Le monde du spectacle vivant et de l’audiovisuel repose bien souvent sur des figures capables d’insuffler une profondeur unique à chaque projet. Ces artistes traversent les époques avec une exigence constante, enrichissant les répertoires classiques et contemporains sans chercher les feux d’une célébrité éphémère.
Le parcours d’Erick Desmarestz illustre à merveille cette trajectoire d’excellence, caractérisée par une fidélité absolue au texte et à la direction d’acteurs. À 73 ans, ce comédien chevronné, né le 19 décembre 1952, a marqué le théâtre, le cinéma et la télévision à travers des collaborations d’exception.
Les années d’apprentissage d’Erick Desmarestz de la rue Blanche à la Méthode
Les premiers pas sous l’œil des maîtres
Dès l’âge de seize ans, le jeune aspirant comédien pousse la porte du cours d’art dramatique de Raymond Girard, situé rue Vavin à Paris. Cette première immersion l’amène rapidement à rejoindre les cours de Tania Balachova, qui décèle son potentiel et le prépare activement aux concours d’entrée des grandes écoles.
Grâce à cette solide préparation, il réussit le concours de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, la célèbre Rue Blanche. Durant deux ans, l’étudiant y façonne sa technique théâtrale sous la direction de Michel Favory, Jean Périmony et François Florent. Il s’illustre alors dans des rôles exigeants, incarnant notamment le personnage principal du Roi Lear de Shakespeare ou l’archevêque Beaumont de Péréfixe dans Port Royal de Montherlant.
L’ouverture vers l’Actors Studio
Parallèlement à ses premiers engagements professionnels, notamment au prestigieux Théâtre de l’Odéon, le comédien choisit de ne pas se reposer sur ses acquis. C’est pourquoi il décide d’intégrer l’Atelier Théâtre de Blanche Salant et Paul Weaver. Au sein de cette structure, il se confronte à la célèbre « Méthode » de l’Actors Studio théorisée par Lee Strasberg, une technique qui enrichit durablement sa palette de jeu.
Pour guider cette carrière naissante, l’artiste sait s’entourer de professionnels de confiance. Il attribue ainsi une grande partie de sa réussite à ses agents artistiques historiques, à savoir Isabelle Kloucowsky, Serge Rousseau et Josette Arrigoni.
Une vie sur les planches pour Erick Desmarestz marquée par des rencontres déterminantes
La révélation aux côtés de Bernard Blier et Jean Anouilh
L’année 1981 marque un tournant majeur dans la vie théâtrale d’Erick Desmarestz. Présenté par son agente, il est engagé par le célèbre dramaturge Jean Anouilh pour incarner le personnage de Bernard dans sa pièce Le Nombril. Cette œuvre, co-mise en scène par Anouilh et l’immense Bernard Blier, rencontre un grand succès public et critique.
Le spectacle s’installe durant deux saisons au Théâtre de l’Atelier avant d’entamer une tournée d’un an à travers la France, le Benelux, la Suisse et l’Autriche. Au cours de cette aventure, une complicité profonde se noue entre le jeune acteur et Bernard Blier, que l’interprète considère encore aujourd’hui comme son véritable maître spirituel et théâtral.
Des collaborations prestigieuses au théâtre public et privé
La suite de son parcours théâtral témoigne d’une remarquable diversité de registres. Au Théâtre de l’Odéon, il donne la réplique à François Périer dans La Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller, sous la direction de Marcel Bluwal. Plus tard, en 1990, le metteur en scène Benno Besson fait appel à lui pour incarner Rousseline dans Mille francs de récompense de Victor Hugo, un spectacle présenté au Théâtre de Vidy-Lausanne puis à Chaillot.
L’artiste se distingue également par sa fidélité à certains créateurs, à l’image de Jean-Luc Tardieu. Sous sa direction, il joue dans plusieurs pièces majeures telles que Thomas More en 1987, où il rencontre l’actrice Marie Dubois, ou encore Zoo en 1993 aux côtés de Philippe Clay et Darry Cowl.
Enfin, le public se souvient de sa prestation marquante en 2010 dans Le Procès Seznec, mis en scène par Robert Hossein au Théâtre de Paris. Erick Desmarestz y incarne l’Avocat Général Guillot pour quatre-vingt-cinq représentations, dont la dernière bénéficie d’une diffusion retransmise en direct sur France 2.
Erick Desmarestz, un visage familier du grand et du petit écran
Des seconds rôles marquants au cinéma
Parallèlement à sa carrière théâtrale, l’acteur français s’impose comme un visage familier du cinéma français dès la fin des années 1970. En 1979, Henri Verneuil lui confie le rôle de Bob Dagan, l’un des assistants du procureur incarné par Yves Montand, dans le thriller politique I comme Icare.
Quelques années plus tard, il tourne sous la direction de Claude Pinoteau dans La Septième Cible, où il donne la réplique à Lino Ventura en interprétant l’inspecteur Buvard. On le retrouve également dans la comédie de Michel Blanc Marche à l’ombre, puis dans le film policier Saxo d’Ariel Zeitoun aux côtés de Gérard Lanvin.
Plus récemment, Erick Desmarestz participe à de grands succès populaires. Il prête notamment ses traits au docteur Dervaux dans le film phénomène Les Choristes de Christophe Barratier, où il tient le rôle de Monsieur Dervaux, et collabore avec Étienne Chatiliez dans La confiance règne.
Une présence incontournable à la télévision
La télévision offre à l’artiste un terrain d’expression tout aussi riche. Il débute sa carrière sur le petit écran dans l’univers de Maigret aux côtés de Jean Richard, avant de retrouver la célèbre série des années plus tard sous les traits du Juge Bonneau face à Bruno Cremer.
Les téléspectateurs ont également pu apprécier son talent dans la série policière Mafiosa sur Canal+, où il incarne le procureur Larcher durant les deux premières saisons. De plus, il se distingue dans des fictions dramatiques fortes, à l’instar de Marie Humbert, le secret d’une mère, ou du téléfilm Le Procès de Bobigny, dans lequel il campe le professeur Paul Milliez aux côtés de Sandrine Bonnaire.
Sa polyvalence lui permet même de s’illustrer à l’international. Dans la production allemande Der Mann aus der Pfalz, consacrée à la vie d’Helmut Kohl, il relève le défi d’incarner le président français François Mitterrand.
L’art de la mise en scène et la passion de transmettre
De l’adaptation de Proust à l’audace d’Oscar Wilde
Au-delà de ses talents d’interprète, Erick Desmarestz explore l’écriture et la mise en scène avec une grande liberté artistique. En 1992, il adapte et interprète un seul en scène intitulé 102 boulevard Haussmann, tiré de l’œuvre de Marcel Proust. Ce projet ambitieux, parrainé par Marie Dubois, est programmé par Jacques Weber au Théâtre national de Nice.
En 2013, il met en scène L’Important d’être Constant d’Oscar Wilde au Théâtre de Belleville. Face au désistement imprévu d’une comédienne juste avant la première, il n’hésite pas à monter lui-même sur scène pour reprendre le rôle emblématique de Lady Bracknell. Par la suite, il conçoit également un seul en scène captivant à partir des Mémoires du duc de Saint-Simon.
Former les nouvelles générations de comédiens
Cette riche expérience acquise sur les plateaux et les scènes, le comédien choisit de la mettre au service de la jeunesse. En 2008, son ancien professeur Jean Périmony l’invite à rejoindre l’équipe pédagogique de son école. L’artiste y enseigne pendant douze ans, transmettant sa passion de la recherche théâtrale à des dizaines d’étudiants.
En parallèle, il dispense également son enseignement durant trois années au sein de l’école de La Générale de Montreuil, confirmant ainsi son engagement profond pour la transmission de son art.
À travers plus de cinquante ans d’une carrière riche et diversifiée, Erick Desmarestz incarne une certaine idée de l’art dramatique, où l’exigence et l’humilité se conjuguent au quotidien. Son parcours rappelle que la force d’un acteur réside autant dans sa capacité à se fondre dans des rôles variés que dans son désir de transmettre les secrets du jeu aux générations futures.
