Un dogue chien fauve se tient dans un pré verdoyant

Le dogue, un chien de légende entre puissance et douceur

Silhouette imposante, regard pénétrant et musculature d’athlète, le dogue, ce chien hors du commun, ne laisse personne indifférent. Derrière cette carrure de colosse se cache un compagnon à l’histoire millénaire, façonné par le travail, la garde et une relation unique avec l’homme depuis des siècles.

Aujourd’hui, ces géants au grand cœur séduisent de nombreux foyers grâce à leur fidélité légendaire et leur douceur. Pourtant, adopter un dogue chien ne s’improvise pas. Entre exigences d’éducation, besoins de santé spécifiques et réalités budgétaires, découvrons ensemble les secrets de ces molosses fascinants.

Des arènes antiques aux salons : l’odyssée d’une silhouette hors norme

Les origines d’un nom et d’une morphologie puissante

Pour comprendre la fascination qu’exercent ces animaux, il faut remonter aux origines de leur nom. Le terme « dogue » est apparu en France en 1392, emprunté directement au mot anglais dog. En anglais, l’équivalent actuel de ce terme est d’ailleurs mastiff. Ces chiens appartiennent tous à la grande famille des molossoïdes.

Sur le plan physique, le dogue, ce chien de garde par excellence, partage des attributs très nets : une tête large, un cou massif, un museau court et carré ainsi que des mâchoires extrêmement fortes. Sélectionnés à l’origine pour le combat, la guerre ou l’affrontement avec d’autres animaux, ils se sont imposés au fil du temps comme de redoutables gardiens.

Cette réputation de force brute a d’ailleurs marqué le langage courant. Ainsi, au sens figuré, le mot désigne une personne hargneuse ou brutale. De même, l’expression populaire « avoir une humeur de dogue » qualifie une humeur particulièrement irascible. Dans le monde rural, le verbe « doguer » décrit l’action de moutons ou de béliers se heurtant violemment de la tête. Enfin, le sport moderne s’est aussi emparé de cette image de ténacité, puisque « Les Dogues » est le surnom officiel des footballeurs du club de Lille, le LOSC.

Le dogue de Bordeaux, fierté du patrimoine français

Parmi toutes les variétés, le dogue de Bordeaux figure en excellente place. Il s’agit en effet de l’une des plus anciennes races de dogue, ce chien de France dont la présence dans le Sud-Ouest remonte au XIVe siècle. Selon certains experts, il serait le descendant de l’Alan Vautre, un chien introduit en Aquitaine au Ve siècle par les Alains lors des invasions barbares, avant d’être croisé avec des races locales. D’autres théories évoquent plutôt une descendance directe de chiens romains introduits au XIXe siècle.

Au fil des siècles, ce grand canidé a occupé de multiples fonctions. Les bouchers l’utilisaient pour garder le bétail ou tracter des carcasses, tandis qu’il servait aussi à la chasse au gros gibier ou comme soldat durant les guerres. Malheureusement, les deux conflits mondiaux du XXe siècle ont failli faire disparaître la race. Son sauvetage in extremis dans les années 1970 est l’œuvre du professeur français Raymond Triquet.

Quelques dates clés marquent sa reconnaissance officielle :

  • En 1863, la race fait sa première apparition lors d’une exposition canine à Paris.
  • En 1896, les éleveurs rédigent le tout premier standard officiel de la race.
  • En 1926, elle reçoit sa reconnaissance officielle sous son nom actuel.
  • En 1954, la Fédération Cynologique Internationale l’enregistre définitivement.

À la fin du XXe siècle, une popularisation mondiale massive s’opère grâce au film Turner et Hooch sorti en 1989. Dix ans plus tard, la loi française sur les chiens dangereux de 1999 pousse les éleveurs à accentuer le travail de sociabilisation afin d’adoucir définitivement son caractère.

Portrait du dogue de Bordeaux, l’athlète sensible

Une stature imposante et des traits sculptés

Ce molosse se caractérise par une silhouette de brachycéphale concaviligne. Son corps très musclé et trapu présente une silhouette harmonieuse et athlétique, bâtie près du sol. Sa tête est tout simplement la plus volumineuse de tout le monde canin. De forme trapézoïdale, elle est parcourue de rides profondes sur le front et le museau lorsque le chien est en alerte. Le stop, très marqué, forme un angle de 90 à 95 degrés avec le chanfrein.

Sa mâchoire puissante est prognathe, ce qui signifie que la mâchoire inférieure se courbe légèrement vers l’avant, une caractéristique typique du dogue chien. Ses babines épaisses et tombantes marquent également son profil. Ses yeux, de couleur noisette à brun foncé, affichent un regard sûr de lui. Ses oreilles sont attachées haut et tombantes. Sa peau épaisse porte un poil court, fin et doux au toucher.

La robe se décline dans toutes les nuances de fauve, allant de l’isabelle au rouge acajou, bien que le standard exclue formellement la couleur chocolat. Trois types de masques sont admis : noir, marron ou sans masque. Côté gabarit, les mâles mesurent de 60 à 68 cm pour un poids minimal de 50 kg, pouvant atteindre 75 kg. Les femelles mesurent de 58 à 66 cm pour un poids minimal de 45 kg, grimpant parfois jusqu’à 70 kg. L’harmonie générale prime toutefois sur le poids strict lors des jugements.

Un caractère d’or sous une armure de colosse

Malgré sa stature impressionnante, le dogue de Bordeaux est un animal placide, serein et d’une douceur extrême. Très attaché à sa famille, ce « pot de colle » supporte très mal la solitude et l’exclusion. C’est un gardien vigilant et dissuasif qui n’aboie qu’en cas de danger réel. Il se montre d’une patience infinie avec les enfants, même s’il convient de surveiller les jeux pour éviter les bousculades accidentelles dues à son poids.

S’il s’entend bien avec les autres animaux du foyer s’il y est habitué tôt, il conserve un instinct de prédation face aux intrus. Son éducation demande de la finesse, car le dogue, ce chien sensible, peut parfois se montrer têtu, pesant le pour et le contre avant d’obéir. Une méthode douce mais ferme, basée sur le renforcement positif, est indispensable. En France, s’il possède une inscription au LOF, il n’est soumis à aucune catégorisation. Sans cette inscription, la loi le classe automatiquement en catégorie 1.

Prendre soin de son géant : santé et entretien au quotidien

Les points de vigilance pour une croissance préservée

L’espérance de vie de ce colosse varie selon les sources, s’établissant généralement entre 5 et 10 ans, bien que certains atteignent 12 ans. En raison de sa morphologie de brachycéphale, il régule très mal sa température corporelle. Les fortes chaleurs lui sont donc redoutables, et un environnement tempéré est nécessaire pour lui éviter un coup de chaleur mortel.

La croissance du chiot est particulièrement longue, s’étendant jusqu’à 18-20 mois. Durant cette phase, ses articulations sont très fragiles. Il faut absolument éviter le surpoids, proscrire les sauts et les exercices intensifs avant l’âge de un ans, et limiter les escaliers. La race est en effet prédisposée à la dysplasie de la hanche et du coude.

D’autres pathologies graves touchent la race. Les maladies cardiaques génétiques, comme la cardiomyopathie dilatée ou la sténose sous-aortique, imposent un dépistage échographique tous les 18 mois. Le syndrome de dilatation-torsion de l’estomac représente aussi une urgence vitale. Pour le prévenir, il convient de fractionner les repas et d’imposer un repos absolu de quatre heures après manger. Enfin, la dysplasie rénale juvénile et certains cancers comme l’ostéosarcome sont également à surveiller.

Toilettage, bavage et budget : la réalité du quotidien

L’entretien du poil court reste simple grâce à un brossage hebdomadaire, même s’la perte de poils est constante. En revanche, une attention méticuleuse doit être accordée aux plis de sa peau. Les rides du visage doivent être nettoyées et séchées régulièrement pour éviter les infections cutanées dues à l’humidité. De plus, ce grand sensible bave abondamment, surtout après avoir bu ou mangé. Une serviette à portée de main est donc indispensable pour son propriétaire.

L’hygiène bucco-dentaire est également cruciale pour éviter le tartre, tout comme le nettoyage des oreilles et la coupe des griffes. Nourrir un tel dogue chien exige une alimentation de haute qualité, souvent coûteuse, sous peine de nuire à ses articulations. Entre les croquettes premium et les frais vétérinaires indexés sur le poids, le budget mensuel moyen est estimé à environ 70 euros.

Du plateau tibétain aux pampas argentines : la diversité des molosses

Le dogue du Tibet, un gardien mystique et controversé

En voyageant vers l’Asie, on découvre le dogue du Tibet, un chien de travail extrêmement ancien qui protégeait autrefois les troupeaux et les monastères de l’Himalaya. Le philosophe grec Aristote mentionnait déjà son existence en 350 avant notre ère. Ce chien spectaculaire peut peser jusqu’à 80 kg et arbore un poil long et épais formant une véritable crinière de lion autour de son cou.

Indépendant, territorial et très protecteur, il possède un caractère bien trempé. Il a notamment une tendance atavique à aboyer ou à hurler à la mort durant la nuit, principalement en novembre et décembre, pour marquer son territoire. Son éducation nécessite une grande fermeté alliée à de la douceur, car il refuse la soumission et se considère comme l’égal de l’humain.

Cette forte personnalité suscite des débats. Certains détracteurs le décrivent comme un chien impossible à dresser, imprévisible et sujet à l’abandon. À l’inverse, les propriétaires expérimentés défendent un animal calme, équilibré et très protecteur envers les enfants de son foyer, à condition que le maître soit lui-même structuré et respectueux.

D’autres silhouettes emblématiques à travers le monde

Le monde des molossoïdes regorge d’autres représentants remarquables. Le dogue Allemand, ou Grand Danois, impressionne par sa stature géante pouvant atteindre 112 cm au garrot. Malgré ce gabarit imposant et un budget alimentaire conséquent, c’est un chien élégant, sociable et dissuasif. De son côté, le dogue Argentin, un chien de garde blanc et athlétique, se distingue par sa robe immaculée. Très affectueux, il peut même être éduqué comme chien d’aveugle, bien qu’il supporte mal la solitude et nécessite de grands espaces.

En Angleterre, on retrouve le traditionnel Mastiff, grand chien de garde, mais aussi le célèbre Bulldog anglais. Ce dernier, autrefois utilisé pour le combat contre les taureaux au XVIIIe siècle, est aujourd’hui devenu un paisible animal de compagnie de taille moyenne. Enfin, d’autres variétés complètent cette famille, comme le dogue de Majorque, le dogue des Canaries, ou encore le Matin Napolitain, réputé pour sa vigilance mais sujet à une prédisposition marquée à l’obésité.

Qu’ils soient français, tibétains ou argentins, ces chiens hors du commun exigent de leurs maîtres un engagement total et une solide expérience. Offrir à ces molosses un cadre de vie adapté et une éducation respectueuse permet de révéler toute la noblesse et l’amour inconditionnel dont ils sont capables.