Comment capter l’essence de notre époque à travers l’objectif d’une caméra ? Au Québec, le nom de Mathieu Roy résonne comme celui d’un observateur aiguisé des grands bouleversements de notre société. Ce cinéaste montréalais s’est forgé une solide réputation en explorant des thématiques complexes, allant de la crise écologique aux dérives du progrès technologique.
Par son approche rigoureuse, il transforme chaque sujet en une réflexion profonde sur la condition humaine. Son parcours unique témoigne d’un engagement constant pour un cinéma à la fois esthétique et socialement percutant.
De la science politique aux plateaux de Martin Scorsese
Rien ne destinait initialement Mathieu Roy à embrasser une carrière derrière la caméra. Originaire de Montréal, il s’oriente d’abord vers des études en sciences politiques, qu’il complète par une brève incursion dans le milieu du journalisme. Cependant, sa passion pour l’image le rattrape rapidement. En 2001, il décide de franchir le pas en entamant une formation en cinéma à la prestigieuse New York Film Academy.
De retour au Canada l’année suivante, il intègre L’inis (Institut national de l’image et du son). Il y réalise quatre courts-métrages formateurs. C’est dans ce cadre qu’il rencontre le réalisateur François Girard, dont il devient le collaborateur. Fort de cette dynamique, il décroche en 2003 une opportunité exceptionnelle en travaillant comme assistant personnel de Martin Scorsese durant le tournage du long-métrage The Aviator. Cette expérience auprès d’un maître du septième art marque profondément sa vision du métier.
Une œuvre éclectique entre portraits artistiques et géopolitique
Dès ses débuts en tant que réalisateur indépendant, le cinéaste démontre une grande polyvalence thématique. En 2005, il signe le documentaire François Girard en Trois Actes, un portrait intime qui remporte le prix Gémeau du meilleur documentaire culturel. L’année suivante, il s’associe au journaliste Pierre Nadeau. Ensemble, ils réalisent La Peau de Léopard, une œuvre consacrée au conflit israélo-palestinien.
Le cinéaste continue d’explorer l’art sous toutes ses formes en 2009 avec Mort à Venise : un voyage musical avec Louis Lortie. Ce film fait l’ouverture du Festival international du film sur l’art (FIFA) et s’exporte jusqu’au Musée du Louvre. Changement de décor radical en 2011 : il s’intéresse au grand argentier de la Formule 1 dans le documentaire Ecclestone : la Formule du Pouvoir, produit pour Radio-Canada.
Le triomphe international de Surviving Progress
C’est en 2011 que la carrière de Mathieu Roy prend une dimension planétaire avec la sortie du long-métrage documentaire Surviving Progress. Co-réalisé et scénarisé par ses soins, le réalisateur tourne ce projet ambitieux en Chine, au Brésil et en Amérique du Nord. Le film interroge les limites de notre modèle de croissance et pose une question cruciale : le progrès va-t-il causer notre perte ?
Présenté au Festival international du film de Toronto (TIFF), le documentaire connaît un immense succès critique et public. Le long-métrage s’exporte dans une vingtaine de territoires. De plus, des chaînes prestigieuses comme ARTE ou la BBC le diffusent à l’international. Le célèbre critique américain Roger Ebert qualifie d’ailleurs le film de glaçant, divertissant et cohérent dans ses colonnes.
Le passage à la fiction et les projets futurs
Après le succès de ses documentaires, il choisit d’explorer le cinéma de fiction. En 2013, il écrit et réalise L’Autre Maison, un drame familial poignant centré sur la maladie d’Alzheimer. Porté par des acteurs de renom comme Roy Dupuis et Marcel Sabourin, ce long-métrage confirme son talent pour aborder des sujets intimes avec pudeur.
Toujours en quête de nouveaux récits, le cinéaste travaille sur plusieurs projets prometteurs. Parmi eux figure The Hungry Half, un documentaire impressionniste sur la crise alimentaire mondiale et le monde paysan. Il prépare également Toutes les mémoires du monde, un hommage à la préservation du patrimoine cinématographique directement inspiré des initiatives de Martin Scorsese.
Notons qu’il convient de ne pas confondre ce réalisateur avec ses homonymes. En effet, le public l’associe parfois à tort au hockeyeur professionnel ou à l’athlète québécois de softball. Le parcours de Mathieu Roy demeure unique, ancré dans une volonté farouche de documenter la complexité de notre époque.
Grâce à son regard lucide et son esthétique soignée, le cinéaste continue de poser des questions essentielles sur l’avenir de notre civilisation. Ses créations s’annoncent comme des rendez-vous incontournables pour les amoureux d’un cinéma intelligent.






