Avec sa silhouette délicate et son intensité scénique singulière, Dimitri Doré s’est imposé comme l’un des visages les plus captivants du paysage artistique contemporain. Dès ses premiers pas au cinéma, le comédien a marqué les esprits par une présence magnétique et un sens aigu de la métamorphose.
Pourtant, cette trajectoire éclatante ne doit rien au hasard. Elle puise sa force dans une formation pluridisciplinaire exigeante où le cirque, le cabaret et le théâtre d’avant-garde se croisent sans cesse. L’acteur cultive un goût prononcé pour les défis audacieux, passant d’œuvres sombres à des performances physiques remarquées.
Des pistes de cirque aux cours d’art dramatique : la genèse d’un interprète
Né en mai 1997 à Jelgava, en Lettonie, le futur comédien arrive en France à l’âge de 18 mois après avoir été adopté par une famille rémoise. Dès son plus jeune âge à Reims, le spectacle vivant le fascine, notamment l’univers des grands chapiteaux traditionnels qui nourrissent son imaginaire.
Entre 7 et 12 ans, il intègre l’école de cirque Supercrampe pour y pratiquer le trapèze, le jonglage et l’art du clown. Bien qu’il envisage d’abord de devenir instituteur, il se tourne finalement vers le jeu théâtral au lycée, conseillé par sa professeure d’italien pour surmonter des difficultés scolaires. Il affine ensuite sa technique à Paris en suivant les cours d’art dramatique à L’Éponyme, tout en travaillant comme ouvreur pour observer les acteurs chaque soir.
Le choc Bruno Reidal : la révélation de Dimitri Doré au cinéma
Alors qu’il joue déjà sur les plateaux de théâtre, le comédien Jean-Luc Vincent le remarque et le présente au réalisateur Vincent Le Port. Après plusieurs auditions, le jeune comédien décroche le rôle principal de Bruno Reidal, confession d’un meurtrier. Ce long métrage retrace l’histoire réelle d’un jeune séminariste cantalien arrêté en 1905 pour un crime atroce.
Pour incarner un jeune séminariste meurtrier, l’artiste choisit de jouer les avocats de son personnage afin de défendre son humanité sans porter de jugement moral. Présenté au Festival de Cannes en 2021 dans la section de la Semaine de la Critique, le film impressionne profondément le public et les spécialistes.
Cette composition magistrale vaut à Dimitri Doré une nomination au César du Meilleur espoir masculin en 2023. Salué par la critique, il est également couronné au festival Premiers Plans d’Angers pour cette prestation d’une intensité rare.
Un compagnonnage théâtral déterminant avec Jonathan Capdevielle
Parallèlement à ses succès cinématographiques, Dimitri Doré tisse un lien créatif privilégié avec le metteur en scène Jonathan Capdevielle. Rencontré en 2017 lors d’une audition, Capdevielle devient rapidement un véritable parrain de scène pour le jeune acteur, l’engageant aussitôt dans l’adaptation théâtrale d’un roman de Georges Bernanos.
Leur collaboration franchit une nouvelle étape avec Rémi, spectacle inspiré du roman Sans famille d’Hector Malot. Dans le rôle-titre, l’acteur s’engage dans une impressionnante tournée de plus de cent représentations à travers la France et l’Europe. Plus tard, le tandem explore l’univers d’Albert Camus en montant Caligula au Théâtre de Gennevilliers.
Leur travail commun s’illustre aussi dans des créations plus personnelles comme le spectacle Dainas. Dans ce projet solo, l’artiste choisit d’explorer ses racines lettones et son histoire d’adoption. Il mêle sur scène marionnettes et archives vidéo de son enfance, incarnant tour à tour des figures mythologiques, des clowns acrobatiques et des icônes pop.
Cabaret, voix et diversification des registres à l’écran
Refusant de s’enfermer dans un registre unique, l’acteur s’aventure également dans l’art du transformisme. Il se produit sur plusieurs scènes de cabaret parisiennes réputées, comme Madame Arthur ou Le Secret, où il affine sa maîtrise du corps et du maquillage.
Sa voix singulière lui ouvre aussi les portes du doublage audiovisuel et de la radio, notamment au sein de fictions radiophoniques pour Radio France. Au cinéma, il prête son timbre particulier à des projets originaux comme le film d’animation Pendant ce temps sur Terre de Jérémy Clapin.
Les réalisateurs font régulièrement appel à sa palette de jeu contrastée. Il partage ainsi l’affiche d’À propos de Joan avec Isabelle Huppert, rejoint l’univers comique de Bruno Podalydès dans La Petite Vadrouille, et participe à la prestigieuse série historique Carême.
Par sa curiosité insatiable et son refus des étiquettes, Dimitri Doré confirme son statut d’acteur caméléon au sein de la nouvelle garde du spectacle français. En articulant intimité biographique et métamorphoses radicales, il continue d’élargir son horizon créatif avec une liberté précieuse.






