Le paysage de l’automobile sur internet a connu des secousses sans précédent ces dernières années. Au cœur de cette tempête, Pierre Chabrier incarne la trajectoire fulgurante d’un créateur de contenu passé du sommet de la gloire sur YouTube à une reconstruction à l’écart des caméras. Après avoir fait vibrer des millions de passionnés, l’ancien animateur traverse aujourd’hui une phase de transition majeure, marquée par des projets physiques et des batailles juridiques complexes.
En effet, la fin brutale de son duo emblématique a laissé des traces profondes dans l’écosystème numérique français. Alors que les projecteurs se sont éteints sur les plateaux de tournage, le trentenaire tente désormais de réinventer sa passion loin du tumulte des réseaux sociaux.
Les moteurs du succès : l’épopée Vilebrequin
Des bancs de l’école de cinéma aux millions d’abonnés
Né le 5 juillet 1994 à Tours, Pierre Chabrier grandit à Chantilly dans l’Oise avant de s’installer à Paris pour étudier le cinéma. Diplômé en Arts Appliqués, il commence sa carrière comme directeur de la photographie. Toutefois, c’est sa rencontre fortuite avec Sylvain Levy lors d’un covoiturage qui va sceller son destin et le propulser sur le devant de la scène numérique.
En juillet 2017, les deux complices lancent la chaîne Vilebrequin, mêlant habilement vulgarisation technique et humour décalé. Le succès ne se fait pas attendre, notamment grâce à des défis spectaculaires comme le franchissement d’un dos-d’âne à plus de 130 km/h. En sept ans d’existence, le duo produit pas moins de 282 vidéos et fédère une communauté massive de 2,5 millions d’abonnés.
Des structures financières solides
Parallèlement à sa carrière artistique, Pierre Chabrier multiplie les initiatives entrepreneuriales. Il fonde d’abord SET NEXT GEN en 2015, une entreprise spécialisée dans le conseil informatique, avant de lancer AMP HOLDING en 2019 avec son associé. Cette dernière structure, dédiée à la production audiovisuelle, rencontre une réussite financière remarquable, affichant un chiffre d’affaires de 2,3 millions d’euros en 2023. Le créateur gère également d’autres entités comme AMP CORPPIE ou une société civile immobilière basée à Chantilly, prouvant son implication précoce dans la gestion d’actifs.
Le projet fou du 1000tipla et la consécration
Le point d’orgue de leur aventure commune reste sans conteste le projet 1000tipla. Grâce à une campagne de financement participatif historique, ils récoltent un million d’euros pour transformer un modeste monospace Fiat Multipla en un monstre de mille chevaux. Cette prouesse technique leur ouvre les portes du Mondial de l’automobile de Paris et consolide leur statut d’icônes de la culture pop.
Cette popularité grandissante attire rapidement les médias traditionnels. En 2024, Pierre Chabrier et son associé co-présentent la neuvième saison de l’émission Top Gear France sur RMC Découverte. Pourtant, malgré cette consécration télévisuelle, les tensions internes s’accumulent en coulisses, menant à l’annonce surprise de la fin de la chaîne en décembre 2023.
Une séparation sous haute tension médiatique
La guerre des tranchées autour du Multipla
La rupture amiable affichée au départ s’est rapidement transformée en un conflit ouvert d’une rare violence. En août 2024, Pierre Chabrier publie une vidéo explosive accusant son ancien compère de s’être approprié illégalement le fameux prototype 1000tipla pour une somme dérisoire. De plus, le vidéaste dénonce des comportements managériaux toxiques et des clauses d’exclusivité abusives visant à l’isoler professionnellement.
La réponse de son ancien associé ne s’est pas fait attendre. Ce dernier affirme avoir acheté légalement le véhicule pour 130 000 euros afin de le maintenir en état de marche. Il accuse en retour Pierre Chabrier de malversations financières, affirmant notamment qu’il aurait retiré des fonds importants de la société commune. Ces accusations croisées ont entraîné l’ouverture de plusieurs procédures judiciaires.
Des condamnations et des polémiques en série
Les démêlés du duo ne se limitent pas à leurs querelles internes. En décembre 2023, le tribunal de Charleville-Mézières condamne Pierre Chabrier et son ex-associé à une amende de 3 000 euros chacun pour port d’arme prohibé. Cette affaire faisait suite au tournage d’une vidéo sur des vitres blindées où des tirs d’initiation avaient été organisés sans autorisation légale.
La désillusion numérique et le déclin de popularité
Cette guerre médiatique a profondément divisé leur communauté d’abonnés. Si Pierre Chabrier a d’abord bénéficié d’un élan de sympathie, la réplique très documentée de son rival a inversé la tendance au début de l’année 2025. Le public a commencé à douter de la version du vidéaste, entraînant une perte massive d’abonnés sur ses plateformes numériques personnelles.
Pour tenter de désamorcer la crise, le créateur de contenu publie en février 2025 un court-métrage parodique. Malheureusement, cette tentative de dérisions subit un rejet massif de la part des internautes, qui l’accusent de fuir ses responsabilités. Face à des difficultés financières grandissantes et à un cyber-harcèlement pesant, il annonce finalement l’arrêt de sa chaîne YouTube personnelle en juin 2025.
Le virage entrepreneurial : l’aventure de la Racebox
Loin des caméras de YouTube, le passionné d’automobile a choisi de se recentrer sur des projets ancrés dans le monde réel. En collaboration avec son associé Julien Adao, il a inauguré en janvier 2025 la Racebox, un bar-garage et centre de simulation de sports automobiles situé à Pont-Sainte-Maxence dans l’Oise. Cet espace permet aux passionnés de se rassembler et de tester leurs compétences de pilotage sur des simulateurs de pointe.
En dépit des tempêtes judiciaires et financières qui l’entourent, cette transition physique offre à Pierre Chabrier un nouveau départ. Le centre expose d’ailleurs des pièces d’exception, à l’image d’une réplique en bois de tilleul d’une célèbre voiture de collection. Ce retour aux sources terrestres montre sa volonté de préserver sa passion pour la mécanique, tout en tournant définitivement la page d’une époque numérique complexe.
La trajectoire de Pierre Chabrier illustre la complexité des associations nées sur le web, où le succès fulgurant peut rapidement consumer les relations humaines. Alors que les tribunaux s’apprêtent à trancher les différends financiers du passé, l’avenir du créateur s’écrit désormais sur l’asphalte et dans le concret de son entreprise de simulation. Une transition nécessaire pour laisser derrière soi les turbulences d’une notoriété virtuelle parfois destructrice.






