La figure de Louis XIV continue de fasciner les réalisateurs, mais saviez-vous qu’un film sur le Roi-Soleil peut cacher des propositions artistiques radicalement différentes ? Loin de se cantonner aux reconstitutions historiques classiques, le cinéma et la scène ont exploré ce mythe sous des angles surprenants. Du thriller psychologique contemporain à la captation de comédie musicale, en passant par l’expérience visuelle d’avant-garde, le souverain absolu inspire tous les genres.
En effet, les spectateurs ont pu découvrir ces dernières années des œuvres qui bousculent totalement les codes. Qu’il s’agisse de disséquer la cupidité humaine dans un bar de banlieue ou de visionner un film sur Le Roi-Soleil dans un décor de béton, ces créations interrogent notre rapport au pouvoir et à l’argent. Voyageons à travers ces trois propositions cinématographiques singulières.
Le film sur Le Roi-Soleil de Vincent Maël Cardona : un huis clos sanglant à Versailles
Pour son deuxième long-métrage, sorti en salles en août 2025, le réalisateur Vincent Maël Cardona a choisi de surprendre son public. Après avoir été récompensé par le César du meilleur premier film en 2021 pour Les Magnétiques, le cinéaste est revenu avec un projet ambitieux au concept fort, coécrit avec Olivier Demangel. Porté par un budget de 6,6 millions d’euros, ce long-métrage s’éloigne des dorures du château pour s’intéresser à la marge de la cité royale.
Un braquage qui tourne au cauchemar dans un PMU
L’intrigue se déroule principalement à l’aube dans un bar-PMU délabré nommé « Le Roi Soleil », situé à Versailles. Deux policiers fatigués, incarnés par Pio Marmaï et Sofiane Zermani, s’y installent pour boire un verre après une nuit éprouvante. C’est alors qu’un client habituel, Monsieur Kantz, découvre qu’il vient de remporter la somme astronomique de 294 millions d’euros au loto.
Cependant, la joie est de courte durée. Submergé par l’émotion, le vieil homme oublie son précieux ticket sur une table. Lorsqu’il revient sur ses pas pour le récupérer, un autre client tente de s’en emparer et un coup de feu mortel retentit. Face au cadavre et à cette fortune inespérée, les témoins décident de ne pas alerter les secours. Ils choisissent plutôt d’élaborer un mensonge collectif pour se partager le pactole, mais leur scénario va rapidement dérailler dans la violence.
Une mise en scène en boucles temporelles et métaphores historiques
Pour structurer ce récit étouffant, Cardona utilise un procédé de narration en différé. Ainsi, le spectateur revit plusieurs fois les mêmes scènes selon les perspectives et les fantasmes des différents protagonistes. Cette construction narrative complexe, qui rappelle l’esprit d’Un jour sans fin transposé dans un registre sombre et violent, perd peu à peu le spectateur dans les méandres du mensonge.
Par ailleurs, le long-métrage s’ouvre sur un prologue historique surprenant situé au Château de Versailles. Cette scène montre une discussion cynique entre Louis XIV, le cardinal Mazarin et Casanova sur la création du loto, présenté comme une supercherie étatique pour contrôler le peuple. Ce parallèle thématique souligne que, d’une époque à l’autre, l’illusion de la richesse facile reste un puissant instrument de manipulation.
Un casting éclectique pour ce film sur Le Roi-Soleil et une réception contrastée
Le film réunit des profils d’acteurs très variés pour incarner cette galerie de personnages désespérés. Aux côtés des têtes d’affiche, on retrouve Lucie Zhang en étudiante en philosophie et Panayotis Pascot en client du bar. De plus, le réalisateur a choisi d’engager un véritable buraliste non-professionnel, Nico, dont le naturel a été salué par la critique lors de la présentation du film en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025.
Pourtant, l’accueil du public et des journalistes s’avère mitigé. Si certains louent la tension dramatique et l’esthétique en clair-obscur, d’autres déplorent un effet de répétition qui fait tourner le scénario en rond. Plusieurs critiques ont d’ailleurs jugé la cupidité humaine comme un moteur trop simple pour maintenir l’intérêt sur l’ensemble du métrage.
La captation de Kamel Ouali : la fureur de la comédie musicale sur grand écran
Dans un style radicalement différent, un autre film sur le Roi-Soleil a marqué les esprits au milieu des années 2000. Il s’agit de la captation vidéo officielle de la comédie musicale à succès produite par Dove Attia et Albert Cohen. Sorti sur les écrans en novembre 2006, ce spectacle filmé en public au Palais des Sports de Paris retrace le destin romanesque de Louis XIV, de ses premiers pas au pouvoir à ses amours tumultueuses.
La réalisation de cette captation, confiée à Franck Voiturier, restitue l’énergie des chorégraphies spectaculaires conçues par Kamel Ouali. Grâce à des décors grandioses et une bande-son portée par des tubes populaires, ce film reste un témoignage précieux d’un phénomène de société qui a attiré des millions de spectateurs dans les salles de spectacle et de cinéma.
L’agonie minimaliste d’Albert Serra : une expérience sensorielle radicale
Enfin, pour les amateurs de cinéma d’auteur, un film sur le Roi-Soleil peut aussi prendre une forme radicalement épurée. C’est le cas du projet d’Albert Serra sorti en 2018, intitulé Roi Soleil. Ce moyen-métrage d’une heure est né d’une performance physique et artistique initialement présentée dans une galerie d’art contemporain à Lisbonne. Loin du faste habituel associé à la cour, le film prend le contre-pied total des attentes du public.
Ici, pas de dorures ni de costumes d’époque étincelants. L’acteur Lluís Serrat Masanellas incarne le monarque agonisant dans un décor minimaliste en béton nu. Presque sans parole, le film se concentre sur la matérialité d’un corps malade qui s’éteint lentement sous l’œil de la caméra. Ce projet radical prolonge le travail entamé par Serra dans son long-métrage de 2016, offrant une réflexion brute sur la finitude du pouvoir absolu.
Qu’il s’incarne dans un fait divers sanglant, une fresque musicale populaire ou une agonie silencieuse, la figure du monarque absolu demeure un formidable miroir de nos obsessions contemporaines. Ces différentes œuvres prouvent que le cinéma n’a pas fini de réinventer l’héritage de Versailles pour mieux bousculer nos certitudes.
