Image en noir et blanc montrant Philippe Lemaire à deux âges différents

Philippe Lemaire : un nom pour deux destins entre ombre et lumière

Certains noms résonnent d’un double écho dans l’histoire culturelle française, dessinant des trajectoires aussi fascinantes que distinctes. C’est notamment le cas lorsque l’on évoque Philippe Lemaire, un patronyme partagé entre le septième art du XXe siècle et la vitalité de la littérature contemporaine. D’un côté se révèle un comédien au charme ténébreux, figure marquante des écrans des années cinquante. En revanche, l’autre facette dévoile un ancien grand reporter dont les récits captivent les lecteurs d’aujourd’hui.

Le premier visage de Philippe Lemaire, acteur au charme trouble du cinéma français

Des blessures de l’enfance aux feux de la rampe

Né le 14 mars 1927 à Moussy-le-Neuf, le futur comédien grandit sous le signe de l’absence. En effet, son père meurt lorsqu’il a deux ans, puis sa mère disparaît à ses neuf ans. Cette enfance brisée le conduit à perdre ses parents très jeune. Par conséquent, il passe sa jeunesse en pensionnat au Pays basque, sous la tutelle d’une demi-sœur et d’une grand-tante. Pour financer ses études jusqu’au baccalauréat, il doit toutefois travailler très tôt.

Attiré un temps par la marine, il choisit finalement une tout autre voie. Il travaille d’abord comme modèle de mode et figurant. Puis, un coup de foudre pour le théâtre le pousse vers le Cours Simon pour y suivre une formation d’un an. Son physique avantageux et son sourire ravageur lui ouvrent rapidement les portes des studios. Cependant, derrière cette allure de jeune premier, il se spécialise dans les rôles de mauvais garçons, de traîtres ou de personnages veules.

Les années de gloire d’un jeune premier singulier

Dès l’âge de dix-sept ans, Philippe Lemaire fait ses premiers pas devant la caméra. Il tourne notamment aux côtés d’Édith Piaf dans Étoile sans lumière et collabore avec de grands cinéastes comme Henri Decoin ou Jean-Pierre Melville. Malgré ces débuts prometteurs, le comédien connaît des déceptions majeures. Ainsi, il se voit perdre le rôle au profit de Michel Auclair pour le personnage du chevalier des Grieux dans le film Manon.

Pourtant, sa carrière s’accélère au tournant des années cinquante. Au théâtre, il reprend le rôle principal de la pièce Ils ont vingt ans, un succès qu’il transpose ensuite sur grand écran. Sa vie sentimentale passionne également le public de l’époque. Après avoir épousé la célèbre chanteuse Juliette Gréco le 25 juin 1953, il devient père d’une fille prénommée Laurence-Marie. Cette union tumultueuse, suivie d’une liaison intense avec la comédienne Jeanne Moreau, achève d’installer durablement le jeune premier sous les projecteurs de l’actualité.

Du déclin de Philippe Lemaire durant les années soixante jusqu’à la tragédie finale

Toutefois, l’arrivée de la Nouvelle Vague bouscule sa trajectoire dans les années soixante. Relégué aux seconds rôles, il se réinvente avec brio dans le cinéma de cape et d’épée. Il prête ainsi ses traits au personnage de Vardes dans la saga historique à succès consacrée à Angélique. Il donne également la réplique à Jean-Paul Belmondo dans le célèbre film Cartouche.

À partir des années soixante-dix, la télévision devient son principal refuge. Philippe Lemaire effectue pourtant un retour remarqué au début des années 2000 dans la comédie Gomez & Tavarès. Ses ultimes longs-métrages, dont Arsène Lupin, sont sortis sur les écrans à titre posthume. C’est ainsi que, le lendemain de son soixante-dix-septième anniversaire, le 15 mars 2004, l’artiste choisit de mettre fin à ses jours dans le métro parisien.

Le second visage : Philippe Lemaire, la plume et l’encre du réel

Du grand reportage à l’écriture romanesque

Loin des plateaux de cinéma, un autre homme partage ce patronyme avec exigence. D’origine ardennaise, ce second Philippe Lemaire s’établit durant de nombreuses années au cœur de la région Rhône-Alpes. Pendant longtemps, il travaille comme grand reporter pour la télévision. Il a notamment présenté le journal télévisé régional de France 3 Rhône-Alpes Auvergne.

Parallèlement, cet observateur attentif explore d’autres formes d’expression artistique. Auteur de chansons et réalisateur de documentaires, il se consacre désormais pleinement à l’écriture. Son style conjugue ainsi la rigueur de l’enquête journalistique et l’imagination romanesque, s’attachant à décrire la fragilité des êtres et la force des souvenirs.

Une fresque littéraire ancrée dans l’histoire

Depuis la publication de son premier roman en 2003, l’écrivain construit une œuvre dense. Ses intrigues aiment faire revivre des époques charnières. Par exemple, son ouvrage Des nerfs d’acier plonge le lecteur dans le Paris du XIXe siècle, au cœur du chantier de la tour Eiffel. L’année suivante, il ressuscite l’atmosphère des Ardennes dans L’Arpenteur de rêves.

Cette sensibilité se confirme avec son roman La Gamine sans étoile, publié à la fin de l’année 2023. À travers le destin d’une pianiste surdouée, l’auteur livre un récit profondément humaniste et émouvant. Qu’il s’agisse d’espionnage industriel au XVIIe siècle ou de drames intimes, ses livres offrent une plongée captivante dans la mémoire collective.

Qu’il s’agisse du comédien tragique au regard magnétique ou du romancier à la plume historique, le nom de Philippe Lemaire demeure indissociable d’une certaine élégance de la culture française. En traversant le siècle par l’image ou par le texte, ces deux destins rappellent le pouvoir éternel des récits pour conjurer l’oubli.


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