Le nom d’El Matador résonne de deux manières radicalement différentes selon l’endroit où l’on se trouve dans le monde. Pour les passionnés de musique urbaine en Europe, ce pseudonyme évoque immédiatement un flow incisif et les grandes heures du rap hexagonal des années 2000.
Pourtant, si l’on traverse l’Atlantique, cette même appellation désigne de célèbres enseignes culinaires qui célèbrent la richesse de la gastronomie mexicaine. Ce contraste saisissant montre comment un simple nom peut acquérir une double vie culturelle fascinante, reliant la fureur des rimes à la chaleur des saveurs traditionnelles.
L’empreinte musicale d’El Matador dans le rap français
Des quartiers de Reims à l’underground marseillais avec El Matador
Derrière le pseudonyme de l’artiste se cache Mohamed Bendjebar, un rappeur né le 17 juin 1982 dans le quartier d’Orgeval à Reims. Durant sa jeunesse, les vagues de la radio Skyrock et la créativité débordante du rap marseillais forgent son identité artistique. Dès l’âge de 17 ans, le jeune homme commence à poser ses premières rimes. Il cofonde ensuite le groupe « Processus Verbal » avec son ami Abdé. Ensemble, ils se font un nom dans l’underground marseillais grâce à des mixtapes autoproduites et des concerts de quartier énergiques.
Les années d’or et les succès du grand écran
Le véritable tournant de sa carrière survient en 2007 avec la sortie de son tout premier album solo, intitulé Parti de rien. Ce projet s’impose rapidement comme l’un des plus grands succès du rap français de l’année. Le grand public découvre alors sa plume à travers des morceaux marquants comme « Génération wesh wesh ». Ce titre intègre d’ailleurs la célèbre bande originale du film Taxi 4, propulsant le rappeur sur le devant de la scène nationale.
De plus, l’exposition de l’artiste s’accroît grâce au morceau « À armes égales », réalisé en collaboration avec Brasco et Alonzo. Cette chanson illustre la bande originale française du film hollywoodien 300, marquant durablement les esprits. Pour ce premier opus, le torero s’entoure d’invités prestigieux comme Soprano, Nubi et Loïs Andréa.
Une discographie riche et une indépendance affirmée
Au fil des années, l’artiste enchaîne les projets et diversifie ses propositions musicales. En 2009, il publie son deuxième album, Au clair du bitume, qui contient dix-huit pistes et propose des collaborations avec Sarah Riani et Kayline. Il poursuit sa route avec Poussières d’étoiles en 2013, puis livre l’ambitieux album XIII NRV en 2015. Ce dernier disque regroupe vingt-six morceaux, dont des duos avec Alonzo et DJ Hamida. Enfin, en 2017, l’opus Mâle dominant vient enrichir son répertoire avec le titre marquant « Walking Dead ».
Parallèlement à ses albums studio, le musicien nourrit régulièrement son public avec des mixtapes de transition. Les auditeurs apprécient notamment Escale sur la lune en 2011, ainsi que les volumes estivaux Summer Session en 2016 et 2018. Récemment, l’estocador a choisi de s’orienter vers une production plus indépendante. Il a ainsi publié le titre « Hamdoulah labess », sorti le 24 avril 2026 sous son propre label indépendant.
Aujourd’hui, l’artiste conserve une solide communauté d’auditeurs fidèles. Sa chaîne YouTube officielle rassemble plus de 174 000 abonnés, tandis que sa musique continue de cumuler des milliers d’écoutes mensuelles, avec près de 277 688 auditeurs mensuels sur Spotify. Parmi ses morceaux les plus populaires, on retrouve des classiques tels que « Tapage nocturne », « Besoin d’être libre » ou encore « Plein 2 Téminik ». Ce succès lui a d’ailleurs permis de s’exporter, l’artiste ayant donné son tout premier concert en Algérie en juillet 2014, un moment fort dans son pays d’origine.
L’engagement politique et le défi de la censure
La trajectoire du rappeur El Matador n’est pas exempte de turbulences et de prises de position fortes. En octobre 2012, il publie le clip engagé « Polémiquement incorrect », dans lequel il apporte son soutien à des figures ou entités très controversées. Cette publication suscite rapidement de vives réactions.
Cependant, la vidéo originale subit une censure et disparaît de la plateforme YouTube pour une raison inattendue. Le mythique groupe de rap marseillais IAM dépose en effet une plainte pour violation de droits d’auteur, après avoir constaté l’utilisation non autorisée d’un court extrait de deux secondes de l’un de leurs clips de 1995. Après la suppression du passage litigieux, le clip est finalement remis en ligne. Le maître de l’arène persévère d’ailleurs dans cette voie en publiant une suite encore plus percutante en 2015 sur son quatrième album.
L’autre El Matador : une institution culinaire aux États-Unis
L’adresse historique de Costa Mesa en Californie
Si le nom d’El Matador évoque la musique en France, il désigne un monument de la cuisine mexicaine de l’autre côté de l’Atlantique. En Californie, un restaurant chaleureux a ouvert ses portes dès 1966 sur Newport Boulevard à Costa Mesa. Cet établissement familial a su traverser les décennies en conservant son authenticité et sa réputation d’excellence.
Aujourd’hui, l’établissement affiche une excellente note de 4,6/5 sur la plateforme Grubhub, ce qui témoigne de la satisfaction constante de sa clientèle. Les visiteurs s’y pressent notamment pour les célèbres soirées « Taco Tuesday ». Durant ces événements, le restaurant propose des tacos croustillants au poulet ou au bœuf à des tarifs très attractifs. Les clients peuvent également y déguster des margaritas artisanales élaborées avec des tequilas de premier choix, du jus de citron vert frais et du nectar d’agave. La carte propose aussi des spécialités copieuses comme la chimichanga au bœuf effiloché ou les crevettes marinées.
L’expansion du concept dans l’Arkansas et au-delà
Le succès de cette formule a inspiré d’autres établissements sous l’enseigne d’El Matador à s’installer dans le pays. Dans la région du Nord-Ouest de l’Arkansas, un restaurant similaire sert une cuisine mexicaine traditionnelle depuis plus de 10 ans. Ce lieu de vie dispose d’une grande salle chaleureuse et d’un vaste patio extérieur équipé de son propre bar, idéal pour les soirées d’été.
Par ailleurs, une autre chaîne baptisée « The Matador » pousse le concept encore plus loin en mettant l’accent sur l’artisanat et l’expérience client. Le fondateur conçoit lui-même le mobilier en s’inspirant de ses voyages en Amérique centrale. Cet établissement propose une carte de tequilas très diversifiée, accompagnée d’un véritable parcours éducatif pour guider les amateurs. Grâce à des espaces privatifs et un programme de fidélité attractif, l’enseigne prouve que ce nom légendaire continue de séduire les gourmets américains.
Qu’il s’exprime à travers l’énergie brute d’un micro ou la convivialité d’une table mexicaine, le nom d’El Matador incarne toujours une forme d’authenticité et de caractère. Cette double identité culturelle prouve que les mots et les saveurs possèdent le pouvoir de traverser les frontières pour marquer les esprits de manières très différentes.
