Sur les podiums de la haute couture comme devant la caméra, sa silhouette longiligne et sa présence magnétique ne laissent personne indifférent. À seulement trente ans, la mannequin et actrice française Raya Martigny s’est imposée comme une figure incontournable de la création contemporaine, traçant un chemin singulier entre son île natale de La Réunion et les projecteurs parisiens. À travers ses choix artistiques et ses engagements, elle redéfinit les standards de l’industrie de la mode et du cinéma avec une détermination tranquille.
Une enfance réunionnaise et le déclic de la mode
Raya Martigny grandit à La Réunion dans un univers déjà marqué par le textile, ses parents y possédant un magasin de confection. Très tôt, l’adolescente se passionne pour l’univers de la mode en feuilletant les magazines et en explorant la plateforme Tumblr. C’est à l’âge de douze ans qu’elle commence à s’interroger sur son identité de genre. Deux moments esthétiques majeurs vont agir comme des révélateurs : la campagne Givenchy de l’automne 2010 mettant en scène Lea T, et le défilé Jean Paul Gaultier de 2011 clôturé par Andreja Pejić. Forte de ces inspirations, elle décide d’annoncer sa transidentité à sa mère à l’âge de dix-sept ans.
L’exil parisien et les premiers pas vers la lumière
Déterminée à vivre pleinement sa vérité et à poursuivre ses rêves, elle quitte son île à seize ans pour s’installer à Paris, munie d’un CAP de coiffure. Elle commence sa transition hormonale alors qu’elle travaille dans un salon de coiffure près du métro Réaumur-Sébastopol. Sa famille fait preuve d’une grande bienveillance en acceptant sa transition en l’espace de deux mois seulement. Cependant, le milieu professionnel de la mode se montre initialement frileux. À ses débuts, les agences de mannequinat la rejettent fréquemment, la jugeant inclassable : trop féminine pour les défilés masculins et trop masculine pour les défilés féminins. Loin de se décourager face à ces obstacles, elle persévère et commence à se faire remarquer sur les podiums à partir de l’année 2018.
La consécration sur les podiums et l’impact mondial
Le début de la décennie marque un tournant majeur pour sa carrière. Le 22 janvier 2020, elle réalise son rêve d’enfant en venant défiler au Théâtre du Châtelet pour l’ultime show de Jean Paul Gaultier, maison dont elle devient l’une des égéries majeures. Dès lors, les collaborations prestigieuses s’enchaînent avec des marques emblématiques comme Calvin Klein, Gucci ou Maison Margiela. Elle prête également ses traits au célèbre parfum Angel de Thierry Mugler. Plus récemment, elle a participé au mémorable défilé pour Louis Gabriel Nouchi en janvier 2025 et a collaboré avec le collectif Matières Fécales en mars 2026. Sa notoriété internationale l’amène à faire la couverture de magazines réputés tels que Vogue Scandinavia ou Acne Paper. À l’été 2024, elle participe au show d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, une vitrine mondiale qui lui vaut une immense vague de soutien malgré quelques réactions hostiles en ligne.
Une actrice de caractère dans le cinéma d’auteur
Parallèlement à sa carrière de mannequin, Raya Martigny s’épanouit devant la caméra depuis près de dix ans. Elle collabore régulièrement avec le réalisateur Alexis Langlois, notamment dans le court-métrage de science-fiction De la terreur, mes sœurs ! en 2019, puis dans le long-métrage acclamé Les Reines du drame en 2024, où elle a incarné le personnage de Séverine Attord. En 2026, elle brille dans Les Matins merveilleux d’Avril Besson aux côtés d’India Hair, un projet pour lequel elle avait pourtant passé le casting huit ans auparavant en raison des délais de financement. Lors de la 79e édition du Festival de Cannes en mai 2026, elle présente ce film en séance spéciale tout en officiant comme membre du jury de la Queer Palm.
Un engagement sincère pour la visibilité et la transmission
Profondément attachée à ses racines, elle refuse de couper les ponts avec son histoire. Elle s’illustre comme la marraine de l’association Requeer, une structure qui soutient activement les personnes LGBTQIA+ à La Réunion. En 2025, elle conçoit avec son compagnon, le photographe Édouard Richard, le projet artistique Kwir Nou Éxist. Cette exposition mêlant photographies et archives documente la communauté queer et créole de l’île de La Réunion, et a notamment été présentée à la Maison de la Céramique de Dieulefit à l’automne 2025. Forte de son expérience, elle intervient désormais comme consultante auprès de grandes maisons de couture afin de les sensibiliser aux questions d’inclusivité et de transidentité.
Faire bouger les lignes avec authenticité
Raya Martigny porte un regard lucide sur l’évolution de son industrie, constatant avec satisfaction qu’il y a désormais plusieurs personnes transgenres par défilé là où il n’y en avait qu’une seule par Fashion Week auparavant. Volontaire et pragmatique, elle utilise sa propre pointure pour inciter les chausseurs de luxe à diversifier leurs tailles de chaussures féminines jusqu’au 43. Au cinéma, elle défend des rôles complexes qui s’affranchissent des clichés habituels sur la transidentité. Elle apprécie particulièrement que ses personnages soient écrits pour ce qu’ils sont, sans que leur genre ne devienne le sujet unique ou problématique du scénario, ouvrant ainsi la voie à une représentation plus juste et apaisée pour les futures générations d’artistes.
