Sarah Riani avec de longs cheveux bruns ondulés sur un fond musical abstrait et coloré

Le destin contrasté de Sarah Riani, entre promesses du web et rudes réalités de l’industrie musicale

L’industrie de la musique réserve parfois des trajectoires singulières, où le talent brut se heurte aux rouages complexes des maisons de disques. C’est précisément le parcours de Sarah Riani, une artiste dont la voix puissante a marqué la fin des années 2000 et le début de la décennie suivante.

Révélée à une époque charnière où la télévision et l’Internet naissant se disputaient la découverte des talents, elle a connu des sommets de popularité numérique avant de subir les lenteurs et les désillusions des signatures en major. Son histoire illustre avec acuité la difficulté d’exister durablement dans un paysage musical en pleine mutation.

Des rives du Rhône aux premiers accords de Sarah Riani : la genèse d’une vocation autodidacte

Née à Lyon d’un père marocain et d’une mère algérienne, la jeune fille grandit dans la capitale des Gaules. Bien que certaines sources divergent sur sa date de naissance exacte — oscillant entre le 8 août 1983 et le 1er janvier 1984 —, son tempérament déterminé s’affirme très tôt. Sans ressources pour s’offrir des cours de chant, elle développe sa technique vocale de manière totalement autodidacte. Elle passe ainsi des heures à écouter en boucle des icônes de la soul et de la pop américaine, à l’image de Donny Hathaway, Christina Aguilera ou Toni Braxton.

Dès l’âge de huit ans, elle commence à composer ses propres chansons. Plus tard, alors qu’elle poursuit une licence de langues étrangères (LLCE), sa double vie s’installe : elle étudie la journée et consacre ses nuits à la création musicale. À 19 ans, désireuse de professionnaliser sa démarche, elle intègre l’équipe d’Enterprise afin de façonner sa propre identité artistique.

Du tremplin de la télévision à l’explosion sur le web

En 2005, le grand public découvre pour la première fois la chanteuse lyonnaise lors de la troisième saison de l’émission Nouvelle Star sur M6. Ses performances vocales lui permettent de franchir les étapes jusqu’aux émissions en direct. Cependant, l’aventure s’arrête prématurément. Selon les sources, elle quitte le télé-crochet en sixième ou septième position, l’année du sacre de Myriam Abel.

Le retour au quotidien s’avère particulièrement rude, car l’exposition télévisuelle ne débouche sur aucune proposition concrète. Loin de se décourager, Sarah Riani décide de prendre son destin en main en exploitant un outil alors en pleine expansion : la webcam de sa chambre. En y postant ses reprises de chansons, elle suscite un engouement immédiat et génère des centaines de milliers de vues en l’espace de quelques semaines.

Cette visibilité numérique fulgurante attire rapidement l’attention des professionnels du secteur. Elle signe alors un contrat de trois ans avec le label indépendant Bombattak Recordz. Grâce à un partenariat novateur avec le portail MSN, ses premiers morceaux personnels conquièrent la toile, à l’instar d’Intouchable ou Miroir Miroir.

L’âge d’or des collaborations et le sommet des charts

Les années qui suivent consacrent l’artiste franco-algérienne comme une voix incontournable des duos à succès. En 2008, sa collaboration avec le rappeur Brasco sur le titre D’une blessure à l’autre marque les esprits et le clip vidéo dépasse les 20 millions de vues. Elle enchaîne ensuite les apparitions marquantes, notamment aux côtés d’El Matador ou sur la bande originale du film Banlieue 13: Ultimatum, produit par Luc Besson.

Le véritable sacre en solo arrive en 2010 avec la sortie physique du single Intouchable. Ce titre poignant rencontre un immense succès populaire, se hissant jusqu’à la sixième place du Top Singles en France, où il se maintient durant 31 semaines consécutives. Durant cette même période faste, elle s’engage également dans des projets caritatifs, à l’image du collectif de 75 artistes mobilisés pour Haïti.

Par la suite, le rappeur Soprano fait régulièrement appel à ses services. Ils collaborent sur le titre Remonter le temps, puis en 2012 sur Le temps d’une pause. L’interprète de ‘Intouchable’ partage également le micro avec Kenza Farah sur le morceau Sans toi lors d’une invitation sur la radio Skyrock.

Le mirage des majors et le parcours du combattant en label pour Sarah Riani

Malgré ces réussites éclatantes, de nombreux rendez-vous manqués jalonnent le parcours de Sarah Riani. Son départ de Bombattak Recordz s’effectue à l’amiable, la structure ne pouvant plus soutenir ses ambitions financières. Elle se tourne alors vers la major Polydor, filiale d’Universal, avec la promesse d’un premier album pour l’année 2010.

Malheureusement, ce projet tant attendu ne verra jamais le jour. Des désaccords artistiques profonds et des tensions internes entre son équipe et la maison de disques bloquent la sortie. Elle confiera plus tard avoir perdu un temps précieux avec un label qui n’a pas su comprendre son univers.

En 2013, elle tente de relancer sa carrière en signant chez Believe Recordings. Pour ce nouveau départ, elle s’entoure de producteurs de renom comme Toby Gad ou Phil Greiss. Néanmoins, la machine grippe à nouveau : les reports successifs de dates de sortie sapent progressivement sa confiance en elle.

De l’album « Dark En Ciel » au retrait de la scène

L’année 2014 apporte enfin un premier dénouement avec la sortie de l’EP Encore là, dont les morceaux font de brèves apparitions dans les classements français. Ce prélude annonce la sortie, au printemps 2015, de son tout premier album studio officiel intitulé Dark En Ciel.

Cet opus propose un univers sombre et mélancolique, centré sur des chansons d’amour douloureuses. On y retrouve le single Comme toi, ainsi que la version studio très attendue de L’étranger. Cependant, le public ne répond pas présent à ce rendez-vous tardif et l’album échoue à la 134e place du Top Albums. Blessée par cet échec commercial et fatiguée des rouages de l’industrie, Sarah Riani décide de se retirer de la musique et coupe ses réseaux sociaux.

Reconversion créative et retour à l’indépendance

Après son retrait, la chanteuse lyonnaise choisit d’explore d’autres horizons créatifs. Elle se lance dans l’entrepreneuriat entre 2018 et 2019 en créant la marque « Ô Turbans », proposant des accessoires féminins haut de gamme inspirés de ses origines familiales. Bien que cette entreprise soit aujourd’hui à l’arrêt, cette parenthèse lui a permis de se ressourcer loin des studios.

Contre toute attente, Sarah Riani rompt le silence radio au printemps 2023. Elle effectue son grand retour musical avec le single Habitude, produit de façon totalement indépendante. Ce retour aux sources, libéré des contraintes des grands labels, témoigne de la résilience d’une artiste qui refuse de laisser d’autres dicter sa trajectoire.

Aujourd’hui, bien qu’elle se fasse discrète, son héritage musical continue de vivre à travers les plateformes de streaming. Sa chaîne YouTube rassemble encore plus de 40 000 abonnés tandis que ses anciens morceaux continuent d’accumuler les écoutes auprès d’un public nostalgique de sa voix unique.

Qu’elle choisisse de poursuivre son chemin dans l’ombre ou de livrer de nouvelles compositions, son parcours rappelle que le succès ne se mesure pas seulement aux chiffres de vente, mais à la liberté de créer selon ses propres termes.


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