalités du cinéma, de la musique et du sport ont appris à piloter à ses côtés, parmi lesquelles Patrick Bruel, Kad Merad, Omar Sy, Laure Manaudou ou encore l’actrice américaine Kristen Stewart.
Plein d’admiration pour l’histoire des sports mécaniques, l’ancien pilote a aussi coécrit plusieurs ouvrages de référence, notamment 50 Pilotes de légende MotoGP et La Saga Monneret aux côtés du journaliste Lionel Rosso. En 2024, le salon Rétromobile a rendu hommage à l’épopée de sa famille à travers une vaste exposition patrimoniale.
Engagements publics et débats urbains
Installé à Garches dans les Hauts-de-Seine depuis plusieurs décennies, Philippe Monneret s’investit directement dans la gestion locale. En 2024, il rejoint l’équipe municipale en tant que conseiller délégué au Sport et à la Sécurité routière.
Dans l’espace public, l’instructeur n’hésite pas à exprimer ses désaccords face aux nouvelles réglementations urbaines. Il critique ouvertement les politiques de circulation parisiennes, dénonçant l’abaissement de la vitesse à 50 km/h sur le boulevard périphérique et à 30 km/h dans la capitale. Selon lui, ces mesures augmentent le risque d’accidents et menacent directement la circulation inter-files, qui requiert des axes limités à au moins 70 km/h pour s’exercer dans un cadre sécurisé.
Au début de l’année 2026, son apparition dans une séquence vidéo à moto dans les rues de Paris aux côtés de la responsable politique Sarah Knafo suscite des réactions dans les médias. Face aux commentaires, Philippe Monneret a immédiatement publié une mise au point pour démentir tout ralliement politique, précisant que sa démarche visait uniquement à illustrer de manière concrète les difficultés quotidiennes rencontrées par les usagers de deux-roues.
En conjuguant son héritage familial, sa maîtrise du pilotage et sa volonté d’éduquer le plus grand nombre, le champion devenu pédagogue continue de défendre une pratique de la moto responsable, sûre et passionnée.






