Rolande Ségur sourit sur un court de tennis en tenant une raquette près d'un homme et d'un trophée

L’éclat discret de Rolande Ségur : une vie de scène, d’amour et de mémoire

Derrière les éclats de rire du cinéma français se cachent parfois des figures de l’ombre au parcours remarquable. L’actrice française Rolande Ségur incarne parfaitement cette élégance discrète. Sa carrière artistique variée s’est intimement liée au destin de l’un des plus grands comiques de sa génération.

Toute sa vie, cette femme de l’art a navigué entre les planches et les plateaux de tournage. Pourtant, au-delà de ses propres rôles, son combat pour préserver la mémoire de son époux, Darry Cowl, dessine aujourd’hui un portrait profondément touchant.

Des planches aux projecteurs, les débuts de la comédienne Rolande Ségur

Née sous le nom de Rolande Mary-Anne Cahen le 14 juillet 1932, elle choisit très tôt de s’épanouir sous les projecteurs. Pour sa carrière artistique, elle adopte le pseudonyme de Rolande Ségur. Ce nom de scène astucieux est l’anagramme de Guers. Elle se fait également appeler parfois Rolande Kalis. Après un premier mariage au milieu des années 1950 avec un comédien, union dont naîtra une fille qui suivra la même voie artistique, elle se consacre pleinement à sa passion.

Sur les planches de théâtre, son talent s’exprime dans des registres variés. Elle joue notamment dans Rididine d’Alexandre Breffort ou encore dans la célèbre pièce Blaise de Claude Magnier. Le public la retrouve aussi au théâtre Fontaine dans la pièce José de Michel Duran, ainsi que dans Gog et Magog de Gabriel Arout et Laurette ou l’Amour voleur. Ces rôles exigeants lui permettent de consolider son jeu avant de faire ses armes devant la caméra.

Au cinéma, sa présence illumine plusieurs longs-métrages. Dès 1956, elle débute dans Gueule d’ange, une comédie dramatique de Marcel Blistène. Elle y incarne un rôle secondaire dans cette histoire d’obsession artistique et de sosie mystérieux. Quelques années plus tard, en 1959, elle change de registre pour le thriller policier La Nuit des traqués. Dans ce film de Jean Kerchner, un journaliste de province cherche à acquérir la notoriété en menant une enquête criminelle.

Une complicité de vie et d’écran avec Darry Cowl

L’année 1960 marque un tournant décisif dans l’existence de Rolande Ségur. En effet, sur le tournage de la comédie Bouche cousue, elle fait la rencontre de l’irrésistible comédien. Ce film de Jean Girault, qui se déroule sous le soleil de la Côte d’Azur, scelle le début d’une longue histoire d’amour. Les deux artistes s’épousent en secondes noces quelques années plus tard, formant un couple inséparable.

Cette union intime se double d’une collaboration professionnelle fructueuse. En 1962, elle tourne à nouveau sous la direction de Jean Girault dans Les Veinards, où elle prête ses traits à la princesse Elisabeth. Puis, en 1964, elle joue le rôle de Sophie dans Jaloux comme un tigre, un long-métrage sous la direction de son propre époux. Cette comédie expose avec humour les tourments d’un mari jaloux face aux charmes d’un patron séducteur. L’actrice apparaîtra encore dans d’autres productions cinématographiques jusqu’au début des années 1970.

Le choc de l’intimité violée chez Rolande Ségur après le deuil

La disparition de Darry Cowl en 2006 laisse un vide immense pour sa compagne. Cependant, la douleur du deuil s’est doublée d’une épreuve particulièrement révoltante. Des cambrioleurs ont en effet profité de la mort de l’acteur et de l’absence de sa veuve pour s’introduire par effraction dans leur domicile commun. Cet acte malveillant a profondément marqué l’ancienne comédienne, qui a dû affronter le pillage de ses souvenirs les plus précieux.

Cette triste affaire a de nouveau attiré l’attention des médias en février 2024, ravivant de douloureux souvenirs. Face à cette violation de son espace personnel, Rolande Ségur a exprimé un profond écœurement. Elle a notamment qualifié ce délit de véritable viol de notre intimité. Ce traumatisme illustre la vulnérabilité des proches de célébrités, parfois ciblés dans les moments les plus douloureux de leur existence.

Perpétuer la mémoire d’un monstre sacré du cinéma

Malgré ces épreuves, l’autrice a choisi de transformer son chagrin en un combat pour la transmission. Elle s’investit pleinement pour faire vivre l’héritage artistique de son mari. À ce titre, la créatrice préside l’association « Vive Darry ». Cette structure décerne chaque année le prix Darry-Cowl, une récompense qui met en lumière un talent pluridisciplinaire fidèle à l’esprit facétieux et libre du comédien.

Par ailleurs, son engagement s’est concrétisé par un travail d’écriture remarquable. Sous le nom de Rolande Darricau-Kalis, l’écrivaine a publié en 2021 un ouvrage hommage intitulé Darry Cowl par ceux qui l’ont aimé. Ce livre de 208 pages, paru aux Éditions Riveneuve, rassemble des témoignages chaleureux et des anecdotes inédites. Grâce à ce travail de mémoire, Rolande Ségur continue de faire briller l’œuvre de celui qui a partagé sa vie pendant plus de quarante ans.

À travers son dévouement mémoriel, Rolande Ségur prouve que l’amour de l’art survit au temps et aux épreuves. Son action montre que préserver le patrimoine culturel d’un artiste est un geste d’amour aussi exigeant que nécessaire.


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