Philippe Aubert apparaît en quatre facettes distinctes dans cette image.

Un nom, quatre destins : les mille facettes de Philippe Aubert

Partager un patronyme courant réserve parfois d’étonnantes surprises dans l’espace public. En France, le nom de Philippe Aubert évoque instantanément des univers radicalement différents, de la verve radiophonique à l’engagement social, en passant par la théologie et la création de mondes imaginaires. Cette homonimie singulière dessine une mosaïque de parcours remarquables qui ont marqué, chacun à leur manière, la culture et la société contemporaines.

Derrière cette identité partagée se cachent en réalité quatre hommes aux trajectoires singulières. Qu’ils s’expriment par la satire, par le combat contre le handicap, par la foi ou par la plume romanesque, ils incarnent tous une forme de passion communicative. Découvrir leurs histoires permet de traverser un demi-siècle de vie intellectuelle, médiatique et spirituelle française.

La plume acerbe des ondes : la verve du chroniqueur Philippe Aubert

Né en 1950 à Paris, Philippe Aubert commence sa carrière dans la presse écrite à la fin des années 1960. Il fait ses premières armes au journal Combat avant de prêter sa plume à des rédactions prestigieuses comme La Croix, Le Canard Enchaîné, L’Express ou encore Le Monde. Cependant, c’est à la radio que l’ancien journaliste va véritablement rencontrer son public.

Une voix satirique marquante sur Europe 1

Sur les ondes d’Europe 1, il anime chaque matin une revue de presse très personnelle intitulée Le Kiosque. Le chroniqueur y déploie un ton résolument satirique, moqueur et volontairement mégalomane. Il s’amuse notamment à écarter les signatures de la presse régionale pour dénoncer ce qu’il qualifie de syndrome parisien, fustigeant le centralisme des rédactions de la capitale.

Ses piques quotidiennes n’épargnent personne. Durant deux mois, il prend ainsi pour cible la présentatrice de télévision Marie-France Cubbada, avant de jeter son dévolu satirique sur l’écrivaine Marguerite Duras. Ce style mordant séduit pourtant jusqu’au sommet de l’État, provoquant l’hilarité du porte-parole du Premier ministre de l’époque. Admirateur de Jean Dutourd, l’éditorialiste politique s’éteint prématurément en 1998, laissant derrière lui plusieurs ouvrages, dont des correspondances fictives et un guide du savoir-vivre.

En dehors des micros, l’essayiste publie plusieurs ouvrages de référence :

  • Ces voix qui nous gouvernent en 1979 ;
  • Les Bugatti en 1981 ;
  • Franchise postale en 1988, un recueil de lettres imaginaires ;
  • Elles – Pour en finir une fois pour toutes avec les femmes en 1992 ;
  • Une version révisée du célèbre Guide du savoir-vivre en 1993.

Le combat pour la dignité : le parcours de Philippe Aubert face au handicap

Un autre destin marquant s’incarne en la personne de Philippe Aubert, né au début des années 1980. Atteint d’une infirmité motrice cérébrale de type athétosique, il fait face à une dépendance physique totale. En effet, privé de la parole et de l’usage de ses membres, il communique uniquement par des mouvements de tête et d’yeux, une situation qui pousse son père à le décrire comme un esprit brillant captif d’un corps immobile.

Loin de se résigner, il mène de brillantes études supérieures. Accompagné de son auxiliaire de vie et traducteur Jackson Sintina, il décroche un Master 2 de sociologie à l’Université de Nanterre en 2014, avant de valider un Master spécialisé dans les pratiques inclusives. De plus, son fidèle compagnon de route l’aide au quotidien, allant jusqu’à saisir son mémoire de recherche de plusieurs centaines de pages.

Une force intellectuelle au service de l’inclusion

Devenu consultant-formateur, Philippe Aubert met aujourd’hui son expertise au service des entreprises et des institutions. Il combat inlassablement les préjugés et les lourdeurs bureaucratiques pour faciliter l’intégration des personnes en situation de handicap. Son action l’amène également à présider un conseil éthique au sein du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH).

Son engagement se manifeste aussi sur le terrain événementiel. En 2018, il devient le porte-parole de la première édition de la Nuit du Handicap, un événement festif visant à changer le regard de la société. Il retrace ce parcours exceptionnel dans son autobiographie, Rage d’exister, coécrite avec Sophie Jacolin.

Ses écrits et travaux de recherche comprennent notamment :

  • L’autobiographie Rage d’exister parue en 2018 ;
  • La tribune « « Je serai un homme » » publiée en 2016 ;
  • Une étude sur l’apport des technologies publiée dans un recueil collectif en 2022 ;
  • Un article de recherche coécrit dans la revue Rhizome en 2024.

Entre foi, éthique et histoire : l’engagement de Philippe Aubert dans le protestantisme

La théologie et l’engagement citoyen caractérisent le parcours d’un troisième Philippe Aubert, né en 1958 à Mulhouse. Formé au sein des facultés de Paris et de Genève, il s’installe ensuite en Alsace comme pasteur de la paroisse Saint-Paul de Mulhouse. Très vite, il s’implique dans les instances dirigeantes de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL).

Durant sa carrière, il assume d’importantes responsabilités régionales, présidant notamment le consistoire du Haut-Rhin pendant douze ans. Homme de dialogue et d’éthique, il s’investit dans la vie associative locale, de la Fondation de la Maison du Diaconat à la commission interreligieuse du département. Son action publique lui vaut d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur en 2007.

Un théologien ancré dans la cité

Ce pasteur n’hésite pas à prendre publiquement position sur des sujets sensibles. Il dénonce ainsi avec force les pratiques d’une église évangélique charismatique locale, y voyant des dérives sectaires et des méthodes de manipulation. Parallèlement, ses recherches académiques se concentrent sur la pensée d’Albert Schweitzer, l’histoire du calvinisme et les liens entre protestantisme et franc-maçonnerie.

Auteur prolifique, il publie de nombreux essais théologiques et romans historiques. En 2025, il a notamment partagé ses analyses sur les écrits d’Albert Schweitzer dans la revue Études théologiques et religieuses. Ses travaux illustrent un désir constant de faire dialoguer la foi chrétienne avec les enjeux culturels et historiques de notre temps.

Ses publications majeures regroupent :

  • Des essais historiques comme Calvin (2009) ou Foi et Histoire (2003) ;
  • Des romans historiques à l’instar de La Malédiction de Darwin (2007) ;
  • Des études théologiques, notamment Gabriel Vahanian. Penseur de l’utopie chrétienne (2016) ;
  • Des ouvrages patrimoniaux, comme son étude des inscriptions murales du Temple Saint-Paul en 2021.

L’art du récit et de l’imaginaire : Philippe Aubert, l’écrivain aux multiples visages

Enfin, le monde de la fiction et du divertissement abrite un quatrième Philippe Aubert, né en 1960 dans le Jura. Diplômé en philosophie et en sciences de l’éducation, cet auteur mène une double carrière d’écrivain et de scénariste. Pour signer ses nombreuses créations, il utilise fréquemment des pseudonymes tels que Greg Newman ou Phil de Molay.

Sous le nom de Greg Newman, il s’impose dans le domaine de la bande dessinée en signant une trentaine d’albums. Il conçoit des récits originaux mais se spécialise aussi dans l’adaptation officielle de grands succès cinématographiques. Ses scénarios donnent ainsi vie aux versions dessinées de licences célèbres comme Shrek et L’Âge de Glace.

Des scénarios de jeux vidéo aux romans de fantasy

Son talent de conteur s’exprime également dans l’industrie vidéoludique. Ainsi, il élabore des trames narratives complexes pour des jeux PC et consoles pour le compte de grands éditeurs internationaux. En parallèle, il publie sous son propre nom des romans de fantasy, des recueils de nouvelles et anime des ateliers d’écriture pour transmettre son savoir-faire aux auteurs en herbe.

Ses contributions littéraires et ses distinctions comprennent :

  • Les trilogies romanesques Noeland et Teutonik parues en 2014 ;
  • Le recueil de nouvelles Boxer dans le vide publié en 2016 ;
  • Le prix international Hemingway obtenu en 2015 ;
  • Le prix Gustav Meyrink de littérature de l’imaginaire décerné en 2021 pour sa nouvelle L’art des condoléances.

Qu’ils s’expriment par la force des ondes, le combat pour l’inclusion, la théologie ou l’art du récit, ces quatre hommes démontrent qu’un même nom peut abriter des passions d’une incroyable diversité. Leurs parcours respectifs rappellent que la richesse d’une vie réside toujours dans la singularité de l’engagement et de la transmission.


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