Dans le paysage cinématographique des années cinquante et soixante, certains visages incarnent avec éclat la fraîcheur et la vivacité de leur époque. La comédienne Béatrice Altariba appartient incontestablement à cette génération d’artistes qui ont illuminé les écrans français et européens par leur charme naturel et leur spontanéité.
En un peu plus d’une décennie de carrière, cette artiste s’est illustrée dans des registres très variés. Elle a conquis le grand public grâce à des comédies bondissantes, avant de prêter ses traits à des œuvres majeures du cinéma d’auteur et d’explorer les productions de genre en Italie.
Un héritage artistique et des débuts précoces
Née sous le nom de Béatrice Florence Andrée Altarriba le 18 juin 1939, la future actrice grandit au sein d’un environnement familial fortement imprégné par la création artistique. Elle est en effet la fille d’un marchand d’art, Clément Altarriba, et d’Émilienne Fort. Les origines géographiques de sa naissance suscitent parfois quelques débats selon les archives, qui hésitent entre Paris et Marseille.
Sa lignée témoigne d’un prestigieux ancrage culturel. Elle compte parmi ses aïeux le peintre postimpressionniste Émile Bernard, dont elle est la petite-fille. De plus, elle descend de la famille du célèbre poète symboliste Paul Fort, prince des poètes, dont elle est la petite-nièce selon la majorité des historiens.
Avant de se tourner vers les plateaux de tournage, la jeune femme s’oriente vers le mannequinat, la danse et le théâtre musical. Ces expériences de jeunesse forgent son aisance corporelle et son sens du rythme scénique. C’est en 1956, alors qu’elle a tout juste dix-sept ans, qu’elle fait ses premiers pas devant la caméra dans le drame social Pardonnez nos offenses.
L’ascension populaire aux côtés de Darry Cowl
La trajectoire de Béatrice Altariba prend un tournant décisif dès 1957. Elle rencontre l’acteur comique Darry Cowl, qui devient son compagnon et son fiancé. Ensemble, ils forment à l’écran un tandem particulièrement apprécié des spectateurs.
Cette alchimie explose véritablement dans la comédie à succès Le Triporteur, réalisée par Jack Pinoteau. Béatrice Altariba y interprète Popeline, une jeune femme vive dont le personnage principal tombe éperdument amoureux. Le triomphe du film installe durablement son image d’ingénue pétillante dans l’imaginaire collectif français.
Par la suite, la comédienne enchaîne les collaborations fructueuses. Au fil de sa carrière, elle tourne à huit reprises avec Darry Cowl, mais donne également la réplique à des acteurs récurrents comme Mario David sur six films et Jean-Claude Brialy à cinq reprises. Elle retrouve notamment son rôle fétiche de Popeline dans la suite intitulée Robinson et le triporteur.
Une présence remarquée dans les comédies légères
Durant la seconde moitié des années cinquante, l’actrice française multiplie les apparitions dans des divertissements populaires. On la retrouve entre autres dans :
- Lorsque l’enfant paraît (1956)
- L’Homme et l’Enfant (1956)
- L’Ami de la famille (1957)
- Le Temps des œufs durs (1958)
- Le Petit Prof (1959)
- Les Pique-assiette (1960)
Chacune de ces productions permet à l’interprète de perfectionner son jeu comique tout en consolidant son statut de jeune première auprès du public.
Des Misérables aux Yeux sans visage : l’ouverture aux rôles dramatiques
Béatrice Altariba ne s’enferme cependant pas dans le registre unique de la fantaisie légère. Dès 1958, le réalisateur Jean-Paul Le Chanois lui confie une partition d’envergure en lui confiant le rôle de Cosette adulte dans sa monumentale adaptation des Misérables, aux côtés de Jean Gabin et de Bernard Blier.
La même année, elle participe à la comédie policière Sois belle et tais-toi sous la direction de Marc Allégret. Elle y croise deux jeunes espoirs du cinéma français de l’époque, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, témoignant de sa présence au cœur de cette effervescence générationnelle.
En 1960, l’actrice livre l’une de ses prestations les plus marquantes dans le chef-d’œuvre fantastique de Georges Franju, Les Yeux sans visage. Elle y campe Paulette Meroudon, une jeune femme vulnérable prise au piège dans une clinique clandestine. Son interprétation apporte une tension palpable et une intensité dramatique saluée par la critique.
L’escapade italienne et le cinéma de genre
Au début des années 1960, le cinéma européen connaît de nombreuses coproductions transalpines. Béatrice Altariba décide alors de tenter l’aventure en Italie, pays où l’industrie du spectacle vit un véritable âge d’or. Dès 1961, elle s’installe à Rome et diversifie considérablement sa filmographie.
Elle s’illustre d’abord dans la satire avec La voglia matta de Luciano Salce, puis donne la réplique au légendaire comique Totò dans la parodie policière Totò diabolicus. Par ailleurs, elle s’essaie avec brio aux films de cape et d’épée, notamment dans Les Sept Épées du vengeur et I quattro moschettieri où elle interprète Anne d’Autriche.
Cette période internationale lui permet également de collaborer avec le réalisateur américain Roger Corman dans le film d’action The Young Racers en 1963. Elle participe ensuite à plusieurs productions d’espionnage typiques de l’époque, comme Agent 3S3 : Combat à la porte de l’enfer.
Les dernières apparitions et un retrait discret
À partir de 1965, Béatrice Altariba se voit confier des seconds rôles plus espacés. Elle apparaît notamment dans le premier épisode de la célèbre série télévisée Les Chevaliers du ciel en 1967, marquant son incursion dans l’audiovisuel moderne.
Sur le grand écran, elle effectue une courte apparition non créditée dans La Prisonnière d’Henri-Georges Clouzot en 1968. L’année suivante, elle tient son ultime rôle au cinéma dans le western crépusculaire de Robert Hossein, Une corde, un colt…, où elle incarne une femme de saloon.
Après cette expérience, l’actrice décide de quitter définitivement les plateaux à l’âge de trente ans. Elle épouse Alessandro Recchi en 1970 et choisit de mener une existence privée, loin des projecteurs et de l’agitation médiatique. En 2018, elle accepte toutefois de livrer un rare témoignage dans le documentaire télévisé consacré à son ancien partenaire Bernard Blier.
Figure solaire des comédies populaires et silhouette inoubliable de plusieurs classiques dramatiques, Béatrice Altariba conserve une place singulière dans l’histoire du septième art européen des années soixante.






