Comment concilier le développement d’un intellect hors du commun et la préservation d’une enfance joyeuse et insouciante ? C’est autour de cette interrogation fondamentale que s’articule le long-métrage Mary (intitulé Gifted en version originale), une œuvre qui plonge le spectateur dans les méandres de l’éducation d’une enfant surdouée.
Réalisé par Marc Webb, ce drame intimiste met en scène le combat poignant d’une famille déchirée entre deux visions de l’existence. À travers l’histoire de cette jeune protagoniste de sept ans, le film soulève des questions éthiques essentielles sur la réussite, la transmission et le droit à la normalité.
Un combat familial et philosophique autour d’une garde partagée
L’intrigue de Mary se déroule à St. Petersburg, en Floride, où la jeune fille vit sous la tutelle de son oncle Frank Adler. Ce dernier, ancien professeur de philosophie reconverti en réparateur de bateaux, tente d’offrir une vie ordinaire à sa nièce. Il respecte ainsi la volonté de la mère de l’enfant, Diane, une mathématicienne de génie qui s’est suicidée alors que Mary n’avait que six mois.
La situation bascule le jour où les capacités hors normes de la fillette sont révélées à l’école publique locale. Refusant de voir sa nièce traitée comme un objet de foire, Frank s’oppose à son intégration dans une école spécialisée. C’est alors qu’intervient Evelyn, la grand-mère maternelle de Mary. Cette mathématicienne froide et ambitieuse estime que le génie de sa petite-fille doit être exploité au service de la société, quitte à sacrifier son enfance. Une bataille juridique féroce s’engage alors pour obtenir la garde de l’enfant, exhumant au passage de lourds secrets de famille.
Une distribution lumineuse portée par des performances saluées
Le succès de Mary repose en grande partie sur l’alchimie de son casting. Dans le rôle de l’oncle protecteur, Chris Evans offre une prestation tout en sobriété et en nuance. Ce rôle plus intimiste a permis à l’acteur de marquer une rupture réussie avec ses personnages physiques de super-héros au cinéma.
La véritable révélation du film reste toutefois la jeune Mckenna Grace, alors âgée de dix ans lors du tournage. Son interprétation naturelle et mature a été unanimement saluée par la critique. Pour accompagner ce duo, le long-métrage s’appuie sur des seconds rôles solides :
- Lindsay Duncan, glaciale et déterminée dans le rôle de la grand-mère Evelyn ;
- Jenny Slate, qui incarne avec justesse Bonnie Stevenson, l’institutrice bienveillante ;
- Octavia Spencer, dans le rôle de Roberta Taylor, la voisine chaleureuse et protectrice.
Entre émotion populaire et débats sur la représentation de la douance
Lors de sa sortie, le long-métrage a rencontré un accueil public extrêmement chaleureux, obtenant notamment le Prix du public au Festival du film américain de Deauville en 2017. Les spectateurs ont massivement plébiscité la sensibilité de l’histoire et l’efficacité émotionnelle de la mise en scène.
Cependant, la critique s’est montrée plus partagée. Certains spécialistes et spectateurs pointent du doigt les invraisemblances scientifiques du scénario écrit par Tom Flynn. Le fait que Mary puisse résoudre des équations complexes liées au problème de Navier-Stokes sans éducation formelle préalable est jugé irréaliste. Pour certains, cette représentation alimente le cliché de l’enfant surdoué « singe savant », s’éloignant de la réalité vécue par les personnes à haut potentiel intellectuel (HPI). D’autres regrettent également un scénario aux ficelles hollywoodiennes un peu trop prévisibles.
Malgré ces quelques réserves techniques, le film conserve une force émotionnelle indéniable. Il rappelle avec justesse que l’intelligence du cœur et le bonheur d’un enfant sont des richesses tout aussi précieuses que le plus brillant des esprits scientifiques.
