Dans l’univers très masculin du sport automobile des années 1970, certaines figures ont imposé leur talent à coups de trajectoires parfaites et de victoires éclatantes. Marianne Hoepfner s’inscrit au premier rang de ces sportives d’exception, capables de rivaliser sur tous les terrains, du bitume brûlant des circuits d’endurance jusqu’aux pistes les plus piégeuses des rallyes internationaux.
Derrière son élégance naturelle et sa discrétion médiatique, cette compétitrice hors pair a marqué l’histoire mécanique française. Pendant deux décennies, elle a enchaîné les succès sportifs tout en construisant une trajectoire personnelle singulière aux côtés de personnalités marquantes.
Des pistes d’Afrique aux routes sinueuses d’Alsace
Née Marie-Anne Brigitte Fourton le 7 avril 1944 à Bourg-en-Bresse, la future championne grandit loin de l’Hexagone. Elle passe en effet son enfance et son adolescence en Côte d’Ivoire, où son père mène des recherches en médecine. Ce cadre de vie développe très tôt sa passion pour la mécanique et la conduite sur des terrains exigeants.
De retour en France, elle s’établit en Alsace et s’immerge rapidement dans les milieux du sport mécanique régional. Encouragée par son compagnon Jean-Paul Hoepfner, elle débute la compétition automobile en 1964, à l’âge de vingt ans. Elle effectue d’abord des reconnaissances au volant d’une berline familiale, puis pilote une Renault 8 Gordini Groupe 2 en course de côte et en rallye régional.
Son sens du pilotage et sa régularité attirent rapidement l’attention des observateurs. Dès 1969, elle s’illustre comme copilote de Claudine Trautmann sur Alpine A110, remportant une victoire de classe au Rallye Paris-Saint-Raphaël féminin.
Les grands succès au sein de l’écurie Aseptogyl
Au début des années 1970, le pilote Bob Neyret repère le talent de Marianne Hoepfner et l’intègre dans sa célèbre structure Aseptogyl. Cette écurie originale réunit les meilleures pilotes féminines de l’époque. Aux côtés de coéquipières de renom, elle forme un groupe redouté sur toutes les épreuves européennes.
Cette collaboration marque le début d’une moisson impressionnante de trophées. Au cours de sa carrière, elle décroche notamment quatre titres de championne de France féminine des rallyes. Sa maîtrise technique au volant des berlinettes Alpine A110 puis des coupés A310 fait sensation sur les routes de montagne.
Sur le Rallye Paris-Saint-Raphaël féminin, elle signe deux triomphes consécutifs en 1972 et 1973 avec sa navigatrice Yveline Vanoni, concrétisant une victoire au classement général face à une concurrence particulièrement affûtée.
Elle brille également sur le Tour de France Automobile. Lors de l’édition 1974, associée à Marie Laurent sur une Alpine A310, elle remporte la Coupe des Dames en se hissant à la treizième place du classement général. Elle réédite cette performance les années suivantes, terminant notamment septième au général en 1975 et 1976 sur Peugeot 504.
L’aventure héroïque des 24 Heures du Mans
La polyvalence de Marianne Hoepfner s’exprime pleinement dans les courses d’endurance sur circuit fermé. Entre 1975 et 1980, la célèbre pilote française prend le départ de la mythique épreuve sarthoise à quatre reprises.
L’édition de 1975 reste gravée dans les annales. Engagée au sein d’un équipage 100 % féminin avec Christine Dacremont et Michèle Mouton, elle pilote le prototype Moynet LM75 à moteur Simca. Le trio réalise une performance remarquable en signant une victoire dans la catégorie deux litres et en atteignant la vingt-et-unième place finale.
Les trois femmes réussissent l’exploit de parcourir 269 tours de circuit sous une météo changeante, maintenant une vitesse moyenne supérieure à 153 km/h. Cet exploit retentissant prouve leur endurance face aux équipes d’usine les plus aguerries.
Les participations suivantes reflètent la dureté de l’épreuve mancelle. En 1977, Marianne Hoepfner partage le volant d’une puissante Lancia Stratos Turbo avec Christine Dacremont, mais une casse mécanique met fin à leur course. En 1978, c’est au volant d’un prototype WM à moteur PRV que le duo affronte la piste avant d’abandonner sur rupture de joint de culasse. Enfin, en 1980, elle dispute l’épreuve sur une Porsche 934 de l’écurie Alméras, abandonnant à la vingt-et-unième heure après 251 tours d’une lutte acharnée.
Défis planétaires et collaborations sur les circuits européens
Au-delà des épreuves traditionnelles, l’ancienne pilote automobile se distingue dans les grands raids d’endurance internationaux. Son sang-froid et sa résistance physique lui permettent d’affronter des conditions extrêmes à travers le monde.
Elle s’illustre particulièrement lors des rallyes-marathons reliant Londres à Sydney. En 1975, elle décroche une splendide deuxième place de l’épreuve sur ce parcours transcontinental éprouvant. Deux ans plus tard, en 1977, elle récidive en remportant la catégorie Diesel sur cette même aventure.
En 1980, elle prend le départ de la première édition du Rallye de l’Himalaya en Inde. Malgré les difficultés logistiques et des manifestations locales violentes qui perturbent la course, elle mène son équipage à la deuxième position du classement final.
Dans les années 1980, Marianne Hoepfner partage régulièrement le volant avec le comédien passionné de course Jean-Louis Trintignant. Ensemble, ils participent à des épreuves prestigieuses comme les 24 Heures de Spa-Francorchamps en 1981, décrochant une superbe septième place du classement général sur une BMW 530i aux côtés de Derek Bell et Jean-Pierre Malcher. Le duo dispute également le Rallye Monte-Carlo 1982 sur Peugeot 104 ZS, puis prend part au rallye-raid Paris-Dakar en 1984 avant qu’elle ne mette un terme à vingt années d’une riche carrière sportive.
Une vie intime liée au monde artistique et automobile
Sur le plan personnel, Marianne Hoepfner a d’abord partagé la vie de Jean-Paul Hoepfner, avec qui elle a eu deux fils, Éric et Jean. Après son divorce, sa complicité avec Jean-Louis Trintignant s’est transformée en un amour durable et discret. Le couple s’est marié en janvier 2000 lors d’une discrète cérémonie en Ardèche.
Durant plus de trois décennies, elle est restée le soutien indéfectible de l’acteur, l’accompagnant dans ses projets théâtraux et cinématographiques. Le public a notamment pu apercevoir le couple gravir ensemble les marches du Festival de Cannes en mai 2017 pour la présentation du long-métrage de Michael Haneke.
Au décès de Jean-Louis Trintignant en juin 2022, elle a veillé avec pudeur à l’organisation de ses obsèques à Nîmes, entourée des proches de l’artiste. Par son humilité et son palmarès exceptionnel, cette figure des sports mécaniques conserve une place privilégiée dans la mémoire du sport automobile et dans le cœur des passionnés.






