Blanche Gardin marche aux côtés d'un robot dans un monde merveilleux au décor futuriste et crépusculaire

Un monde merveilleux : Blanche Gardin face à la dystopie robotique de Giulio Callegari

À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit nos vies, le cinéma français s’empare de nos angoisses technologiques sur le ton de la satire. Dans cette perspective, le réalisateur Giulio Callegari livre avec un monde merveilleux une comédie grinçante sur notre dépendance aux machines. Ce premier long-métrage de fiction met en scène une société future où l’humain semble de plus en plus superflu.

L’intrigue suit Max, incarnée par Blanche Gardin, une ancienne professeure de mathématiques devenue marginale et résolument technophobe. Vivant de petites combines avec sa fille Paula, elle planifie le vol d’un robot de dernière génération pour le revendre au marché noir. Cependant, son plan déraille lorsqu’elle se retrouve avec un modèle obsolète nommé Théo, un robot T-O maladroit et naïf. Ce dernier provoque accidentellement le retrait de la garde de sa fille par les services sociaux, forçant Max à s’associer avec la machine dans un road-trip inattendu.

Une société automatisée au bord de l’absurde

Derrière les ressorts classiques du road-movie, le film dépeint un monde merveilleux en apparence, mais profondément déshumanisé par la technologie. Dans ce futur proche, les machines gèrent les tâches quotidiennes les plus sensibles, comme les soins aux personnes âgées ou l’éducation. En revanche, une exception subsiste en France : seule la police recrute encore des humains. Cette ironie dramatique permet au réalisateur de livrer une critique sociale féroce, symbolisée par un poster de commissariat affichant ironiquement « Humains recherchés ».

Pour porter cette histoire, le cinéaste s’appuie sur un duo d’actrices contrasté. Blanche Gardin déploie son jeu habituel, à la fois brut, dépressif et cash, idéal pour incarner cette mère punk en lutte contre le système. Face à elle, Angélique Flaugère prête son corps au robot Théo. La complicité forcée entre cette femme révoltée et cette machine trop polie devient le moteur émotionnel d’un récit qui interroge notre propre humanité.

Une esthétique lo-fi loin des blockbusters

Contrairement aux productions hollywoodiennes gourmandes en images de synthèse, Giulio Callegari fait le choix du minimalisme. Pour donner vie à un monde merveilleux mais usé, la production a banni les effets numériques par ordinateur. C’est donc une actrice sous un costume physique qui incarne le robot Théo. Ce parti pris confère au personnage une présence concrète et une maladresse touchante, renforçant l’aspect artisanal de cette fable d’anticipation.

Visuellement, le long-métrage s’éloigne des représentations futuristes lisses et blanches. Les décors d’Anne-Sophie Delseries installent une atmosphère singulière, qualifiée par l’équipe d’esthétique « IKEA cramé ». Ce mélange de teintes ternes et de lumières colorées, oscillant entre le bleu glacial de la solitude et le jaune de l’espoir, installe une ambiance mélancolique. Cette identité visuelle est soutenue par les nappes électro sobres et discrètes de la bande originale signée Roscius.

Un accueil contrasté pour une satire singulière

Diffusé en salles au printemps 2025, un monde merveilleux a suscité des réactions diverses auprès des spectateurs et de la critique. Certains observateurs saluent une comédie dystopique futée et minimaliste, portée par un rythme serré d’une heure et dix-huit minutes. Néanmoins, d’autres critiques regrettent une morale parfois trop simpliste ou une charge technophobe un peu paresseuse. En Belgique, le film a d’ailleurs écopé d’une classification interdite aux moins de douze ans en raison de son langage cru et de l’usage de substances.

Malgré ces clivages, l’œuvre confirme le goût du réalisateur pour l’humour grinçant et les sujets de société contemporains. Giulio Callegari avait déjà exploré les dérives du numérique en co-écrivant le film à sketchs Selfie en 2019, dans lequel jouait déjà Blanche Gardin. Produit avec un budget modeste de 2,5 millions d’euros, ce premier long-métrage trace une voie singulière dans le paysage cinématographique français, loin des sentiers battus de la science-fiction traditionnelle.

En explorant les failles d’une société ultra-connectée, cette comédie invite finalement à redécouvrir la valeur de nos imperfections et de nos liens réels. Alors que les technologies continuent de transformer notre quotidien, ce voyage absurde nous rappelle qu’aucune machine ne pourra remplacer la complexité d’un cœur humain.


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