Un toréador réalise El Muletazo avec sa cape rouge devant un taureau dans l'arène

El Muletazo : de l’art de l’arène au journalisme taurin de Murcie

Dans le monde complexe de la tauromachie, El Muletazo incarne bien plus qu’une simple manœuvre d’esquive sur le sable. Ce terme résonne d’abord comme l’essence même du combat, le geste ultime où l’homme et l’animal se frôlent. Ensuite, il désigne une voix médiatique singulière qui a rythmé la vie du sud-est de l’Espagne.

En effet, pendant près de quatorze ans, un média éponyme a défendu avec ferveur la culture des arènes face aux tempêtes modernes. Aujourd’hui, explorer ce sujet revient à plonger au cœur d’une passion tiraillée entre tradition, esthétisme et controverses sociétales.

L’esthétique profonde d’un mouvement de muleta

Techniquement, un geste effectué par le matador avec son leurre en tissu rouge porte ce nom. Cependant, la polysémie du terme reste grande. Selon le moment, il qualifie un simple coup d’orientation ou une passe de toréage d’une immense pureté.

Par ailleurs, ce mouvement ne cherche pas à châtier le taureau. Il s’agit plutôt d’un travail d’accompagnement esthétique de la charge. Le toreo moderne a d’ailleurs allongé le tracé de cette séquence de faena. Ainsi, un seul passage lent et profond suffit parfois à surpasser une corrida entière dénuée d’inspiration.

El Muletazo, la voix numérique des arènes de Murcie

Fort de cette symbolique, El Muletazo est devenu en décembre 2011 le tout premier quotidien numérique exclusivement taurin de la Région de Murcie. Ses fondateurs, Pedro M. Mellinas et Fran Pérez, ont bâti un espace dédié aux aficionados locaux.

Leur ligne éditoriale se concentrait rigoureusement sur les toreros murciens. Par exemple, le journal a suivi de près les carrières de figures comme Rafael Rubio « Rafaelillo » et Paco Ureña. Ils relataient aussi bien les triomphes que les drames. Ainsi, la grave blessure au thorax de Paco Ureña à Abarán en 2021 a profondément bouleversé leurs lecteurs.

De plus, la rédaction valorisait activement l’écosystème régional à travers plusieurs axes :

  • Le soutien aux jeunes espoirs de l’école taurine « El Toreo ».
  • Les hommages poignants aux travailleurs de l’ombre décédés.
  • La couverture des traditions locales, comme la procession du « Cristo de los Toreros ».
  • Le suivi attentif des élevages et des clubs taurins de la région.

Une révérence digne en mai 2025

Pourtant, cette belle aventure journalistique a pris fin. Le 27 mai 2025, les éditeurs ont annoncé l’arrêt des publications. Des obligations professionnelles extérieures les empêchaient de maintenir leur niveau d’exigence. Fiers de leur intégrité, ils ont refusé de livrer un travail d’actualité partiel.

Néanmoins, un héritage précieux survit aujourd’hui. L’outil phare du site, un annuaire recensant les spectacles retransmis, reste accessible. Grâce à une pétition populaire, cet agenda télévisuel gratuit continue d’être mis à jour de manière autonome, au grand soulagement des passionnés.

Combats idéologiques et défense du classicisme

Outre l’information factuelle, les colonnes d’El Muletazo vibraient de prises de position tranchées. Les chroniqueurs y dénonçaient régulièrement les dérives commerciales de la tauromachie moderne. Selon eux, les montages financiers des imprésarios étouffent la vérité de l’arène.

En effet, ils fustigeaient l’évolution spectaculaire née dans les années 1960. À leurs yeux, cette tendance populiste détruit l’esthétique verticale et sobre du toreo classique. Les rédacteurs affirment que la corrida ne tire sa légitimité morale que du sacrifice suprême des matadors qui risquent leur vie.

Par conséquent, le journal se posait en rempart contre les mouvements animalistes. L’équipe éditoriale considérait ces militants comme hypocrites. Dans leur approche, seuls les éleveurs et les professionnels de la piste protègent véritablement la race du taureau de combat contre l’extinction.

L’homonymie inattendue sur les terrains de football

Enfin, l’expression dépasse parfois les frontières de l’arène espagnole pour s’inviter dans les stades sud-américains. De l’autre côté de l’Atlantique, ce même nom désigne un exploit sportif légendaire survenu le 24 mai 2000.

Ce jour-là, l’attaquant argentin Martín Palermo a marqué un but historique pour Boca Juniors face à River Plate. Ce fait d’armes a été surnommé ainsi car le joueur revenait d’une blessure aux ligaments. Il marchait encore avec des béquilles peu de temps avant le match de Copa Libertadores.

Que ce soit à travers la grâce d’une passe de muleta ou l’engagement d’un média régional disparu, l’esprit de cet art continue de susciter des débats intenses. L’avenir dira si les nouvelles générations sauront réinventer ces traditions face aux défis éthiques et économiques de notre époque.