Au sein du paysage audiovisuel français, rares sont les artistes qui concilient une formation en école de commerce, un engagement artistique d’avant-garde et une carrière cinématographique de premier plan. Laure Duthilleul incarne précisément cette polyvalence singulière, naviguant avec aisance entre les plateaux de tournage, les scènes de théâtre et les bureaux d’écriture.
Révélée au grand public dès le début des années 1980, elle s’est imposée par un jeu d’une grande justesse avant de passer elle-même derrière la caméra. Son travail met en lumière une sensibilité tournée vers l’humain et une curiosité constante pour les formes narratives variées.
Des racines familiales aux bancs des grandes écoles
Née à Versailles le 14 janvier 1959, la future artiste grandit au cœur d’un environnement familial profondément marqué par l’architecture. Elle est la fille de l’architecte Jean Duthilleul et la sœur de Jean-Marie Duthilleul, figure majeure de la conception de gares ferroviaires contemporaines. Après sa scolarité au lycée Victor-Duruy à Paris, son parcours académique prend une direction inattendue.
Contre toute attente pour une future actrice, elle intègre l’école des hautes études commerciales (HEC) à Jouy-en-Josas, dont elle sort diplômée. Cette rigueur analytique ne l’éloigne pourtant pas du monde du spectacle. Grâce à sa rencontre déterminante avec la directrice de casting Margot Capelier, elle fait ses premiers pas sur les planches en 1982 dans L’Atelier de Jean-Claude Grumberg, sous la direction de Maurice Bénichou.
L’aventure théâtrale et l’ancrage engagé à Uzeste
Sur scène, la comédienne enchaîne rapidement les projets marquants en collaborant avec de grands metteurs en scène, notamment Luc Bondy pour Terre étrangère ou Pierre Pradinas pour La Mouette. Parallèlement, sa vie personnelle et artistique prend un tournant décisif lorsqu’elle partage la vie du compositeur Bernard Lubat, avec qui elle donne naissance à un fils, Louis Lubat, devenu batteur.
Elle s’installe alors partiellement en Gironde et s’investit corps et âme dans le projet de la Compagnie Lubat. Dès 1985, elle prend des responsabilités concrètes d’administratrice, mettant à profit ses compétences de gestionnaire. Devenue membre fondatrice de la Nouvelle Compagnie Lubat de Gascogne en 1989, Laure Duthilleul s’engage aussi dans la vie locale en devenant conseillère municipale du village.
Durant cette période d’effervescence créative qui dure jusqu’à la fin des années 1990, elle co-réalise de nombreux spectacles pour le festival Uzeste Musical et participe à des performances marquantes, comme une cantate pour mille voix présentée au Parc de la Villette. Elle poursuivra ensuite ses explorations scéniques à Paris, notamment en dirigeant la pièce Europeana au Théâtre de La Pépinière en 2008.
Une présence remarquée au cinéma et à la télévision
Sur les écrans, la carrière de Laure Duthilleul compte plusieurs dizaines de productions pour le cinéma et le petit écran, marquées par plusieurs sélections au Festival de Cannes.
De la révélation du Destin de Juliette aux films d’auteur
Après des apparitions initiales dans Très insuffisant et Diva, elle tourne sous la direction de Robert Kramer dans le long métrage À toute allure en 1982. La consécration critique arrive dès l’année suivante avec Le Destin de Juliette, réalisé par Aline Issermann. Son interprétation poignante du rôle-titre, face à Richard Bohringer, lui vaut d’être nommée au César du meilleur espoir féminin en 1984.
Fidèle à un cinéma d’auteur exigeant, elle collabore ensuite avec Mehdi Charef (Le Thé au harem d’Archimède, Au pays des Juliets), Patricia Mazuy (Peaux de vaches) ou encore Manuel Poirier (À la campagne). Au fil des décennies, l’actrice française enrichit sa filmographie auprès de créateurs variés, apparaissant dans des œuvres comme Marie Heurtin de Jean-Pierre Améris ou plus récemment Goutte d’or de Clément Cogitore.
Télévision et rôles de composition
À la télévision, l’interprète multiplie les apparitions remarquées depuis les années 1980. Elle prête son talent à de nombreuses fictions historiques et dramatiques, dirigée entre autres par Jean-Daniel Verhaeghe, Denis Malleval ou Hervé Baslé. Parmi ses rôles emblématiques figure celui de la duchesse de Langeais dans le téléfilm éponyme en 1995, ainsi que des participations à des sagas populaires telles que Le Destin des Steenfort.
Le passage derrière la caméra et le travail d’écriture
Forte de son expérience auprès de réalisateurs exigeants, l’artiste choisit tout naturellement d’explorer la mise en scène cinématographique. En 2004, elle réalise son premier long métrage, le drame intime À ce soir, porté par Sophie Marceau. Le film, dont elle signe également le scénario et les dialogues, est retenu dans la section Un certain regard lors du Festival de Cannes, saluant la délicatesse de son regard.
Cette collaboration artistique débouche sur d’autres projets partagés. Elle participe ainsi à l’écriture de la comédie Madame Mills, une voisine si parfaite, réalisée par Sophie Marceau en 2018. En parallèle de ses propres réalisations de fiction ou documentaires, la scénariste développe activement des intrigues policières pour la télévision, comme l’histoire de fictions policières régionales diffusées avec succès sur les chaînes publiques.
L’itinéraire de Laure Duthilleul témoigne d’une grande liberté artistique, guidée par le goût du collectif et le renouvellement constant. En alternant le jeu, l’écriture de fiction et la direction d’acteurs, elle continue d’enrichir la création audiovisuelle contemporaine avec une remarquable discrétion.






